Les Centres éducatifs fermés menacés d’extinction ?

AMBIANCE, PROFIL ADN samedi 15 décembre 2007

Par Mimissa Barberis



Je ne suis pas de ces artistes engagés qui se font de l’argent sur l’histoire des banlieues. Moi, j’agis !” Youssef, 25 ans, originaire de la banlieue du Mans, est un rappeur engagé qui, en parallèle de sa carrière, est éducateur spécialisé dans un centre éducatif fermé (CEF). Tout a commencé il y a un an, lorsque le Centre d’Allonnes repère le jeune militant et décide d’employer son talent de rappeur. Touché par sa détermination et sa capacité à faire évoluer les comportements au sein des quartiers populaires, le chef pédagogique lui propose un atelier d’écriture rap, destiné aux jeunes mineurs délinquants du centre. “Mon travail consiste à leur apprendre à s’exprimer par le biais du rap, en développant leur esprit créatif. Je leur impose un sujet. Par exemple : leur vie… Ils posent sur papier tout ce qu’ils ressentent en leur for intérieur. Leurs personnalités sont différentes, mais tous ont des points communs : ils manquent d’amour et éprouvent beaucoup de souffrance.”

Le travail de Youssef ne s’arrête pas à leur faire reprendre contact avec la vie sociale par diverses activités, il doit aussi pouvoir comprendre quel est le dénominateur commun de tous ces jeunes : parents divorcés, alcooliques ou familles reconstruites. Tout un travail psychologique est alors nécessaire pour établir des bases plus stables. “Mais cela n’est pas si simple que ça. Certains ont des tempéraments très forts et deviennent violents. Ce moment est le plus dur pour nous ; on doit trouver le bon moyen pour les calmer. Si tel n’est pas le cas, deux éducateurs neutralisent le jeune et le couche à terre jusqu’à ce qu’il se calme”. Malgré ces altercations entre éducateurs et délinquants, ces structures ont, semble-t-il, porté leurs fruits. Comme je le précisais dans un précédent article, 80 % des jeunes encadrés dans le CEF d’Allonnes n’ont pas récidivé. Chacun s’est tracé un chemin en ayant obtenu un travail ou en poursuivant un CAP afin de se spécialiser dans le domaine qui lui convenait.

Cependant, Youssef ne cache pas son pessimisme : “Je doute de la préservation de ces structures”, me confie l’éducateur. “La politique judiciaire menée par la droite semble être à géométrie variable”. Le paradoxe est là. Alors que les Centres éducatifs fermés ont été créés il y a quatre ans, le gouvernement projette de construire en parallèle des centres de détention pour les jeunes mineurs qui se verront appliqués les fameuses peines planchers. Ces nouvelles dispositions, prévues par la loi sur la récidive, émanant du gouvernement Fillon, empêcheront ces jeunes de se reconstruire. Les CEF avaient pour but de faciliter leur réinsertion par le biais d’activités socialisantes et formatrices professionnellement. Mais au lieu d’en construire de nouveaux, dont l’entrée est déjà très sélective en raison de la forte demande, tous rejoindront l’univers carcéral traditionnel.

Mimissa Barberis (BondyLeMans)

Mimissa Barberis