Les réfugiés pour repeupler les campagnes françaises

GARDE à VUE samedi 17 mai 2008

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Fondée il y a une trentaine d’années, l’association France Terre d’Asile a pour objet de recevoir les réfugiés statutaires. Ceux couverts par la convention de Genève de 1951, laquelle oblige les États à assurer un droit à l’intégration aux réfugiés, afin de les accompagner pendant leur demande d’asile, dans les démarches administratives, juridiques et sociales. Fatiha Mlati, directrice de la plate-forme francilienne de promotion de l’insertion par la mobilité (PRIM) me reçoit dans son bureau en présence de Jean-François Hirsch, conseiller en insertion, pour me parler du projet qu’elle a mis en place avec son équipe il y a 10 ans.

Ce programme soutenu par le Fonds européen pour les réfugiés, le conseil régional d’Île-de-France ainsi que le ministère de l’immigration a pour nom Clef de France.

Une partie des réfugiés qui viennent d’arriver en France ont accepté de participer au projet qui consiste à loger leurs familles dans des régions de France désertifiées et en pénurie de main d’œuvre en raison de l’exode rurale. Ils sont suivis et aidés dans leur intégration. Est-ce une nouvelle manière d’accueillir les immigrés pour éviter les erreurs passées ? En tous cas selon Fatiha, c’est une véritable réussite. A ce jour, France Terre d’asile, qui a déjà envoyé 150 familles (soit 444 personnes), en 2 ans, s’installer dans différents départements français n’en a vu aucune regretter son choix et revenir en Île-de-France.

Les réfugiés qui ont droit, dès leur arrivée sur le sol français, à la carte de séjour de 10 ans, obtiennent d’office le RMI et les aides sociales vitales, ainsi qu’un hébergement d’urgence dans un hôtel dans l’attente (ou l’espoir) d’un appartement définitif. C’est là que Fatiha et son équipe interviennent. Constatant la stagnation des familles de réfugiés dans leurs hébergements d’urgence, ils ont eu l’idée de créer le programme PRIM. Après avoir établi un diagnostic de la situation nationale, ils ont décidé de reloger les réfugiés volontaires dans des départements où la démographie est basse, mais où il est possible de construire un projet sur l’avenir.

Ils passent par un atelier de sensibilisation animé par Jean-François Hirsch qui présente la France dans son territoire et ses atouts. Ce conseiller d’insertion valide les projets professionnels de chacun. Il y a ensuite le choix du territoire d’adoption, la mise en œuvre du parcours, l’installation dans un logement. Le tout avec le soutien du SAMI (Service d’accueil et de mobilité pour l’insertion) : en province, il y a une forte vacance de logements sociaux dans des départements tels le Cher, la Creuse, l’Ain…

Quel constat vous a amené à travailler sur cette initiative ?

L’État pendant longtemps ; le regroupement familial ne considérait pas la présence des étrangers comme définitive, l’intégration n’avait donc pas lieu d’être. De là sont nées les cités où se sont entassés des immigrés originaires des mêmes pays, ce qui a favorisé le communautarisme et empêché l’intégration de toute une génération, voire plus puisque la majorité continuait de parler sa langue d’origine. Il n’était alors pas utile de faire l’effort d’apprendre la langue du pays.

Quels sont vos objectifs ?

Miser sur la province et une meilleure répartition des immigrés sur le plan national pour ceux qui souhaitent construire une insertion sociale durable dans le pays, répondre aux problématiques de l’emploi et du logement et soutenir un projet professionnel.

Vous pensez que les immigrés doivent se fondre dans la masse, pourquoi ?

Ils doivent s’imprégner des us et coutumes auprès des gens originaires de ce même pays. L’intégration ne se décrète pas, elle s’acquiert par l’apprentissage de la langue et le temps. Il faut protéger et sécuriser les immigrés pour qu’ils apprennent à aimer l’histoire du pays d’accueil et qu’ils puissent l’adopter.

Qu’est ce qui favorise la réussite et la pérennité de votre projet ?

L’exode rural, le vieillissement de la population dans la plupart des départements volontaires (Corrèze, Cantal, Puy-de-Dôme, Cher, Haute-Savoie, Vendée, Ain, etc.) font de ce projet une réussite à presque 100%. Et aussi le fait que cela se fasse sur la base du volontariat des deux cotés.

Comment cela s’organise-t-il ?

Ils doivent d’abord s’adapter et s’inscrire dans l’environnement local. Avec l’aide de réseaux tels que SAMI qui permettent de repérer les lieux et de créer des liens. Donner l’image que l’on peut trouver sa place ailleurs que dans les grandes villes afin d’éviter de croire que la France rurale est conservatrice et blanche. Ou l’impression mensongère que les grandes villes brassant des communautés diverses sont plus ouvertes. Le monde rural, dans un rapport de proximité, est plus facile à appréhender que la grande ville qui isole les individus.

Quels retours avez-vous de l’expérience de ces « pionniers » ?

Deux nouveaux régularisés et trois réfugiés de pays africains différents sont partis en Vendée. Il n’y a pas eu de retour de racisme à ce jour. Là-bas, il y a forte pénurie de main d’œuvre dans des entreprises telles que Sodebo, Maître Coq. Ce sont les employeurs qui sont heureux d’accueillir ces gens travailleurs et fiables. Le seul inconvénient c’est qu’ils ne trouvent pas de produits locaux sur place. Mais il y a de fortes chances qu’avec le temps, des boutiques adaptées ouvrent dans ces régions ! Il y a aussi des anciens squatters de Cachan qui ont réussi à s’intégrer en Vendée. Ils ont maintenant un logement stable et décent ainsi qu’un emploi à durée indéterminée. Des familles du 115 (numéro d’urgence pour les SDF) ont accepté de partir en province et sont maintenant installées dans des grands appartements. Ils n’auront plus à subir l’errance avec leurs enfants.

Nadia Méhouri

Nadia Méhouri