« La France est plus chaleureuse et colorée »

TOUTE L'EUROPE vendredi 7 novembre 2008

Par Inès El laboudy @InesLabou



On a beau écouter Kathrin parler, pas la moindre trace d’accent. Entre l’apprentissage du français à Berlin, un an d’Erasmus à Paris, et de nombreux allers-retours depuis, cette jeune Allemande de 28 ans aurait de quoi passer inaperçue. Mais n’allez pas croire que son affection pour la France soit uniquement due à sa langue : il y a aussi une histoire de cœur là-dessous ! Depuis août dernier, elle a décidé de s’installer à Saint-Denis où habite son copain  et avec qui elle est depuis huit ans.

Lorsque Kathryn arrive à Paris en 2004, pour suivre son année à l’université, c’est à Barbès qu’elle s’installe. En venant ici, elle avait une image plutôt « clichée » de Paris avec ses banlieues rebelles et sa capitale très hautaine. C’était sans compter sur ce quartier du XVIIIe arrondissement, réputé pour sa mixité culturelle et ses rues bruyantes. Ce qui la frappe, en tant qu’Allemande, c’est qu’il y a énormément de « gens de couleurs » : une diversité à laquelle son pays ne l’avait pas habitué. Comparée à l’Allemagne, la France lui apparaît plus « chaleureuse, plus hétérogène, plus influencée et plus colorée », s’enthousiasme-t-elle.

Et maintenant qu’elle est à Saint-Denis, elle se sent comme chez elle. Mais si « cette ville est une terre d’accueil », elle regrette néanmoins le manque de verdure. L’intégration ? Son copain s’en charge en lui faisant rencontrer ses amis, et elle ne raterait en aucun cas les petites bières au café du coin avec toute la bande. Quand je lui demande de comparer la France et l’Allemagne, elle me répond que « la France est bien plus ouverte que l’Allemagne ». « Ici on se parle très vite. L’Allemagne, elle, est bien plus timide. »

En revanche, ce qui la surprend, c’est l’obligation de passer par Paris, même pour aller d’une banlieue à une autre. Elle trouve également que les Parisiens ne s’intéressent pas assez à la « périphérie ». Kathrin s’étonne aussi, à la différence de l’Allemagne, de la très faible fréquentation des bars de banlieues par les femmes. Et puis, si elle l’architecture parisienne est « ravissante », en revanche « certains bâtiments de Saint-Denis sont très vieux »

D’ailleurs, le fait que la banlieue soit mal desservie n’est pas la seule divergence avec la capitale : « trouver du travail, c’est un combat ! », s’exclame-t-elle. Actuellement stagiaire dans une boîte de production de films documentaires pour Arte, elle aimerait bien trouver un vrai emploi. Ayant obtenu son baccalauréat à 19 ans, elle voudrait rompre avec ce statut de stagiaire, qui à 28 ans marque un certain décalage avec ses collègues de 22. Kathrin reste toutefois optimiste, malgré un salaire mensuel de 400 € et la cherté de la vie française. Et puis son copain est musicien… et donc «  il galère aussi ! »

Ainsi, en quittant son Berlin natal, Kathrin savait qu’elle délaissait le calme, la vie « facile » et l’« homogénéité de l’Allemagne » pour se retrouver confrontée aux problèmes français : le pouvoir d’achat, la crise et le manque d’offres d’emploi et de logements ! Reste le bon accueil du 93.

Inès el Laboudy

Ines el Laboudy