Antisémitisme au lycée, juifs et musulmans au ministère

C'EST CHAUD mardi 13 janvier 2009

Par Mehdi Meklat ET Badroudine Said Abdallah


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Hier, en fin d’après-midi, Fadela Amara recevait une délégation de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF). Au ministère, il était question d’antisémitisme. De racisme. Des associations comprenant des juifs et des musulmans, étaient conviées à parler, à débattre. A échanger sur cette violence des mots, sinon des actes (au nombre de 55 depuis le début de l’offensive israélienne à Gaza, selon l’UEJF) qui se développent, dans les quartiers notamment. Ces derniers jours, les propos antisémites prolifèrent. Ici ou là, des voix s’élèvent pour insulter « les feujs ». Certains, même, appellent « à la destruction de l’Etat d’Israël », en particulier à l’intérieur des manifestations de soutien aux habitants de Gaza. Mais dans les lycées aussi, ces attaques à caractère antisémites sont nombreuses.

Au départ, Kamel la joue plutôt timide. Il a les mains dans les poches, l’oreillette fixée. Le rap, dans son oreille, crache le feu. Et puis, à chaque question, il sourit, se retourne. Il hésite, les mots sortent difficilement. Il a l’air plutôt gêné. Au fil du temps, tandis que le froid se fait de plus en plus givrant, les mots s’échappent. « J’ai la hai…, j’ai la haine », bafoue-t-il. La haine. Kamel est lycéen en classe de seconde, dans un établissement de Seine-Saint-Denis. Et « [il] n’aime pas les juifs ». Entre amis, il le dit ouvertement, sans complexe. Souvent, sa bande de potes va rire à en perdre sa respiration, tellement-ce-que-Kamel-il-dit-c’est-drôle ! Mais Kamel et ses amis ne mesurent pas la gravité de leurs paroles.

Les insultes, la violence envers les juifs ne cessent de s’accentuer avec les images de guerre à Gaza. « Mais ce n’est pas nouveau », remarque Pascale Binet, professeur d’histoire-géographie dans ce même lycée. Elle enseigne ici depuis quinze ans et les « discours qui relèvent de l’antisémitisme » ont toujours existé. Et elle en a entendu de belles ! « Une fois, se souvient-elle, j’ai entendu que la paix entre la Palestine et Israël était impossible, et que c’était inscrit dans le Coran. » Et d’ajouter, contente de sa formule : « Sauf que ceux qui disent cela ne savent pas qu’à l’époque de l’écriture du Coran, ces Etats n’existaient pas encore… » Pour la prof, le problème est simple : « Ces élèves manquent d’instruction. » Les programmes scolaires consacrent pourtant, en classe de terminale, « un chapitre complet » à ce conflit trop peu connu des élèves… Ou trop vu à la télé !

Dans les couloirs du lycée, laissant nos deux paires d’oreilles traîner à gauche et à droite, ce manque d’instruction nous apparaît évident. Un certain nombre d’élèves se laissent aller à des affirmations erronées sur l’histoire de ce conflit complexe, fruits de fausses informations récoltées auprès d’un père de famille qui se veut explicatif mais qui ne l’est pas, ou d’une chaîne de télévision confuse. Un quidam qui s’introduirait dans notre conversation avec Kamel et ses potes en ressortirait avec la croyance selon laquelle « la terre du Proche-Orient connaissait la paix avant que l’Etat juif n’existe. Depuis que l’on a donné la terre aux Juifs, ils s’y sont installés et maintenant ils continuent d’opprimer nos frères palestiniens ».

Comme des gamins qui se croient dans un jeu de guerre interactif, certains y vont de leur solution définitive : « Vaincre l’ennemi. » Ici, l’ennemi clairement visé est Israël. Dans l’esprit du djihad, la lutte doit avoir lieu « pour la cause des musulmans massacrés en Terre Sainte ». Kamel avouera, après décrispation totale, « que les juifs ne comprennent pas qu’il faut arrêter de massacrer les civils, alors, il faut se battre, c’est la dernière solution ». Où ? A Gaza ? En France ? Ce n’est pas très clair. Pour lui, comme pour beaucoup, il faut répondre à la guerre par la violence. Et puis, Kamel, souriant, dans une allusion à l’alliance d’Israël avec les Etats-Unis, conclut : « Moi, j’aime pas les Américains. »

Pascale Binet a probablement cerné le problème : « Pour un jeune musulman qui subit la discrimination au jour le jour ne France, les juifs sont un bouc-émissaire idéal. » Et voilà que l’image erronée du juif riche, puissant, avare et renfermé sur sa communauté rejaillit.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

« Marchons ensemble, main dans la main »


UEFJ – Fadela Amara – Associations
envoyé par Bondy_Blog

Chou Sin

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