Traitées comme des souillons dans une boutique de lingerie

AMBIANCE mardi 27 janvier 2009

Par Inès El laboudy @InesLabou

Après un mois de recherche acharnée d’un petit poste de vendeuse, j’en ai trouvé un d’une durée d’un mois dans un magasin de lingerie féminine au centre commercial Parinor, à Aulnay-Sous-Bois. Me voilà dans le bain des soldes. Je retrouve deux stagiaires que je connais, employées dans la même boutique pour une semaine. En tante que « nouvelle », je suis chargée du nettoyage des niches sur lesquelles sont exposées toutes les lingeries, je passe aussi l’aspirateur ainsi que la serpillère à la fin de la journée. Mais je ne me plains pas. Les deux stagiaires, elles, en bavent bien plus.

Comme ce jour où tout a basculé : la caisse du magasin est ouverte 15 minutes en avance par rapport à l’heure habituelle. Les deux stagiaires arrivent à leur travail, mais 15 minutes « en retard », estime l’une des « responsables » de la boutique, qui le leur fait remarquer et le leur fera payer ! Etant en classe de troisième, les deux stagiaires effectuent un stage qui ne peut être rémunéré. La moindre des choses aurait été de leur faire apprécier leur semaine de vie active, loin du tableau noir. Mais non ! Pour ce soi-disant retard de 15 minutes, la garde-chiourme assène : « Soit tu m’astiques les toilettes nickel chrome, soit t’es virée ! »

En entrant dans la réserve, attristée de voir cette jeune fille à genoux munie de sa brosse pleine de Canard WC, je retourne en magasin, prête à répondre à la moindre attaque de cette jeune femme qui se présente comme la « responsable ». En réalité, elle n’a pas du tout ce titre-là mais se comporte comme tel. Je me tiens à proximité de la caisse et « bipe » les articles à mettre en rayon. Pas transcendant, comme tâche, mais j’aime bien. Au moins personne ne vous embête.

Après avoir fini d’astiquer les toilettes, la stagiaire me rejoint et me propose son aide. Je refuse son coup de main pour ne pas la fatiguer davantage. Son amie eu un peu plus de chance car les tâches auxquelles elle avait été assignée pour punition de son retard étaient moins lourdes. Mais soudain, Madame la nerveuse refait du bruit. Elle affirme que les deux stagiaires font semblant de travailler et qu’elles ne servent strictement à rien.

Abattues, elles ne répondent pas, obéissent aux ordres. Deux heures plu tard, la grande gueule prend sa pause et s’en va fumer sa clope en mangeant ses tagliatelles à la bolognaise, tout droit sorties du micro-onde de la réserve. L’odeur y est restée pendant deux jours… La stagiaire de corvée de chiottes se confie à moi : « Si tu savais comme j’ai hâte qu’il soit 19 heures, que je me sauve d’ici ! De toutes manières, j’ai rencontré mon professeur principal hier et je lui ai dit qu’ont était traitées comme des esclaves, Cassandra (son amie stagiaire) et moi. Alors, il nous a autorisé à nous arrêter dés qu’on le voudrait. Là, c’est le jour de trop, j’te promets que demain, on vient pas ! C’est fini ! »

19 heures approchent. Les deux stagiaires affichent un grand sourire. Elles reprennent leurs affaires personnelles, montre leurs sacs à Madame, car la règle est de se faire « fouiller » avant de partir. Elles me disent tout doucement : « Bon courage! Que Dieu te protège ! » Le lendemain, j’arrive à midi et j’entends : « Tu te rends compte, Inès ! Les stagiaires nous ont lâchée ! On est que quatre pour toute la journée. » Je réponds : « Sérieux ?! Oh ! J’y crois pas ! Elles auraient dû prévenir, je n’sais pas moi! C’est pas cool de leur part. » Moi, je ricanais comme le Grinch qui se prépare à pulvériser l’heureuse fête de Noël. La nerveuse a inscrit au rouge fluo « VIREES ! » à côté du prénom des deux stagiaires, sur le planning.

Inès El laboudy

Inès El laboudy