Statut des chercheurs : branle-bas de combat dans les facs

POLITIQUE mercredi 28 janvier 2009

Par Mimissa Barberis



A la fac de droit du Mans, les profs font la grève des notes. Un semestre que cela dure. L’objet du courroux ? Le projet de décret du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche portant sur une réforme du statut des enseignants chercheurs, on conduit plusieurs universités à ne pas dispenser de cours aux étudiants. Le 26 janvier, les facultés de droit du Mans, Paris II et Paris I ont suivi simultanément ce mouvement. Paris I annonce une grève illimitée à partir du 2 février. Au Mans, les professeurs ont organisé une réunion à destination de leurs étudiants afin d’expliquer les raisons de la rétention des notes du semestre écoulé.

Les voici : le projet de décret entend mettre en place une évaluation des enseignants par le président de l’université avec l’aide du conseil d’administration. Jusqu’à présent, l’évaluation était le fait d’une instance ad hoc. Pour Jean Matringe, professeur de droit public, c’est ouvrir la voie à l’« incompétence » ou au « clientélisme ». D’autre part, ledit projet entend moduler les services de l’enseignement. « Ceux qui sont bons dans la recherche pourront donner moins d’heures de cours, alors que les mauvais chercheurs en dispenseront plus. Donc, à terme, il n’y aura que les moins bon qui enseigneront », poursuit Jean Matringe. Pour les enseignants, la « grève » des notes vise à alerter les étudiants et à indiquer au ministère les risques de cette réforme en termes d’indépendance et de qualité de l’enseignement.

Les étudiants sont partagés sur la pertinence de cette action menée par les professeurs. Il y a ceux qui estiment que la rétention des notes s’apparente à du chantage et il y a ceux pour qui les enseignants ont raison d’agir ainsi. Les professeurs, de leur côté, affirment qu’« il ne faut pas négocier avec les étudiants, ne pas les impliquer dans ce mouvement qui regarde les enseignants au premier chef ». Jean Matringe : « Nous ne devons pas accréditer l’idée du ministère selon laquelle nous instrumentalisons les étudiants. Cela étant dit, rien n’empêche ces derniers d’exprimer leur mécontentement au ministère. C’est à eux de le faire. A eux de faire preuve d’imagination. »

Mimissa Barberis (Bondy-Le Mans)

Mimissa Barberis

Les réactions des internautes

  1. jeudi 29 janvier 2009 10:48 candidou

    Un petit modèle de faux-cul-rie et de tartuferie sur l'air de "ce n'est pas parce que ça marche mal qu'on doit essayer de  changer quelque chose" et "si les autres y mettent le bazar en défendant ma cause, c'est pas moi qui leur ait dit". Et vogue la galère...
    • jeudi 29 janvier 2009 19:25 hugom

       Ce que les chercheurs en disent : "« Comme à son habitude, le Président de la République fonde son projet sur un diagnostic totalement mensonger qu’il habille des atours de l’évidence. La France, nous dit-il, serait à la traîne en matière de recherche et d’enseignement supérieur, et ce en dépit des sommes formidables qui lui seraient consacrées».
       
      Or,  c’est tout le contraire. La France occupe une place honorable dans la recherche internationale au regard des faibles moyens qui lui sont alloués. Un  prix Nobel de physique en 2007, deux en médecine cette année — certes pour des travaux effectués il y a vingt-cinq ans, quand le pays investissait encore dans ses cerveaux au lieu de les précariser et les humilier. Les vocations scientifiques sont en chute libre et ce n’est pas ce type de discours présidentiel qui risque de faire revenir nos têtes blondes vers les équations, ni nos têtes carrées en fuite à l’étranger dans l’hexagone. Le 29 janvier, jour de la grève générale, les chercheurs seront dans la rue. Et si le chef de l’état n’ouvre pas le dialogue, ils seront en grève illimitée à partir du lundi 2 février. De droite à l’extrême gauche, ils forment un front uni contre la reforme du statut des enseignants - chercheurs. « On arrête tout, un tel mouvement ne s’est jamais vu», annonce Isabelle This Saint-Jean. 
      • jeudi 29 janvier 2009 19:54 candidou

        Alors, c'est comme ça que ça se passe!:
        N. Sarkozy pense que la recherche est nulle, alors il appelle Pécresse et il lui dit : "Fais-moi une loi sur les enseignants-chercheurs!". Et Pécresse de partir sur ses talons aiguilles s'isoler dans un bureau ministériel et de pondre une loi qui aussitôt est votée et suivie d'un décret.
        C'est ce que vous voulez nous faire croire? 
        N'y aurait-il pas quelques membres de votre corporation consultés pour la rédaction du texte, quelques hauts fonctionnaires pointus dans le domaine des universités, quelques directeurs d'universités?
        Que des points de litige existent, ok. De là à faire la grève et  un appel du pied aux étudiants, c'est culturel.
        Quant aux Américains qui se pâment dans les labos francais, n'est-ce pas de la même nature que ces ethnologues visitant des tribus lointaines et isolées et restant interloqués par le fait que leurs sujets puissent faire du feu avec deux bouts de bois?

        La question subsidiaire: si ça fonctionne si bien, quel est l'intérêt du politique de changer les choses?
  2. mercredi 28 janvier 2009 23:06 verygoodisgood

    bel article. bizzarement on a droit au point de vue d'un prof ( qui les represente tous ? )  on nous rapporte le point de vue partagé des etudiants,mais on aura pas droit à un avis du ministere ou du directeur de fac. orienté ? 

    PS j'adore le tact de l'évocation de l'instance "ad hoc" . une locution latine et hop ca fait technique et on en parle plus ! 

    ben non, j'imagine bien,  le truc "ad hoc"  est en fait probablement un beau panier de crabes entre profs s'evaluant les uns les autres, et tu me donnes une bonne note et je te laisse le cours de truc en échange, et je valide sa progression et il vote le budget de mon labo de recherche ,  etc . Si ca c'est efficace .. 
    • jeudi 29 janvier 2009 18:52 tombombadilom

      " Si ça c'est efficace"

      Oui, "ça" c'est efficace, la recherche publique française est efficace, malgré ses défauts.

      Cela vous emmerde idéologiquement, mais la meilleure preuve est l'admiration des chercheurs étrangers, notamment américains, quand ils viennent visiter un labo français. Ils sont systématiquement épatés par les résultats obtenus avec des moyens si faibles, c'est la définition même de l'efficacité... et toc.

      Et tant qu'à être outrancier dans la comparaison, en union soviétique, où tout marchait si mal, qu'est ce qui fonctionnait très bien ? la recherche publique ! elle était à la pointe mondiale, à l'époque...





    • jeudi 29 janvier 2009 01:26 marck

      mowgli;

      tu changes de pseudo mais tes idées d'hier restent les mêmes !

      ça te fait quoi d'être un clandestin sur ce blog ?

      si tu veux comprendre ce qui se trame autour des universités, je te conseille la lecture du JO daté du 16 novembre 2007. oublie le figaro et TF1, tu comprendras réellement ce qui se passe dans les universités.