Descoings dans un lycée de Bobigny : le chemin de croix

POLITIQUE dimanche 22 février 2009

Par Inès El laboudy @InesLabou

D’habitude, ils sont plus stricts. Jeudi 12 février, les surveillants, l’adjointe au principal et l’ensemble des CPE du lycée Louise Michel de Bobigny sont tout miel avec les élèves. L’établissement reçoit le directeur de Sciences-Po Paris, Richard Descoings, mandaté par Nicolas Sarkozy pour la réforme des lycées. La rencontre a lieu au réfectoire, à 17 heures. Le service de midi a été annulé pour l’occasion, grand ménage oblige. Il faut briller devant l’envoyé spécial du président de la République !

Le matin, à l’ouverture du lycée, c’est le Parti communiste qui accueille les élèves avec un communiqué de presse, disant : « Descoings/Darcos, même combat ! La réforme des lycées conduite par Richard Descoings ? C’est l’éducation qui n’est plus nationale ! » La journée passe et le lycée sent bon. Tout le monde est joyeux. 17 heures, sonnerie. Direction le réfectoire. Elèves, parents, profs sont présents. La réunion commence. Richard Descoings parle de sa chère école, si réputée, et de la convention qui lie Sciences-Po Paris et Louise Michel.

Depuis deux ans, ce lycée dit expérimental, a reçu 200 000 euros de la fondation Sciences-Po. Derrière cet argent, on trouve des grands contributeurs privés, comme L’Oréal. Grâce à cette convention, des élèves de Louis Michel peuvent accéder plus facilement à l’Institut d’études politiques de Paris, sur présentation d’un dossier et après passage d’un oral devant un jury. Mais ce jeudi-là, c’est plus le représentant de Nicolas Sarkozy qu’on écoute que le « père » des conventions ZEP-Sciences-Po. Les parents sont prêts à l’attaquer à la moindre occasion.

Cela ne manque pas. Un père africain se lève. On lui propose un micro pour poser sa question. Il le refuse. Sa voix porte assez pour être entendue de tous. Il n’a pas de question à poser mais une remarque à faire. Il dit à Richard Descoings que ses paroles ne sont pas toutes vraies, que, non, contrairement à ce que dit l’invité, les enfants de la banlieue ont, encore et toujours, moins de chances d’accéder à Sciences-Po que les enfants des Champs Elysées. Il termine son intervention par un « merci » fort et sec. Applaudissements pour le père de famille. Il a bien parlé.

Sciences-Po est une école moderne. Pour les besoins de sa conférence, Richard Descoings a débarqué avec un écran géant sur lequel apparaît un numéro de téléphone. Ainsi, comme dans certaines émissions de télé, les spectateurs peuvent envoyer commentaires et questions par SMS. Leurs contenus seront visibles à l’écran. Evidemment, des lycéens assistant à la réunion détournent le procédé à des fins plus ou moins drôles : « Soyez tout le temps gentille comme ça Mme M. », « Le lycée sent bon ! », etc.

« On voulait montrer que c’est seulement aujourd’hui que les CPE et les surveillants sont gentils avec nous et nous respectent, m’expliquent les jeunes auteurs de ces messages. C’est du cinéma, tout ça ! Ils décident de faire ça uniquement parce que Science-Po est là ! Autrement, on nous traite comme des moins que rien. Et puis Science-Po cherchait à nous impressionner avec leur gros matos, mais nous aussi, on peut avoir le même ! Il suffit d‘en avoir les moyens. » C’est pas gagné…

Inès El laboudy

Inès El laboudy