Interdire le port de la burqa ? Le pour-contre de nos blogueuses

C'EST CHAUD vendredi 19 juin 2009

Par Mimissa Barberis



Non, non et non ! Lorsque je vois une femme porter la burqa, je ne peux m’empêcher d’avoir un sursaut d’effroi. Sont-elles forcées par leurs hommes (mari, frère ou père) ou le font-elles par choix ? Souvent elles sont en compagnie d’enfants en bas âge, j’en déduis donc qu’elles sont mariées et que c’est le mari qui leur impose cela. Mais parfois, lorsque j’entends leur discours, je suis étonnée d’apprendre que c’est elles qui ont choisi de porter la burqa par conviction religieuse. Je ne peux alors m’empêcher de penser : pourquoi vivre en France ? Si on veut vivre sa religion à sa guise et en particulier de cette manière, il faut résider dans un pays musulman.

Il n’est pas cohérent de s’établir dans un pays chrétien, en l’occurrence la France, et d’imposer ce mode vestimentaire et de vie à la vue des personnes que l’on rencontre chaque jour dans la rue, à l’école ou dans les centres commerciaux. J’ai envie de dire à ces femmes : « Quelle modèle de vie enseignez-vous à vos enfants et surtout à vos filles ? Quel avenir pour vous mais aussi pour vos filles ? Serez-vous un jour indépendantes et libres et pourquoi imposer cela à des enfants qui n’ont pas forcément choisi cela ? »

Je commence même à voir des petites filles de 4-5 ans porter le voile. Personne ne me fera croire que cela à un sens. C’est dramatique et dangereux. Parfois je me demande si ce n’est pas une mode qui leur passera. Je n’arrive pas à concevoir qu’il y ait autant de femmes qui portent cet accoutrement. Les immigrés de la toute première génération venus en France dans les années 50 se sont battus pour s’intégrer. Cela ne les a jamais empêchés de pratiquer leur religion, de faire le ramadan et leurs cinq prières journalières, dans la discrétion et le respect du pays qui les a accueillis. Tout cela pour dire que c’est NON, NON et NON. Essayez donc de vous promener en tenue légère ou d’entrer sans un foulard sur la tête dans un pays musulman et on vous tombera dessus illico presto. Alors, la tolérance, ça se pratique dans les deux sens.
Khadija Ichou

Aujourd’hui la burqa ? Et demain, les manteaux trop longs ? Interdire le port de la burqa serait une mesure liberticide. Voter une loi pour une tenue spécifique – qui comme par hasard est une tenue assimilée à l’islam – conforterait l’idée selon laquelle l’Etat est en conflit avec l’islam. Ceux qui interdiraient à ces femmes le droit de choisir de leur tenue sont, pour moi, à placer au même niveau que ceux qui les obligeraient, et les « encouragent » sûrement parfois, à les porter. Si l’habit ne fait pas le moine, la burqa ne fait pas l’intégriste… Alors, pourquoi s’acharner systématiquement sur le port du voile, le port de la burqa et puis sur quoi ensuite ? Le port des manteaux trop longs ?

Ce qui m’inquiète c’est qu’on en revient toujours au même sujet et aux mêmes personnes. On peut être gothique, arborer le look de Dracula, se mettre des clous sur la tête et des lentilles rouges, ça ne gêne personne. Lorsque j’étais au lycée et que mes camarades de classe voilées n’avaient pas le droit de pénétrer dans l’établissement avec leur voile, alors que des satanistes sosies de Marylin Manson avaient tout a fait le droit d’y entrer avec des pics sur le crâne et des poupées décapitées sur leur sac à dos, on avait quand même du mal à comprendre. D’autant qu’on ne cesse de nous répéter que nous sommes sur une terre qui prône la liberté, l’égalité et la fraternité depuis qu’elle a décapité son roi. Quand le chant de l’interdiction retentit, tintent en fond les chaînes de l’oppression…
Widad Kefti

La burka est l’ennemie de la femme. La liberté qui est la nôtre aujourd’hui en France, nous la devons à des hommes et des femmes qui se sont battus tout au long des siècles et qui nous l’ont offerte sur un plateau d’argent en payant souvent de leur vie. Et pour moi, le port de la burqa est une entrave à la liberté de la femme. Peut-être que le fait, pour notre génération, de na pas avoir eu à mener ce combat-là empêche quelques-uns – et quelques-unes – de l’apprécier à sa juste valeur. Or le combat de millions de femmes et d’hommes de par le monde continue, parfois au risque de leur vie, pour vivre librement. Ce sont là, les raisons principales qui font que j’approuve cette proposition visant à ouvrir ce débat dans la France ou je suis née.

Il est possible que ce débat brouille les pistes et détourne l’attention des Français des dures réalités de leur quotidien face à la colère qui gronde. Mais c’est un député communiste qui en a eu l’idée. Mais ce qu’il importe de retenir, c’est que la religion est quelque chose de profondément intime et que la femme n’a pas à se couvrir d’une burqa pour montrer sa bonne foi ou sa bonne qualité. Je considère la burka comme rétrograde, irrespectueuse envers toutes les femmes et son port inconvenable en société. Le voile est amplement suffisant pour celles qui tiennent à montrer des signes de leur conviction musulmane.

Si on laisse entrer la burqa en faire à sa guise sur notre sol, qu’est-ce qui nous dit que la prochaine étape ne consistera pas à tolérer que les partisans du port du voile intégral interdisent l’école à leurs filles ? Ainsi, au nom de toutes femmes et hommes qui se battent encore pour avoir le droit d’apprendre, d’être libre, de vivre tout simplement, nous nous devons de les soutenir en refusant la burqa dans notre pays, pour eux, pour nous, pour nos enfants, suivant en cela l’exemple de nos aïeuls.
Nadia Méhouri

Sait-on seulement de quoi et de qui l’on parle ? En lisant la presse de ces derniers jours, je me suis étonnée des photos qui accompagnaient les articles consacrés au débat sur le port de la burqa en France. Beaucoup d’entre elles montrent des femmes en burqa bleue ou en niqab mais provenant visiblement de pays étrangers : Afghanistan pour la plupart. Or, en utilisant le terme « burqa », le débat est faussé car l’objet en question n’est pas la burqa portée en Afghanistan, mais le niqab, tissu noir ou vert parfois, qui ne laisse apparaître que les yeux. Les femmes qui ont décidé de le porter sont des citoyennes françaises, nées pour la plupart, en France. Elles n’ont pas débarqué d’une autre planète. De plus, le port de la burqa est, disons-le, minoritaire en France. Cela voudrait-il dire que parce qu’il est marginal, on devrait se défendre d’en parler ? Non bien sûr et l’idée d’en débattre est une bonne chose. Faut-il encore que les intéressées puissent s’exprimer.

Habituellement en France, lorsque l’on souhaite légiférer ou aborder un débat politique sur une question, on dépêche des experts, on commande des rapports, on s’informe. Dans ce cas précis, on parle de ces femmes comme si elles étaient hors du temps, de l’espace, hors de l’histoire. Pas un seul papier de la presse ne leur a donné la parole. Je ne comprends pas comment il est possible de se positionner pour on contre le port de la niqab si on ne discute pas avant avec celles qui le portent. La question est la suivante : veut-on interdire le port du niqab pour protéger ces femmes ou bien pour nous protéger d’un désagrément et d’un inconfort visuels ?
Nassira El Moaddem

Ce n’est pas le rôle de l’Etat. Le projet d’interdire le port de la burqa dans les lieux publics alimente encore une fois un sentiment de peur à l’égard de la religion musulmane. Décidément, pour une partie de la classe politique, de gauche comme de droite, tout est prétexte aux reproches à l’égard des musulmans dans leur ensemble. Hier, c’était l’égorgement des moutons dans les baignoires qu’on vilipendait, puis ce fut la loi 15 mars 2004, qui interdit le port du voile dans les établissements publics (excepté les universités). Et maintenant, le port de la burqa, qu’on veut prohiber dans la rue.

Le projet visant à interdire la burqa dans l’espace public est une entrave à la liberté des femmes qui souhaitent pratiquer leur religion selon leur convenance, et contraire à l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, tout comme en opposition à l’article 4 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

La burqa n’est pas une prescription islamique. Elle peut être, sous nos latitudes – je ne parle pas des pays où son port est imposée par la tradition – une tenue que certaines femmes portent par conviction. Ce choix, s’il résulte d’une volonté personnelle, ne peut être remis en cause. Par ailleurs, dans une société démocratique et républicaine comme la France, qui est en quelque sorte dépositaire des droits de l’homme, chacun doit être libre de s’habiller comme il le veut et de penser ce qu’il veut. Ce n’est pas aux politiques de décider du choix de vie des ces femmes portant la burqa ou le niqab.

Si ces pratiques risquent de troubler l’ordre public en France, alors c’est aux gens de l’« intérieur », à savoir les membres du Conseil du culte musulmans de France, d’apporter des solutions favorables à la coexistence nationale, et non aux politiques de s’en mêler, donnant de la sorte le sentiment aux musulmanes et aux musulmans de s’ingérer dans leur foi et leur pratique.
Mimissa Barberis

Mimissa Barberis