Prisonbook : comment Internet s’introduit en taule

AMBIANCE mercredi 2 septembre 2009

Par Inès El laboudy @InesLabou



On sait tous que la cachette ultime pour faire entrer un téléphone en prison, c’est l’arrière-train. La puce du téléphone devra être changée dans les trois mois pour que le détenu ne se fasse pas chopper et dans la plupart des cas, elle est rechargée à distance par les amis, la famille ou la petite amie. Les détenus peuvent donc appeler, recevoir des appels, en précisant à leurs correspondants les horaires durant lesquels ils sont en mesure de répondre. A défaut d’appeler ou d’être appelés, ils peuvent toujours textoter (envoyer et recevoir des sms).

L’un des téléphones les plus répandus en cellule est le Samsung F210. Petit, très fin, il se glisse partout. Et quand je dis partout, c’est partout… On m’a raconté des anecdotes de prison assez amusantes. Je vais vous en rapporter une qui m’a fait rire, malgré la stupidité des propos.

Un ancien prisonnier m’a dit que lorsqu’il était en prison, un homme était surnommé Biggie, en référence au rappeur Notorious Big, parce qu’il était tout aussi imposant physiquement. Il était la grosse tête de la vente d’objets en tous genres au sein de la prison. Sa cachette première ? Ses bourrelets ! Il était tellement énorme qu’il équipait son ventre ses replis de chair de scotch double face hyperpuissant, pour pouvoir y coller des téléphones, MP3, briquets, paquets de cigarettes et j’en passe. Il s’était crée un sacré business en taule et même les matons avaient peur de lui.

Grâce à ce genre d’énergumène, plus besoin aujourd’hui de sortir de sa cellule pour avoir accès aux infos, recevoir des photos, etc. Une nouveauté a réussi à s’infiltrer en cellule : le déjà mythique 3G ! Vous savez, ce système qui permet de surfer sur le net, d’avoir des conversations vidéo et d’aller sur Facebook, avec un téléphone portable.

Facebook est devenu une plateforme de tchat incontournable chez ces taulards en manquent de ragots. J’ai cassé une barre de rire en voyant deux types de mon quartier sur ma page d’accueil Facebook, qui, à ma connaissance, étaient en prison à ce moment-là. Des amis que j’ai en commun ont mis des photos d’eux dans leur album photos.

Les deux détenus avaient la même pose, bien que se trouvant dans deux prisons différentes : bonnet sur la tête, polo à col – ça fait plu sérieux –, bras croisés pour montrer qu’on a gagné du muscle pendant l’incarcération et qu’à la sortie, on sera le plus fort de quartier avec les plus gros bras ! En arrière-plan, le mur avec des linges accrochés ou alors la fenêtre avec les barreaux et la télé allumée à côté. Ben oui, faut montrer que même en cellule, on a un minimum de confort. Je dis bien « minimum » ! Ah, j’oubliais, il faut aussi mettre en évidence les boîtes de conserves posées sur la table à côté de la gamelle. Pour indiquer à quel point on bouffe mal en taule.

La curiosité m’a poussée à parler avec l’un d’entre eux. Ben quoi ? Faut bien que je sache ce que Facebook, la secte du net, lui apporte comme satisfactions dans sa grotte cellulaire ! « Salut ça va ? (etc., les politesses d’usage avec un ancien du quartier)… Bah alors, que fais-tu sur fesse de bouc ?? que je lui demande. – Oh ben, tu sais, faut bien retrouver ses amis, voir ce qu’ils sont devenu et comment le quartier grandit. J’profite aussi des vidéos drôles qui passent dessus, au moins ça me détend et je m’amuse un peu ! »

» Je vois que tu as pris du muscle, c’est pour impressionner les gens, tes photos, là ? – Oui, au moins on voit que je fais quelque chose de mes journées ! Je me gonfle la masse musculaire avec des pompes, des abdos, un petit footing dés le matin ! C’est bon pour mon corps, tout ça. – Oui ok, mais dis-moi, mis à part revoir tes amis, ça t’apporte quoi, la connexion ? – Tu sais, ça recrée un lien avec ceux que j’aime, je me sens mieux quand je parle avec eux, quand je sais qu’ils vont bien. Quand je vois qu’ils profitent de leurs vacances et m’envoient quand même un petit mot de soutien. »

» Bon, après, c’est clair que je ne m’en sers pas que pour la famille et les amis… – Comment ça ? Sois plus explicite. – Baaah j’en profite aussi pour comme on dit me rincer l’œil, quoi ! Certaines de mes amies Facebook ne sont pas si sérieuses que ça ! Il y en à deux qui sont gogo-danseuses. Je profite de leurs photos. – Tu parles avec elles en privé aussi via les conversations ? – Oui, lol ! Et j’dois dire que nos conversations peuvent parfois atteindre un stade de folie pas possible. – En gros c’est du Facebook rose ! – Oui, voilà, exactement. Mais contrairement au téléphone, là, il y a les photos, donc on se voit. Mais elles savent que c’est purement virtuel, elles habitent à Marseille je ne les verrai sûrement jamais. Et je n’ai pas envie de les voir, ça gâcherait tout le plaisir qu’ont trouvent dans nos discussions… »

Inès El laboudy

Inès El laboudy