Une Tchadienne de 51 ans, piégée à la préfecture

C'EST CHAUD lundi 26 octobre 2009

Par Mimissa Barberis



Le 14 septembre, une tchadienne de 51 ans s’est rendue à la préfecture du Mans pour renouveler son visa touristique. Elle est atteinte dans sa santé. En sortant, elle a été interpellée par des policiers en civil puis placée en centre de rétention à Rennes. Haou N’Gallou-Bassou est en France depuis fin mars. Elle souffre, depuis dix ans, d’un trauma cervical qui provoque des tremblements. Sa fille Nicole, mariée à un Français depuis neuf ans, a voulu que sa mère se fasse soigner en France, « car au Tchad il n’existe pas de traitement pour cette maladie. Celui que les médecins tchadiens lui ont prescrit est totalement incompatible avec son état de santé. »

Dès l’arrivée de sa mère au Mans, Nicole a pris les devants en contactant la préfecture pour renouveler le visa car celui-ci n’était valable que pour deux mois, jusqu’à fin mai. C’était le 3 juin : « L’administration nous a délivrés un récépissé de demande de rendez-vous pour que maman puisse circuler sans contrainte. Mais la demande de régularisation pour raisons de sante, elle, a été malheureusement infructueuse. Ma mère a reçu une notification de refus avec obligation de quitter le territoire. »

Nicole décide de prendre un second rendez-vous, le 14 septembre, donc. Elle adresse également un courrier au préfet de la Sarthe, le priant de revenir sur sa décision. Elle ne recevra aucune réponse. Nous voilà le 14. Nicole, son mari et Haou N’Gallou-Bassou se rendent à la préfecture : « Nous avons été reçus par une employée du service étranger. Nous lui annonçons l’objet de notre venue. Elle consulte sa base de données. A ce moment-là nous ressentons que quelque chose ne tourne pas rond, l’expression du visage de l’employée ne laisse rien présager de bon. En quittant son bureau elle nous demande de patienter quelques instants. A son retour, elle était très agressive. Nous lui précisons calmement que nous sommes venus retirer un dossier médical en vue d’une demande de régularisation. Bien entendu, nous n’avons jamais vu la couleur du dossier. »

Pendant l’entretien du 14, Haou ne se manifeste pas. D’une part, elle ne comprend ni ne parle la langue française, d’autre part, se taire, c’est un peu dans son caractère. A 15 heures, à la sortie de la préfecture, elle marche en retrait de sa fille et de son gendre. Ces derniers, indignés du discours de l’employée, discutaient entre eux. Soudain, raconte Nicole, « j’entends ma maman m’appeler. Sa voix tremblait. Des types l’encerclaient, ils étaient trois. Inquiète, je m’avance vers elle et là, j’ai compris. Toute cette situation me paraissait plus claire. Maintenant, je peux dire qu’il y a un lien entre le moment où l’employée de la préfecture à quitté son bureau et l’interpellation par les policiers. »

Il se serait agi d’un « contrôle inopiné », d’après le secrétariat du préfet. Les policiers avaient reçu quelques jours auparavant le signalement d’une femme tchadienne âgée d’une cinquantaine d’années en situation irrégulière.

Pour Alain Ifrah, avocat au Mans, qui n’est pas en charge du dossier, précise que cette affaire soulève des points importants : « Le vrai problème est celui de la déloyauté de traitement vis-à-vis de ces gens-là. En l’espèce, la Tchadienne était persuadée d’être dans ses droits. Le problème ne doit pas être pris en termes de validité du récépissé qu’elle a reçue, mais en termes de fraude à la loi de l’administration. Juridiquement, les policiers ont commis une voie de fait, le contrôle d’identité opérée sur cette femme était inopiné, or un tel contrôle doit toujours obéir à un ordre reçu. »

Haou N’Gallou Bassou a été emmenée au commissariat de police. Sa fille a assisté à l’interrogatoire pour faire la traduction. L’état de santé de sa maman s’est aggravé pendant l’interrogatoire. « J’ai demandé aux policiers qu’il fallait impérativement la conduire à l’hôpital car elle tremblait de la tête, ce qui est mauvais signe. Ils ont refusé car ils n’avaient pas que çà à faire, c’est ce que m’a dit un policier. Ils ont finalement accepté de contacter un médecin agréé par la préfecture. Mais pour le docteur, avec 17 de tension, l’état de santé ne ma mère ne nécessitait pas d’hospitalisation. »

Selon Alain Ifrah, « au niveau de la préfecture, ce droit à la santé opposé par des personnes en situation irrégulière, est un problème d’appréciation. Tout comme le droit au travail, ce droit-là est une coquille vide. En réalité, la question qu’il faut se poser est celle de l’existence du remède et de l’accès aux soins. »

A 18h30, Haou N’Gallou Bassou a pris la direction du centre de rétention de Rennes, à 140 kilomètres du Mans. A 22 heures, Nicole décide de contacter le centre de rétention pour avoir des nouvelles de sa maman. Surprise, elle apprend que celle-ci n’y est pas encore arrivée. Elle apprendra plus tard par sa mère que la patrouille de police avait fait demi-tour pour retourner au commissariat de police du Mans, où on lui a fait signer des documents. En l’absence d’un traducteur.

D’après l’avocat, il y aurait eu un vice de procédure : « Si j’étais en charge du dossier, dit-il, je sais comment j’aurais pu faire invalider la procédure. En effet, la loi postule que doivent être mises au courant heure après heure les autorités administratives et judiciaires des déplacements et de la situation des intéressés. Je suis persuadé que ni la préfecture ni le procureur n’ont été tenus informés de ce petit aller-retour. »

L’expulsion définitive devait avoir lieu le lendemain à 16h45. Ironie du sort, le commandant de bord de l’avion à destination de Ndjamena a refusé que Haou N’Gallou-Bassou prenne place à bord l’avion, car elle avait perdu connaissance peu auparavant. Aujourd’hui, Haou est assignée à résidence.

Mimissa Barberis (Bondy-Le Mans)

Mimissa Barberis

Les réactions des internautes

  1. lundi 26 octobre 2009 18:34 commandant_minos

    Difficile sujet que celui-ci, car il ne s'agit pas de punir des dealers, des violeurs, mais de renvoyer chez eux des hommes, des femmes, à qui l'on ne peut reprocher qu'un séjour illégal dans notre pays. Ce qui est assez bas dans l'échelle des délits.
    Mais que deviendrez nos rues si l'on supprimait les contraventions pour stationnement gênant ?
    Que deviendrez notre pays si l'on supprimait les lois sur l'immigration ?

    Ici, il s'agit d'une personne malade. Venue comme touriste, avec l'intention dissimulée de se faire soigner.
    Le coût des soins est supporté par la solidarité (forcée) nationale. Pour qu'il y ait solidarité, chacun doit y participer. Quelle est la participation de cette dame ?

    On peut certes lui offrir ces soins par humanité. Mais pourquoi  à elle, qui s'est imposée, et pas à un autre, des autres, également dans le besoin ?

    Comme la liberté, la générosité de la collectivité a besoin d'un cadre pour s'exercer et perdurer.

    Pourquoi ne pas proposer des parrainages privés pour aider ces personnes à se faire soigner en France ?
  2. lundi 26 octobre 2009 16:38 paquita

    Douce France, cher pays de mon enfance,
    Tu te perds dans l'indifférence.

    http://www.wat.tv/video/liberte-egalite-fraternite-9jn5_9jn0_.html
  3. lundi 26 octobre 2009 15:13 verygoodisgood

     quand on vient en france pour se faire soigner comment cela se passe ?  on paie quoi ? 
    paie t on les couts induits ? la part des salaires, des scanners etc ?  

    parce que sinon on a evidemment pas de moyen pour soigner l'afrique entière . la sécu est déjà au bord de disparaitre . 

    sur le sujet de l'article, ben quand on a plus le droit d'etre dans un pays on en part , non ? 
    si on décide d'enfreindre la loi, apres, savoir où et à quelle heure les policiers ont le droit de venir vous attraper, vraiment je ne comprends pas le sujet . 

    un dealer peut il faire annuler son arrestation en disant quil etait en train de distribuer la soupe populaire ou d' emmener ses enfants à l'ecole ? 

      
    • lundi 26 octobre 2009 15:58 lie

      Comparer la situation de cette femme avec "un dealer peut il faire annuler son arrestation en disant quil etait en train de distribuer la soupe populaire ou d' emmener ses enfants à l'ecole ? "
      Encore un client pour L'association Contre les Analogies Foireuses (ACAF)
      • lundi 26 octobre 2009 16:01 verygoodisgood

        tu t'abonneras aussi à l'assoc des  hampions d'evitement du debat de fond au bon moment ..
        • lundi 26 octobre 2009 16:16 lie

          Je te l'accorde Mowglii, mais reconnais que c'est difficile après une conclusion pareille de parler du "fond".
          Anysor a très bien résumé le problème.
          • lundi 26 octobre 2009 17:07 wizam

            Faut avoir l'esprit drolement formaté pour prendre Anysor pour un mentor . Ce monsieur Frederik, Tout ce qu'il dit est parole dans le bon vent ,un vent qui souffle depuis 30 ans;C' est un monument  à la gloire des media dominants .Il est parfait dans son role de récitant .
            Point de censure ,il connaitra ;point de poursuites il encourra ;Jamais au tribunal de Bobigny  il ira .Par le prince ,par le roi ,par le président ,par l'Iman il sera oint.

            L'immigration abusive ? connait pas !;la violence de la cité ,?connait pas ! ;le pillage des aides sociales ? connait pas! ;le racisme anti blanc,anti français? surtout connait pas !; ,l'école livrée aux enfants de la racaille ? connait pas ! ;le squat ou le Hlm pour l'immigré mais le  sous le pont pour le français ? connait pas, connait pas ! Tournantes ,bolossages ? connait pas!; Femmes embourquinabées contre leur volonté ? connait pas!; massacres religieux de l'Orient ? connait  pas .! Burqua ? YA ,il connait . Prières ,Koran , hadiths et sourates ,Charia ,la Mecca ,? Ya ,il connait ça,Frédérique Anysor . 
            Il est dans le club . !
            • mardi 27 octobre 2009 12:16 anysor

              lol

              vous m'avez bien fait rire !! mdr

              Merci pour cette description, tout ce que vous dites de moi ainsi me fait beaucoup de bien !
              • mardi 27 octobre 2009 17:53 zazaoui

                Je sais fort bieN. Anysor que vous n'etes pas le seul dans ce club  . Vous  pouvez meme  vous y compter par millions . Je souhaite seulement que vous  y soyez le dernier .

                Les majorités changent tres vite en ce moment .
        • lundi 26 octobre 2009 16:06 anysor

          débat de fond ??

          Laisse moi rire !

          Avec toi, swazi epicure, ouallonsnous, tof et mariella, et j en oublie certainement, c'est toujours la meme rangaine :

          Dehors les étrangers, meme s'ils sont francais
          Personne n'est raciste en France
          A bas les religions en particulier l'Islam
          Les noirs et les arabes ne font que pleurer sans raison
          etc...
          etc...


          On a qu a piocher un sujet au pif et on aura droit au meme discours.

          Avec les photos immondes pour Mariella
          Avec une touche faussement historique sur le colonialisme pour swazi
          Avec le racisme le plus abject pour Epicure
          etc...
          etc...
          • lundi 26 octobre 2009 16:19 ou_allons_nous2

            Enfin! Enfin Anysor vous sortez de votre discours mièvre. Dites ce que vous voulez sur moi, croyez ce que vous voulez, mais ne nous servez plus de soupe insipide.
          • lundi 26 octobre 2009 16:18 tof

            Anysor vous constaterez que je n'ai pas donné mon avis sur le sujet donc pour les amalgames qui vous sont si cher , je vous serais gréé de les éviter.

            Vous qui etes si prompt a vous offusquer des amalgames ne faites pas la même chose avec les intervenants.

            Pour vous reprendre :
            "Dehors les étrangers, meme s'ils sont francais = ça c est votre point de vue , un francais etant francais je me verrais mal dire cela par contre un etranger entre illegalement n'a rien a faire sur le sol francais.Ca je le dis haut et fort , je ne voie pas pourquoi certains suivraient les voies legales et que d'autres devraient avoir des passes droits.
            Personne n'est raciste en France = ça c est votre point de vue , du mien je dis qu'il n'y a pas que les blancs qui sont racistes et que certains ont tendance à voir le racisme partout.C'est le mot à la mode .
            A bas les religions en particulier l'Islam = ça c est votre point de vue ,le mien etant que si vous laissez cela chez vous , vous ne m'entendrez plus sur ce point.Chacun fait ce qu'il veut tant qu'il ne le crit pas sur la place publique.
            Les noirs et les arabes ne font que pleurer sans raison = ça c est votre point de vue , moi je dis que les délinquants ne font que pleurer sans raison et vous amalgamez mes dires à noirs et arabes.
            etc...
            etc..."

            Je le répete pour la enieme fois , je suis patriotique et non nationaliste ou autres termes à la mode..

            Concernant ce sujet , je trouve la manière de faire bizarre , maintenant si nous devions soigné tout les malades du monde , en plus de ceux qui sont francais , les finances de la sécu iraient bien encore plus mal.Cette personne , legalement, n'a rien à faire sur notre sol , c'est dur a entendre mais c'est la stricte vérité.

            Cdt
    • lundi 26 octobre 2009 15:41 wizam

      Ce que c'est que la malchance ! Au Tchad ,le médecin etait incompétent et incompatible avec la malade . En France ,le médecin agrée estime qu'une tension à 17 n'est pas mortelle et autorise un voyage par avion .
      à croire que les bons et justes médecins ne courent pas les rues de Paris ni de Ndjamena
  4. lundi 26 octobre 2009 15:04 anysor

    C'est dur de lire de pareilles choses.

    Notre politique ne respecte même plus les malades, notre systeme ne leur vient pas en aide mais les rejette. La police doit exécuter et certains policiers ne prennent pas de gants, d'autres son encore moins scrupuleux et bravent les interdits.