Le monde cauchemardesque des gauchers

AMBIANCE mardi 1 décembre 2009

Par Inès El laboudy @InesLabou



Couper une tomate, une patate ou un concombre c’est facile, pour toi, le droitier. Mais pour moi, c’est difficile. La trajectoire imprimée à ma tranche n’est jamais celle souhaitée. Pourquoi ? Parce que je suis gauchère et que les dents du couteau sont du côté gauche du couvert. Du coup ma tranche de tomate, soit elle est trop fine soit trop épaisse. Pareil pour les frites que j’essaye de couper toutes du même calibre. Jamais elles ne se ressemblent.

Certains gauchers ne rencontrent aucun de ces petits problèmes. Mais moi, grande gauchère que je suis, cela me gêne souvent. Le grand classique que j’appréhende, c’est la conduite de la voiture, avec son levier de vitesses à droite ainsi que le frein à main. Autre « montagne » : les tourniquets du métro. Le ticket se glisse à droite. Du coup, ou je tends la main gauche, ou je tends la droite, mais je rate toujours la fente. Pas facile aux heures de pointe quand une foule parisienne pressée et stressée râle dans votre dos parce que vous avez mis deux secondes et pas une demi-seconde à composter votre ticket.

Il y a également les louches (rayon cuisine). Un jour, j’ai voulu me servir de la soupe chez ma grand-mère et je me suis rendu compte que le bec verseur se trouvait à gauche. Soit je faisais abstraction de ce fait, soit je me servais de la main gauche en penchant la louche à gauche. Un sacré schmilblick. Last but not least : l’éplucheur. Vous savez celui qui se tient pleine main. Pourquoi le petit bout d’acier qui ressort, permettant d’extraire les impuretés de la pomme de terre, se trouve-t-il à gauche ? Mais j’ai pire encore : l’ouvre-boîte ! Un casse-tête pas possible. Vous imaginez ouvrir sa conserve en poussant l’ustensile vers l’avant ? Le bon plan pour se couper le doigt.

Les relations humaines, maintenant. Pourquoi se serre-t-on toujours la main avec la droite ? Pourquoi pas avec la gauche ? Les gens le font de la gauche quand la main droite est blessée ou trop occupée. A croire que la gauche ne sert qu’en cas d’invalidité de sa jumelle. Pour nous, les femmes, les palettes de maquillages ou l’applicateur de far à paupières se situe à droite des différentes teintes : quel handicap ! Et je ne parle pas des souris d’ordinateur, initialement conçues pour les seuls droitiers.

Il faut savoir qu’une personne sur dix est gauchère et contrairement à ce que raconte la légende, nous ne sommes pas plus intelligents que les droitiers. En revanche, la fibre artistique et sportive est paraît-il plus évoluée chez le gaucher. Des chercheurs français, Charlotte Faurie et Michel Raymond, de l’université de Montpellier, avancent la thèse que cette supériorité artistique et sportive chez les gauchers explique qu’ils ont survécu jusqu’à nos jours !

En effet, ceux-ci seraient de manière générale désavantagés, et la sélection naturelle aurait dû les faire disparaître depuis longtemps. Mais être gaucher leur donnant un avantage dans les combat au corps à corps, ils auraient réussi à se défendre au travers des siècles. Pour les chercheurs français, cela expliquerait pourquoi il y a plus de gauchers dans les sociétés dites les plus violentes. En résumé, plus on a d’homicides dans un pays, plus le nombre de gauchers est élevé. Qu’en est-il de l’habileté au maniement de la gachette ?

Les gauchers seraient-ils de violents humains gorgés d’esprit de revanche contre ce monde de droitiers ? Certes non, mais leur adaptation au quotidien droitier est un combat de tous les jours. Voilà pourquoi aussi, ils seraient plus souvent victimes que les droitiers d’accidents domestiques, en raison d’outils inadaptés à leur qualité, et non pas défaut, naturelle. D’autres études montrent que l’espérance de vie d’un gaucher serait plus basse que celle d’un droitier : 66 ans contre 75 ans. Bon, eh bien il faut que je vive au moins jusqu’à 67 ans ; comme ça, je les aurai contredites !

Inès El Laboudy

Inès El laboudy