Nos jours heureux

C'EST CHAUD vendredi 12 novembre 2010

Par Inès El laboudy @InesLabou

Depuis ma naissance, je me réveille banlieue, je respire banlieue, je m’endors banlieue. A 6 ans, maman m’a laissée sortir en bas de ma tour pour la première fois sans elle. J’étais équipée de mes rollers. Je ne les quittais plus. Mais impossible de m’éloigner, le garde-chiourme maternel me surveillait depuis sa fenêtre. On courait dans tous les sens, on jouait à la chasse à l’homme, à la balle au prisonnier, à chat couleur… Que de beaux souvenirs.

Filles et garçons, ensemble, sans problèmes. La maternelle, l’école primaire, le collège, le lycée étaient tous à moins de quinze minutes à pied. On ne se quittait pas du bas de notre tour jusque dans la salle de cours. Amis depuis l’âge des couches-culottes. A midi, on se dépêchait de rentrer pour ne pas rater les dessins-animés de la 5 et plus tard, les séries de M6. Dans le sens inverse, le rituel était de sortir de chez soi le plus tôt possible pour se retrouver devant l’école. Histoire de papoter un peu.

Au collège, l’ambiance changea, on devint plus responsable. En 6e, on serrait la main aux garçons. Les filles se faisaient la bise et puis après toutes ces années d’amitié, avant de passer dans la cour des grands, c’est-à-dire au lycée, les garçons aussi ont eu droit à la bise, en 3e seulement. Les midis où nous avions deux heures pour manger, c’était direction le McDo ou le grec, en bande de dix. Les mercredis après-midi, on les passait à la bibliothèque municipale Elsa Triolet. Disons qu’on passait plus de temps à manger des bonbons en douce, qu’à réviser.

Le week-end, c’était le match de basket-ball, sport auquel je joue toujours dans le club de ma ville. Mes amies faisaient partie de mon équipe et le reste de la bande venait nous encourager. Sympa mais stressant, car ont savait qu’à la moindre erreur, les vannes allaient fuser à la récréation. Grâce au centre de loisirs et au service municipal de la jeunesse, nous avons fait plein de sorties : bowling, cinéma, base nautique, piscine, escalade, canoë-kayak, de quoi s’épanouir dans tous les domaines.

En 2006, ce furent les manifs contre le CPE. Des cris, des rires, des profs remontés et un maire qui nous accueillait à la porte du lycée que nous avions bloqué, avec un café, des pains au chocolat ou encore des croissants pour tout le monde, le tout sous l’œil d’une patrouille de police, pour garder le calme.

Aujourd’hui, avec l’université, le boulot, les enfants pour certains, on s’éloigne, on se croise de temps en temps. Mais une chose est sûre, pour rien au monde je ne troquerais ce rapport d’amitié et quasi familial qui nous lie les uns aux autres. Les mamans s’appellent « tata », les papas « tonton », les petits frères et sœurs sont ceux de tout le quartier et en cas de problème, on trouvera facilement quelqu’un pour nous aider. Si j’avais un souvenir à vous faire partager, ce seraient mes cours de musique au collège Pierre Sémard quand nous avons choisi de chanter Corneille, « Parce qu’on vient de loin ». Le « Palapapa… » du refrain, c’était notre hymne perso.

Inès El Laboudy

Précédentes chroniques à l’occasion des Cinq ans du Bondy Blog :
L-impression-d-être-dans-une-cellule (par Anouar Boukra)
Notre-banlieue-est-suspendue-à-un-fil-et-ce-fil-se-tend (par Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah)
Je-suis-fière-de-dire-que-je-suis-une-jeune-de-banlieue (par Farah El Hadri)
J-ai-reussi-à-partir-à-me-sauver (par Malik Youssef)
Ma-banlieue-était-devenue-trop-etroite-pour-moi (par Tassadit Mansouri)
J’ai-beau-aller-à-la-mosquée-un-Bondynois-partage-pas-son-curé (par Idir Hocini)
Je-nai-jamais-mis-les-pieds-en-banlieue (par Aude Duval)

Les réactions des internautes

  1. jeudi 25 novembre 2010 22:04 qxthcyr

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  2. mardi 16 novembre 2010 13:33 wydryck

    je pense que toi , personne qui pense qui croit savoir ce que le communiste à apporté à notre société, tu vas pouvoir m'expliquer, parce que je pense moi que le système actuel est super, délit délit délit essaye de lire les bons journaux, au lieu de coller ton cul à 20h devant la télé, critique je n'entends que ça mais tout ces gens comme toi ne sont que médiocre
  3. lundi 15 novembre 2010 18:07 Excellent

    Justement c’est bien de montrer qu’on peut ressentir en banlieue la même nostalgie de son enfance que partout ailleurs … cela change des plaintes habituelles des jeunes du coin. Horoscope ; voyance gratuite ; voyance .
  4. lundi 15 novembre 2010 17:40 Lambda

    Pourquoi tous (ou peu s'en faut) les chroniqueurs de Bondy Blog ont-ils des noms à consonance exotiques ? Le hasard ou bien la mixité ?
  5. samedi 13 novembre 2010 15:11 condor

    On croit lire la Pravda de Brejnev !!! Tout le monde est beau, tout le monde est gentil, et le communisme est l'avenir radieux de l'humanité !!! (bon, depuis, on connaît tous la vérité ...; Brejnev est mort, le communisme aussi, et le torchon a perdu ses lecteurs ... ).
  6. samedi 13 novembre 2010 11:50 nonoko

    Née en 81, j'ai eu la meme enfance à Bondy nord puis Bondy sud (Cité Louis Auguste Blanqui) puis mes parents ont voulu fuire la cité pour une ville à la campagne dans le 95. Cette époque restera gravée dans ma mémoire, que de bon souvenirs meme si la vie n'etait pas tout à fait rose mais avec nos yeux d'enfants on ne s'en rendaient pas compte. Merci pour ce petit récit
  7. vendredi 12 novembre 2010 19:15 francoise

    L'ambiance citée dans ce récit, on la trouve partout en france, cette ambiance n'est pas dédiée banlieue. Il ne faudrait pas que le terme banlieue soit le fond de commerce d'une certaine population.
    • vendredi 12 novembre 2010 21:30 linaphael

      Justement c'est bien de montrer qu'on peut ressentir en banlieue la même nostalgie de son enfance que partout ailleurs ... cela change des plaintes habituelles des jeunes du coin.
      • samedi 13 novembre 2010 06:21 concasseur

        Concasseur D'accord
  8. vendredi 12 novembre 2010 18:04 wallouh

    et ceux qui ont connu la prison par la suite ,les délaissés ,les mal aimés ,on leur fait quand meme la bise,,j'espère
    • vendredi 12 novembre 2010 18:11 wallouh

      C'est aux frères de Rachida Dati que vont mes pensées.
      • jeudi 25 novembre 2010 20:35 arpnaxul

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  9. vendredi 12 novembre 2010 17:42 linaphael

    C'est vrai que du coup on ne comprend pas pourquoi les autres jeunes des banlieues ne font pas pareil et ne s'en sortent pas. Qu'est-ce qui fait que certains échouent et d'autres réussissent avec les mêmes écoles et le même environnement ? Ce sont les parents qui font la différence ? Si oui, que font (ou que ne font pas) les parents de ceux qui ne s'en sortent pas ?
    • lundi 15 novembre 2010 17:44 Lambda

      Rien, justement. Mais on ne peut pas leur en vouloir. Leurs moyens sont limités.
      • mercredi 24 novembre 2010 23:06 fzwdjdoowvo

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  10. vendredi 12 novembre 2010 15:37 commandant_minos

    la banlieue c'est tellement génial qu'on a du mal à comprendre le malaise des djeunes !
  11. vendredi 12 novembre 2010 14:12 Nonos

    Ces souvenirs sont les miens, si je remplace le basket par le hand ball, j'ai eu la même enfance côté masculin. Merci Inès pour ce bon moment.