« Le droit n'est que prétexte à l'éloquence »

AMBIANCE lundi 21 mars 2011

Par Mimissa Barberis

L’objectif de ce concours est d’encourager les qualités oratoires des étudiants et de les placer dans les conditions d’un véritable procès. L’événement a pour maxime : « le droit n’est que prétexte à l’éloquence ». Un jury composé de professeurs d’université et d’avocats jugent le pouvoir de persuasion des finalistes. Vêtus de leurs toges d’avocat  Imane, Karim, Ferhad et Ismaël se sont lancés dans des plaidoyers enflammés. Imane et Karim décident d’argumenter sur le litige d’un agent de probation qui s’occupe de la réinsertion des délinquants sexuels. Ce dernier a été licencié pour s’être livré  en dehors de son temps de travail  à des activités sadomasochismes. Ferhad et Ismaël s’intéressent, quant à eux, au litige d’un gérant de fait qui n’a pas versé de pension alimentaire à son épouse.

La seule exigence du concours  est de séduire l’auditoire, c’est pourquoi les fondements  légaux et jurisprudentiels qui apportent des solutions aux litiges ne suffisent pas à emporter la conviction du jury.  En réalité, c’est encore plus subtil. Il s’agit de se servir du droit comme d’un moyen de parvenir par le verbe à capter l’esprit du jury. Pour cela il y a tout un travail de mise en scène: la voix, le ton, le regard,  la diction, les métaphores, les références à des grands auteurs sont autant d’éléments qui peuvent contribuer à émouvoir l’auditoire.

Encore faut-il avoir des choses à dire sur le litige. Il faut savoir de quoi l’on parle lorsque l’orateur se trouve face à un jury professionnel. Sur ce point, les finalistes sont  irréprochables.  Imane, par exemple, montre qu’elle maîtrise son sujet. Pour défendre  les intérêts de son client, elle considère que le fait de diffuser une  photo de celui-ci en train  de fouetter deux nymphettes, en dehors de son lieu de travail,  constitue  une atteinte au respect de la vie privée, sur le fondement  de l’article 9 du Code civil et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Karim, l’avocat défendeur, appelé à la barre, parle à son tour.  Avec une envolée dialectique, il remet effectivement  en cause la notion floue du « respect de la vie privée » car le législateur ne la jamais définie. C’est pourquoi  il en revient à la jurisprudence de définir ce que peut revêtir cette notion. Avec habileté, Karim en cite une  qui éclaire sur la question : «  Si un fait tiré de la vie personnelle du salarié ne peut constituer une faute, il en est autrement si le comportement de l’intéressé, compte tenu de ses fonctions et de la finalité propre de l’entreprise, a causé un trouble objectif caractérisé au sein de cette dernière ». Cass. Soc 16 mars 2004.

Au final,  le but du concours  n’est pas de savoir qui du demandeur ou du défendeur a tort ou raison mais de savoir qui est capable par un discours éloquent de convaincre, de plaire ou d’émouvoir un jury professionnel. Pour cette édition,  celui-ci proclame Karim et Ismaël vainqueurs. Ils auront l’honneur de représenter l’université Paris XIII aux 1/4 de finale du concours national,  le 5 avril au centre Panthéon.

Mimissa Barberis

Les réactions des internautes

  1. mardi 22 mars 2011 18:39 Marcel

    "Imane, Karim, Ferhad et Ismaël" C'est une fac de droit maghrébin, ou une fac maghrébine ?
    • mardi 22 mars 2011 18:48 rodave

      Toz ! et Marcel il est nul ou nul ?
    • mardi 22 mars 2011 18:45 maruzka

      non, non...+ de 10% de la pop. ...c'est tout.
  2. mardi 22 mars 2011 10:45 dana

    La plaidoirie, un moyen comme d'autres de devenir riche aux Etats Unis, mais malheureusement pas en France.
  3. lundi 21 mars 2011 19:39 vivelesfemmes

    Jury : douze personnes qui doivent déterminer quel client a le meilleur avocat :-)
  4. lundi 21 mars 2011 17:41 Marcel

    "L’événement a pour maxime : « le droit n’est que prétexte à l’éloquence ». " ==================== Le meilleur est donc celui qui réussit le mieux à parler pour ne rien dire. Je comprends mieux maintenant le degré de nullité de certains avocats (et avocates) ; qu'ils soient champions d'éloquence ou pas.
  5. lundi 21 mars 2011 16:41 Sang sûr II

    Intéressant ce concours. Jusqu'à ce que j'assiste à un procès avec des amis qui eux faisaient du droit, j'avoue que je trouvais le Droit obscur, rébarbatif. Ma vision a changé lors d'un procès, car j'ai été bluffé par la faculté de l'avocat de la défense à retourner le cerveau, comme on dit. L'affaire concernait un type qui s'était introduit par effraction chez son ex, laquelle avait la garde de leur enfant. Le type avait en outre tiré sur son ex et sur son ex-belle-mère avec un pistolet de compétition. L'avocat de la défense donc, convenant que son client était coupable, tentait d'atténuer la peine de prison prévue en insistant sur le parcours difficile de son « client » (drôle de terme du reste...) etc. S'étaient succédés un psy, un expert en balistique, le procureur. A l'issue du plaidoyer de l'avocat de la défense, si j'avais été à l'époque juré j'aurais trouvé des circonstances atténuantes au gars... Après des heures de délibéré - on ne voulait pas le rater, cela fait un peu voyeur, donc on a dû poireauter dans la salle des pas perdus jusqu'à ce qu'un greffier nous fasse revenir. Le gars a pris douze ans de prison si je me souviens bien pour tentative d'assassinat sur son ex et tentative de meurtre sur son ex belle-mère.. :D Certains procès doivent quand même être très difficile à endurer lorsqu'on y vient en tant que « simple » citoyen, encore plus lorsqu'on est juré, notamment lorsqu'il s'agit de crimes barbares comme des viols, des massacres etc. Mais un procès n'est pas un spectacle cela dit, car on y est confronté à la détresse humaine.. Mes magistrats de prédilection sont évidemment les Philippe Bilger, Gilbert Collard ou encore Jean-Robert Nguyen Phung. Ils n'adhèrent pas à ce que prônait le magistrat Baudot dans sa harangue... .http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article7
  6. lundi 21 mars 2011 16:20 Lestephane

    article très intéressant qui m'a appris des trucs merci