«La presse écrite a un problème avec le lectorat jeune»

C'EST CHAUD vendredi 11 novembre 2011

Par Inès El laboudy @InesLabou

Comment l’Humanité s’y prend-il pour diversifier son approche de l’actualité et la diffuser ?
Patrick Apel-Muller :
Une des chances de l’Humanité c’est que nos journalistes ne sont pas seulement issus des beaux quartiers. Ils vivent en banlieue, ce qui nous permet d’avoir un accès aux quartiers populaires plus facile. Nous n’avons pas besoin de fixeurs pour accéder aux cités tout comme des fixeurs pour accéder aux résidences. Car les journalistes envoyés font partie de ces environnements. Mais à la suite des émeutes de 2005, nous nous sommes rendus compte que nous n’avions pas assez pris la température. Du coup, nous avons créé une rubrique quartiers populaires afin de faire de l’enquête. D’ailleurs ça nous a permis d’obtenir le Prix Académie Banlieue.

Qu’avez-vous fait pour intéresser les jeunes à la presse ?
Nous avons décidé de créer des croisements entre jeunes et journalistes, notamment avec les week-ends Libres Échanges. Nous ne sommes pas les seuls à créer ce genre de croisements mais nous avions envie de nous intéresser aux jeunes des quartiers populaires (je n’aime pas dire banlieues). Aussi,  nous avons décidé d’aller jusqu’au bout de cette démarche. Pour nous, ce que vivent les jeunes dans ces quartiers n’est pas illustratif des questions d’insécurité. C’est au contraire un concentré à la fois des problèmes et des solutions qu’il peut y avoir pour l’ensemble de la société française. C’est à la fois un terrain fort de discriminations et de contestations. C’est un terrain fort d’espérance et de désespérance. C’est ça qu’il faut travailler parce que c’est pour une très grande partie, l’avenir de la société française qui va se jouer sur ce terrain là.

Parmi les jeunes qui ont participé à ces week-ends Libres Échanges, certains ont-ils intégré la rédaction de l’Humanité ou  gardé un lien avec le journal ?
Absolument. Il y a des jeunes qui ont intégré la rédaction, d’autres qui continuent d’être des correspondants réguliers et qui enrichissent la page libre-échange, publiée chaque semaine. On a conservé des liens, certains sont devenus des lecteurs réguliers parce qu’ils n’ont pas envie de devenir journaliste.  Une très fort proportion de ces jeunes  sont devenus lecteurs réguliers du journal.

Cela élargit-il le champ des lecteurs du journal ?
Oui tout à fait. Toute la presse écrite a un véritable problème avec le lectorat jeune puisque la moyenne d’âge est assez élevée. Il y a un risque de voir apparaître une structure de la presse à deux vitesses.  Avec, pour la masse des gens, l’information low-cost des gratuits très influencée par des annonceurs, et de l’autre côté, des quotidiens réservés aux couches supérieures de la société. Ceci serait vraiment discriminatoire et pourrait impulser et amplifier un phénomène, comme aux États-Unis où la couche populaire est de plus en plus exclue de la société, de l’élection, de la participation aux élections.

Le travail fait pour intéresser les jeunes est-il suffisant ?
Pas assez. Il faut que ce travail soit plus engagé. Afin que leurs préoccupations apparaissent dans ces organes d’informations. C’est assez essentiel pour la démocratie.

Ines El laboudy

Les réactions des internautes

  1. lundi 14 novembre 2011 08:48 copter

    Il faudrait déjà que l'humanité considère son problème : lui-même
  2. samedi 12 novembre 2011 13:02 SkidMark

    Le devoir du journaliste est double: fermer sa gueule et mentir. Quand ça aura changé, vos torchons à cervelle pourront servir à autre chose qu'à allumer le feu. En attendant, les jeunes ont la chance d'avoir Internet pour échapper à cette vieille pute mal maquillée: la presse.
  3. samedi 12 novembre 2011 12:07 hope hope

    IL existe des journaux ou la vraie information est tellement diluée ( mais présente) que j'ai vu des lecteurs ( adultes et cultivés ) s'attarder sur certains tronçons de phrases etc ... pour trouver l'info recherchée En réalité le tout aurait dû être résumé en quatre phrases Quand on ne connait pas le "mode d'emploi" je conçois que plus d'un se lasse à décrypter ces laïus
  4. vendredi 11 novembre 2011 23:13 Hircozarus

    en sept ans d'étude, en faculté de droit en plus, je n'ai vu qu'une seule fois un prof avec un journal ("Charlie hebdo" d'ailleurs) et une seule fois un étudiant (avec "le canard enchaîné"). bon, c'est vrai, pendant l'occupation de l'université par des grèvistes, j'ai constaté que ceux des grèvistes qui dormaient sur place lisaient des magazines féminins, ou peut être seulement en regardaient les photos. alors que le journaux étaient en accès pratiquement gratuit à la bibliothèque universitaire et à la bibliothèque municipale ! même chose dans les grandes écoles à Paris, où les journaux "sérieux" sont distribués gratuitement par les grandes écoles, alors que leurs étudiants préfèrent quand même lire les "gratuits", vrai tracts publicitaires rédigés pour des gens pas exigents ou pas intelligents, au choix... qu'on ne viennent pas me dire que c'est un problême seulement avec le "racaille", qui ne lit pas, pusique cela concerne tout une génération ! et ce n'est pas "l'humanité", journal le moins lu, qui va le résoudre en s'alliant avec les quartiers où on lit le moins...
    • jeudi 17 novembre 2011 12:17 Agrocitadin

      L'université française a mal vieilli ? 20 ans plus tôt, rares étaient les profs qui ne promenaient pas Le Monde ou Libé sous leur bras, le matin... Le soir, c'étaient plutôt bouquins de leur spécialité.
    • dimanche 13 novembre 2011 19:36 Totor

      Tout à fait exact ce que vous relevez !
  5. vendredi 11 novembre 2011 13:59 Martin

    Bah c'est logique : ILS NE SAVENT PAS LIRE !
    • jeudi 24 novembre 2011 11:06 JARÏI

      pourtant la vente en kiosque de la presse écrite a augmenter de 6 à 7 % . cherche la femme ? ;)