Rama Yade : « Nous sommes aujourd’hui dans la République des réseaux »

AMBIANCE lundi 21 novembre 2011

Par Mimissa Barberis

Placé sous le haut patronage du président de l’Assemblée Nationale, le Grand Prix Action et Diversités a été remis des mains de Bernard Accoyer à Marc Capelle, directeur de l’ ESJ Lille et à Nordine Nabili, directeur du Bondy Blog. Le prix a pour but de valoriser les pratiques innovantes et audacieuses en faveur des diversités. Rama Yade l’ancienne Secrétaire d’État a présidé le jury et apporte son point de vue, lors d’un débat, sur la place des jeunes dans le monde du travail.

Le dernier rapport de l’organisation Internationale du Travail publié en octobre 2011 dresse un tableau effrayant sur le chômage des jeunes, celui d’une génération traumatisée. Il justifie la décrue du nombre des jeunes chômeurs constatée en 2010 au fait que de plus en plus se retirent du marché du travail plutôt que de rechercher un emploi, notamment dans l’Union Européenne. Aujourd’hui, quelle est la situation en France ? Comment les jeunes perçoivent-ils l’entreprise et leur insertion professionnelle ? C’est autour de ces questions que les différents intervenants ont essayé de répondre. Questions pour le moins importantes puisqu’elles feront certainement partie des thèmes phares de la prochaine présidentielle.

Il convient de faire un constat clair. Si les jeunes de 15-25 ans rencontrent effectivement des difficultés pour trouver un emploi, celles-ci sont décuplées lorsque ces jeunes sont issus des quartiers populaires dans la mesure où ils ne rencontrent pas les bonnes personnes. « Nous sommes aujourd’hui dans la République des réseaux. Il faut espérer que les jeunes puissent trouver quelqu’un qui les aide à avancer » souligne Rama Yade. Mais ce quelqu’un là est justement compliqué à trouver. Ce n’est pas dans la cité qu’on va le rencontrer. On peut se demander combien de personnes sont capables aujourd’hui de s’intéresser à un banlieusard et à lui ouvrir son réseau pour qu’il parvienne à sortir de sa banlieue et entreprendre des choses nouvelles. Il ne s’agit pas de faire pleurer dans les chaumières et d’entretenir un sentiment de victime mais c’est une réalité que rencontrent beaucoup de ces  jeunes. « Tous les ans je participe à des rencontres organisées par la municipalité de Bobigny. Ce qui me frappe chez les gens de Bobigny c’est qu’ils me disent que les autres ont leurs réseaux. Et nous nos réseaux, où sont-ils ? Ils n’ont pas tort » fait remarquer Stéphane Rozès président de CAP.

D’où vient le problème ? Est-ce une crise du politique, du social, de la morale ou les trois à la fois ? Ou bien est-ce qu’il y a tout simplement un problème de communication entre la banlieue et les politiques ? C’est ce que pense Rama Yade. Elle pense que  « les politiques ne savent pas comment parler aux jeunes. Soit ils les prennent pour des imbéciles, soit ils prennent un ton moralisateur. Je pense qu’ils n’ont pas compris. Les jeunes ont fait tout ce qu’on leur a demandé c’est-à-dire avoir un diplôme. Le problème c’est qu’ils n’ont pas trouvé de travail. »

Si les banlieusards ne vivent pas effectivement au rythme de la ville comme on dit, ils savent ce que sont les obstacles, « à la différence des enfants de classe moyenne qui sont dans une situation acquise qui est celle de leurs parents. Les enfants de classes populaires repèrent les obstacles à leurs ascension sociale » constate Stéphane Rozès.

Ceci étant dit, en Europe les pays intègrent mieux la diversité. Elle est considérée par beaucoup d’entreprises françaises comme un facteur de performance et de richesse. « On sent qu’il y a une progression de labelisation de la diversité et qu’il y a aujourd’hui une prise de conscience et une responsabilité des entreprises », constate Nora Barsali, consultante en communication et responsabilité des entreprises. La société française a pris conscience de ces questions. Elle n’a pas le choix, puisqu’elle est au pied du mur.

Mimissa Barberis