La Handiboxe, entre ombre et lumière

AMBIANCE vendredi 2 décembre 2011

Par Hugo Nazarenko-Sas

Rien ni personne ne semble plus pouvoir échapper au vent de folie qui souffle autour d’Intouchables. Alors que les éloges autour du film sont légions, le handicap, fort de la place qui lui est accordée, semble avoir trouvé une fenêtre pour faire parler de lui. Le handisport a lui aussi su trouver son créneau à la suite de l’aura médiatique dont a joui Intouchables. Pourtant, bon nombre de disciplines handisports peinent à attirer l’attention sur elles. Avec, en tête de gondole, la handiboxe, symbole du contraste qui existe entre valides et handicapés dans le sport de haut niveau.

Les premières lignes de l’histoire s’écrivent à la fin des années 1990. Une poignée de passionnés, handicapés pour la plupart, décide de rendre la boxe accessible aux non valides. Le pari semble un peu fou, et rares sont ceux qui y prêtent attention. Mais, bien accrochés à leur projet, ils voient les premiers fruits de leur travail germer.  « De fil en aiguille certains handicapés sont devenus juges pour des combats valides, nous avons passé des partenariats avec des centres de rééducation » explique Sébastien Pilot, aujourd’hui handiboxeur et considéré comme le père de la discipline. Malgré cette récompense, la handiboxe reste très souterraine. Pas de licences, aucune compétition, quasiment aucune salle aménagée… jusqu’à ce qu’une « personne des hautes sphères » ne s’intéresse de plus près à l’idée. Et après plus de dix ans dans l’ombre, la handiboxe semble enfin apercevoir le bout du couloir quand, en 2008, elle est reconnue par la Fédération française de boxe et obtient les premières licences.

Si elle compte aujourd’hui entre 130 et 150 licenciés, la boxe handisport demeure une discipline bien à part. En effet, elle n’est pas reconnue par la Fédération française handisport. « La fédé est essentiellement tournée vers la compétition » regrette Myriam Chomaz, en charge des publics cibles à la Fédération française de boxe. Une direction que ne compte pas emprunter la discipline, du moins dans l’immédiat. Cette non-reconnaissance du monde handisport est un obstacle supplémentaire au développement de ce sport. « Il nous reste beaucoup de chemin à parcourir » poursuit Myriam Chomaz. Un chemin qui s’annonce long, d’autant que la handiboxe possède des moyens encore très limités. Une enveloppe annuelle de 15 000 euros, qui paraît bien dérisoire au regard des 200.000 euros dont bénéficie le handibasket, par exemple. Ajoutant à cela une absence totale de la boxe aux Jeux Paralympiques en raison d’un rayonnement international encore trop restreint, l’avenir de la handiboxe semble bien sombre.

Pourtant, la discipline apporte un vent de fraîcheur dans la sphère du handisport, qui peut laisser présager des jours meilleurs. En effet, la handiboxe innove et n’hésite pas à regrouper handicapés moteurs et mentaux dans les mêmes compétitions, « à la demande des athlètes eux-mêmes » précise Myriam Chomaz. Une première. Cette initiative a été mise en place en juin 2008, alors que le Challenge Gilbert Joie, sorte de championnat de France officieux, voyait le jour à Bourges. Sébastien Pilot, double vainqueur de l’épreuve en 2008 et 2010, voit dans cette compétition l’occasion de montrer que les athlètes sont « d’abord des boxeurs avant d’être des handicapés. »

À cette compétition s’ajoutent quelques autres, régionales pour la plupart, et des démonstrations comme à la prison de Poissy en 2010, où détenus et handicapés se sont affrontés sur le ring. Ces démarches engagées par la handiboxe pourraient lui offrir une place à la fédération handisport. Le Directeur Technique National adjoint de celle-ci, Christophe Carayon, laisse même entendre « qu’une décision conjointe entre les deux fédérations est envisageable à l’avenir ». L’avenir ? Sébastien Pilot rêve que sa discipline emprunte les traces de la boxe féminine. En 2012, à Londres, les femmes prendront part pour la première fois aux Jeux Olympiques.

Hugo Nazarenko-Sas