Inauguration express de Guéant à Clichy-sous-Bois

PRéSIDENTIELLES 2012 mercredi 11 janvier 2012

Par Mehdi Meklat ET Badroudine Said Abdallah

“Seuls les journalistes avec des cartes de presse peuvent suivre le ministre. Pourquoi n’avez vous pas de carte de presse ?” Elle insiste. “Hein ? Pourquoi n’avez-vous pas de carte de presse?” Il aura fallut décrocher onze fois le combiné, envoyer trois mails, puis expédier deux fax pour qu’enfin, une voix fluette du ministère s’avoue vaincue : “C’est bon, vous êtes accrédités pour suivre le ministre Guéant, à Clichy sous bois“.

La voix magnétique du bus 603 annonce : “Prochain arrêt… La limite“. Elle répète : “La limite“. Deux lycéens montent. Ils s’installent au fond. Ils parlent d’une fille. Le bus prend un rond point. L’un s’exclame : “Oh regarde, y’a les schmits“. Ils parlent comme dans les années 1990. Le quartier est bouclé par les képis. Il y a du bleu et des gyrophares dans les coins. “Prochain arrêt… Lycée Alfred Nobel“. Sur le perron du lycée, un mec accoudé à son scooter déglingué. Il attend.

Sur le trottoir d’en face, le commissariat de Clichy-Montfermeil. Des allures de soucoupe volante qui s’est posée sur le carrefour des libertés. Les télévisions et radios patientent glacialement. Un officier officie : “Vos cartes de presse“. On explique. Il appelle un autre officier, qui en appelle un autre, qui appelle une officière. Le premier officier a le temps de s’exposer : “Je suis dans ce commissariat depuis son ouverture, l’année dernière. Ça se passe bien, on est 150 gardiens de la paix“. Il est équipé comme un robot. De la tête jusqu’aux ongles des pieds.

L’officière délivre son laisser-passer. Le petit monde attend courtoisement. Des lycéens passent. “Qu’est-ce qui se passe ?” Des sirènes résonnent. C’est les pompiers, fausse alerte. Nouvelles sirènes disgracieuses. Le convoi royal s’engage dans le dernier axe. Rond-point contourné, ouverture des portes, déverrouillage de la porte opposée, larguez les toboggans. Les caméras s’empressent d’aller lécher les babines du ministre.

Il porte un costume sombre et des lunettes sans montures. Le préfet Christian Lambert, Xavier Lemoine et Eric Raoult font des courbettes. Le ministre engage la marche jusque dans le hall du commissariat. Un officier nous tire par les manches : “Pas de cartes de presse, vous dégagez“. Une officière le calme. Guéant attend que les micros soient suspendus au-dessus de lui, objectifs bien érigés, il tire le drapeau français qui recouvre la plaque d’inauguration du commissariat, ouvert depuis septembre 2010.

Le troupeau de journalistes suit le chemin tracé, comme on suit un guide dans un musée. Guéant s’engage dans une salle. Un conseiller : “Uniquement les journalistes télé et photographes entrent, pas le son. Les radios, on s’en fout. Uniquement les images“. Il ressort. Brouhaha, chamailles. On le suit au premier étage. Même cri du cœur : “Uniquement les images. Pas les radios !“. Une journaliste : “Je ne suis “que” rédactrice mais j’aimerai bien lui poser une question“. Réponse d’un molosse : “Non“.

Le couloir est exiguë. Il y a peu de lumière. “Les radios, vous vous branchez aux boitiers ici, vous entrez pas dans la salle. Juste les images entrent” radote un conseiller. Guéant fait son entrée. Le son déconne. Réparation. Le son fonctionne. “Uniquement les images” s’entête de répéter une dame. Un journaliste à la longue perche rectifie “A la télé, s’il n’y a pas de son, il n’y a pas d’image“. Il met tout le monde d’accord, mais tout le monde s’en fout.

Claude Guéant est droit comme un piquet, il donne le dos au drapeau français. Ses hommes l’entourent. Il débute : “Ce commissariat fonctionne depuis un an. Mais il méritait une inauguration symbolique“. Il continue, en justifiant son ouverture : “La République est partout chez elle. Et la République est de retour“. Il change d’habit, promet “une villa Medicis implantée à Clichy-Montfermeil“, change d’habit, parle du Grand Paris “voulu par Sarkozy, d’ailleurs les procédures avancent, les enquêtes démarrent“. Voilà, ni plus, ni moins. Il a fait le tour.

On s’incruste dans la masse. On se trace un chemin dans la salle, au milieu des journalistes qui boivent le discours du ministre. Un rottweiler du ministère agrippe l’un de nous. “Vous, avec le micro, sortez” dit-il, menaçant et accroché à nos manches. On se faufile entre deux journalistes. Il récidive. “Vous êtes vraiment têtu. Moi, j’vais vous mettre dehors cette fois“. Le conseiller, ceinturé dans son costume de conseiller, perd ses moyens. Il attrape l’un de nous par la veste, le tire dans un couloir dérobé, à l’écart du tumulte. Il donne un coup sans se contrôler. Le casque se brise. Trois policiers viennent en renfort.

Il fait chaud. Eric Raoult se noie dans sa propre sueur. Le ministre ouvre une nouvelle marche. Il descend les escaliers. Le troupeau de journalistes suit. Une conseillère fait saliver les journalistes, elle promet à certains qu’ils pourront poser des questions. Mais Guéant file vers la sortie. La voiture s’échauffe, les motards et quatre voitures bourrées de journalistes ferment le convoi. Ils n’auront rien pu voir de plus. Claude Guéant est resté trente-neuf minutes à Clichy Sous Bois. Trente neuf minutes de trop.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Les réactions des internautes

  1. mardi 24 janvier 2012 20:29 capsule

    A voir en détail cette inauguration, une image me choque http://www.dailymotion.com/video/xnmgge_inauguration-du-commissariat-de-police-de-clichy-sous-bois-montfermeil_news lors de l'inauguration, le drapeau français libérant une plaque commémorative, qui porte le nom des coupables ci dessous désignés, tombe dans les mains du Préfet Lambert, qui pressé qu'il est d'applaudir son Ministre Gueant, le laisse tomber parterre, là image coupée .... Sur un autre reportage, il le ramasse et le jette négligeament sur le comptoir du commissariat. Je ne suis pas un militaire convaincu, j'ai fait mon service militaire en 1978 et fini 2ème classe, c'est dire! Mais le souvenir le plus précis qu'il m'en reste est le respect de l'étendard national: La cérémonie des couleurs avec son rituel , le soin dans le pliage du drapeau et les précautions prises pour ne pas qu'il affleure seulement le sol. Sont ce là ceux qui nous gouvernent?
  2. jeudi 12 janvier 2012 14:12 Bondynoise

    "Il fait chaud. Eric Raoult se noie dans sa propre sueur." Pensez-vous vraiment que cette phrase a son utilité ici? Fallait-il vraiment que vous exprimiez votre haine envers cette personne? "Le préfet Christian Lambert, Xavier Lemoine et Eric Raoult font des courbettes. " Quand des personnalités de gauche viennent à Bondy, les élus leur font également des courbettes.
  3. jeudi 12 janvier 2012 03:06 Neptune

    Un texte pour rien, messieurs Mehdi et Badroudine. Plein de texte pour ne rien dire, à part la petite phrase finale qui pue la haine. Ce qui vous anime, ce n'est pas d'informer ou de dire ou de faire réfléchir. Ca, c'est trop élevé pour vous. Ce qui vous anime petitement, c'est de cracher votre petit venin, d'exprimer votre haine d'un pays et d'une République trop grands et trop beaux pour des gens comme vous. Je vous le dis, Mehdi et Badroudine, vous êtes pathétiquement minables.
  4. mercredi 11 janvier 2012 18:14 Marwan Ibn El'Houssain

    "Les caméras s’empressent d’aller lécher les babines du ministre." J'ai bien aimé cette phrase.
  5. mercredi 11 janvier 2012 18:01 test

    ddddd
  6. mercredi 11 janvier 2012 14:49 mowglii

    allez gueant .
  7. mercredi 11 janvier 2012 13:18 keuf keuf

    L'image de la police n'a pas été aussi négative que sous ce gouvernement là, à l'image de ceux qui la représente, Guéant compris. Ce qui ne risque pas de s'arranger avec les dernières bavures de ces derniers jours: http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120111.OBS8524/la-police-des-polices-soupconnee-d-avoir-monte-un-dossier-truque.html Ils me feraient presque regretter Pasqua et Pandrau!
    • mercredi 11 janvier 2012 19:52 Sandé Koné

      Exact Keuf, Guéant au cachot !
  8. mercredi 11 janvier 2012 11:17 HOP HOPE

    Des jeunes qui osent décrire la stricte vérité ( je suis persuadée que .. autour de la reine et des princes .. il y a plus d'humanité et plus ...de savoir-vivre !!) et moins de... qui croient représenter une légalité .. et sont seulement imbus d'eux- mêmes
    • jeudi 12 janvier 2012 09:04 HOP HOPE

      Je parle de tous ceux qui gravitent autour des personnalités à quelque niveau de responsabilité que soit la personne protégée
    • mercredi 11 janvier 2012 11:24 commandant minos

      le monde politique n'attend que vous, Hop Hope !
  9. mercredi 11 janvier 2012 10:57 commandant minos

    ha, les journalistes et leur passion des non-événements ...
    • jeudi 12 janvier 2012 14:06 Ivisol

      Non-événement qui n'est finalement qu'un foutage de gueule. C'est la seule chose à réténir de cet article.
  10. mercredi 11 janvier 2012 02:39 Rémi

    Toujours aussi efficace les gars. Continuez !