Karima Delli : « Un pied dans les institutions, l’autre dans le mouvement social »

C'EST CHAUD, PRéSIDENTIELLES 2012 mardi 17 janvier 2012

Par Hugo Nazarenko-Sas

Elle dit vouloir «  réveiller les codes de la politique ». Et cela passe d’abord par des petits riens. Avec Karima Delli, le tutoiement est de mise. Aux habituelles poignées de mains des hommes politiques, elle préfère la bise et troque volontiers le tailleur pour un simple ensemble gilet et jean.

A peine ses valises étaient-elles posées à Bruxelles que la jeune députée européenne s’offusquait déjà, flanquée d’un T-Shirt « Stop Barroso » de la réélection de Juan Manuel Barroso à la tête de la commission européenne. Une manière d’imposer son statut d’hybride, à la fois militante et femme politique, « un pied dans les institutions, l’autre dans le mouvement social » comme elle le dit elle-même. Le social, elle en a fait son maître mot.

Un combat qui puise ses racines dans une enfance passée à Tourcoing, dans le Nord. Papa est ouvrier, maman, femme au foyer. Karima est la « neuvième de treize » (enfants). De là naît son indignation quant aux inégalités, mais aussi, plus surprenant, son goût pour l’écologie, « parce qu’on ne pouvait pas gaspiller ». Sans oublier un amour – indéfectible – pour les quartiers populaires (elle vit aujourd’hui à Malakoff, dans les hauts-de-Seine).

Après des études de commerce et un DEA de sciences politiques à l’IEP de Lille, elle découvre la capitale. La politique lui ouvre les bras par l’intermédiaire d’un poste au Sénat, aux côtés de Marie-Christine Blandin. Elle en est alors convaincue, elle veut faire de la politique son métier, ou plutôt, sa « mission ».

En 2005, Karima Delli pousse la porte des Verts, avec une conception nouvelle de la politique. Bien loin, selon elle, « des petites phrases » qu’elle répugne à commenter et dont elle dénonce la prééminence. Elle, veut autre chose ; une « politique de terrain », proche des gens et de leurs attentes.

Elle fait ses premières armes de militante en 2006. La jeune écolo alors rejoint le collectif Jeudi Noir, un groupe dénonçant la flambée des prix de l’immobilier qui se fait remarquer par ses actions coup de poing. En parallèle, elle se voit confier ses premières responsabilités chez les Verts. En 2007, aux législatives, Karima Delli est suppléante à deux pas de chez elle dans le Pas-de-Calais, mais y va un peu à reculons,  sans autre ambition qu’apprendre.

La même année, elle brigue le secrétariat général des Jeunes Verts, un poste qui lui correspond mieux. Mais la femme de terrain n’est jamais bien loin et en mars 2009, elle crée « Sauvons les riches », une déclinaison de Jeudi Noir, avec qui elle remet un diplôme de fils à papa à Jean Sarkozy.

Arrivent alors les Européennes de 2009. Elle s’engage « à fond » dans la campagne, convaincue qu’elle n’obtiendra pas de siège et pourra tranquillement terminer sa thèse de sciences politiques. Mais le scénario prévu n’a pas lieu. « On m’appelle pour une télé sur France 3 pour évoquer le rôle de Sauvons les riches et je reviens dans une salle en explosion qui criait « Karima députée ! » et je ne comprenais pas ».

Le début d’une nouvelle vie. La ligne de conduite, elle, reste la même. Le social et l’écologie en premier,  même à l’échelle de l’Europe. Au Parlement, elle s’occupe de la commission de l’emploi et des affaires sociales, appartient à la délégation Inde, à un groupe de travail autour du logement et comme elle est l’une des plus jeunes françaises en poste à Bruxelles, elle attire quelques médias. Une « der » dans Libé, un blog avec Pascal Canfin (un autre eurodéputé) sur le site de Libération, des collaborations avec Rue 89. Elle évoque peu ses racines de peur d’être, à l’image d’une Rama Yade ou d’une Rachida Dati, un symbole de la diversité. Sans pour autant renier ses origines. Le foulard kabyle qui trône dans son sac est là pour le rappeler.

A quelques mois de la présidentielle, elle se défend d’avoir changé et reste fidèle à son approche de la politique. Une approche qui l’a conduite à voter contre l’accord entre EE/LV et le PS, en novembre dernier, « peu ambitieux » à son goût. Cette année, elle sera de la partie pour la campagne d’Eva Joly. « Sur le terrain », elle assure.

Hugo Nazarenko-Sas