L'UNEF bat le pavé

AMBIANCE mercredi 25 janvier 2012

Par Hugo Nazarenko-Sas

Sur le ciel gris se découpe la façade d’une bâtisse, elle aussi grisonnante. La cité universitaire du mail des Mèches. Nous sommes à Créteil et c’est ici, à un lancer de pierre de l’université Paris 12 que l’Union Nationale des Etudiants de France, l’UNEF, a choisi de partir en campagne. La journée, la troupe des militants déploie autour du site de la fac la stratégie du « bouton de veste », alternant interventions en amphi et distributions de tracts. Dès que la nuit recouvre le ciel de son manteau, c’est du porte à porte. Chez l’habitant. Cette cité U est un passage obligé dans la conquête de voix pour les élections des représentants de la fac qui auront lieu les 1er et 2 février prochains. Yoro, le président de l’UNEF à Créteil, le concède, « dans les cités U, le discours passe plutôt bien, les étudiants sont réceptifs, parce que beaucoup se sentent concernés par le message qu’on porte ».

Pour pénétrer dans le bâtiment, pas de passe-droit, c’est système D. Comme tout le monde. On attend qu’un étudiant vienne ouvrir. Il est 17 heures et Yoro fait le point sur les dernières consignes. Le discours est rodé : mettre l’accent sur les réussites de l’UNEF ces deux dernières années, et rappeler la nécessité de voter à nouveau pour le syndicat étudiant.  Les thèmes-clés : la situation des étudiants étrangers et la réussite pour tous. Puis, les militants sont répartis sur les cinq étages que compte la résidence. Objectif : quadriller la centaine de logements.

Le ballet peut débuter. Le rituel est toujours le même. On sonne et, quand la porte s’ouvre, on débite son discours. Seulement, les portes s’ouvrent peu. « Il est trop tôt » concède Diar, l’un des militants. Et le constat est le même à tous les étages. Une dizaine d’étudiants présents dans le bâtiment tout au plus. Mais, pour ceux là, le message a l’air de passer. Elizabeth, une boursière, confie : «  Je ne serais pas allée voter s’ils n’étaient pas passés. Mais là, je compte bien me déplacer ». Les militants se félicitent de la réceptivité dont font preuve les étudiants mais décident de revenir plus tard.

18 heures 15. La deuxième salve débute. Elle est plus fructueuse. Nombre d’étudiants sont revenus de cours, même si beaucoup demeurent aux abonnés absents. La rengaine est la même qu’une heure auparavant.  Quand la porte s’ouvre, les étudiants, surpris au premier abord, semblent adhérer au message au fur et à mesure que celui ci est déclamé. Certains posent des questions, quand d’autres se contentent de saisir le prospectus, tout en prenant soin d’assurer les militants de leur soutien. L’exercice semble plutôt porter ses fruits. Fadoua, une étudiante marocaine, le confirme : «  les sujets qu’aborde l’Unef sont des sujets qui passent bien. Par exemple, au niveau des revenus, nous les étudiants étrangers, on ne s’en sort pas. L’argent que nous envoient nos parents, s’il représente beaucoup pour eux, il ne vaut rien ici ».

Si la question des étudiants étrangers pèse lourd dans la course aux élections, il est un autre sujet sensible qui inquiète les étudiants, la réussite aux examens. Quand 40 % des étudiants sortent de la fac sans diplôme et que près d’un sur deux échoue en première année, cette question est un des facteurs du succès de l’Unef, qui entend prendre ce problème à bras le corps. Entre deux portes, Lina, militante depuis cette année, dénonce le manque d’information autour des élections. C’est ce qui conduit à ces taux d’abstention si élevés, puisque sur les 32 000 étudiants de l’université de Créteil, moins de 2 000 s’étaient déplacés pour aller voter l’année passée.

Il est 19 heures, il fait nuit noire. Toutes les portes ont été passées en revue. Les militants se congratulent. Le discours a eu l’impact escompté. Et Yoro de lancer « à demain ». Ce sera bis repetita jusqu’au 1er février.

Hugo Nazarenko-Sas

Les réactions des internautes

  1. mercredi 25 janvier 2012 15:04 HOP HOPE

    Pour parler des échecs surtout au début et pour d'autres pour "tenir " tous les jours Puis-je dire qu'il y a ceux qui n'ont aucune organisation personnelle et croient que c'est une forme de continuité avec le lycée Et,pour certains si il n'est pas explicitement dit que les cours sont obligatoires ; eh bien ils ne s'y rendent pas en somme ils font du "grand n'importe quoi" Probablement beaucoups d'immaturité chez certains IL y a les "erreurs de parcours ", le manque de motivation et.. le manque d'argent qui font qu'ils (ou elles ) assistent aux cours dans un "état second " tant ils manquent de sommeil et aussi d'alimentation pour certains Bon courage à tous malgré les aléas
  2. mercredi 25 janvier 2012 10:23 amel

    ça c'est un vrai média ! http://www.youtube.com/watch?v=WPWGH8QL7Cs
  3. mercredi 25 janvier 2012 08:42 commandant minos

    "Quand 40 % des étudiants sortent de la fac sans diplôme et que près d’un sur deux échoue en première année, cette question est un des facteurs du succès de l’Unef, qui entend prendre ce problème à bras le corps" Puisqu'il n'y a pas de sélection par le bac et à l'entrée de l'université, elle se fait au cours des premières années de fac. Tout le monde n'a pas les capacités pour faire des études supérieures, à moins de baisser les exigences, ce qui est dans l'air du temps, malheureusement.
    • jeudi 26 janvier 2012 01:15 Etudiant

      Ce que vous dites est faux. Hormis pour une faible part de la population atteinte de déficiences mentales avérées, il n'y a pas de différences innées ou acquises dans la population qui empêchent d'atteindre l'enseignement supérieur. Les niveau des individus n'est que le produit de leur éducation (tant scolaire que familiale). Aujourd'hui, ceux qui réussissent sont les élèves que leur environnement social a favorisé et a permis d'apprendre plus vite que les autres. Le défi de demain, c'est d'avoir une population massivement diplômée, à un niveau plus élevé que celui des diplômés actuels. Et c'est un défi didactique et pédagogique qui devra être relevé. Mais il faut arrêter de propager des bêtises telles que "Tout le monde n'a pas les capacités pour faire des études supérieures".
      • jeudi 26 janvier 2012 10:46 JLouis

        Population massivement diplomée mais qui ne trouvera pas de travail pendant que l'artisanat recrutera à tour de bras, plombier est un métier d'avenir je crois pour vivre très confortablement...
      • jeudi 26 janvier 2012 09:17 commandant minos

        si ça peut vous rassurer sur vos propres capacités ...