La présidentielle sénégalaise depuis Paris

C'EST CHAUD lundi 27 février 2012

Par Rouguyata Sall @rouguyata

Cinq millions d’électeurs sénégalais se sont rendus aux urnes dimanche pour désigner leur futur président. Parmi les 14 candidats, l’actuel président Abdoulaye Wade a fait couler beaucoup d’encre, notamment ces dernières semaines. Wade brigue en effet un troisième mandat considéré comme inconstitutionnel par le peuple. La voix de l’opposition s’est élevée à travers le Mouvement du 23 juin. Le sang a coulé au cours des manifestations réprimées. Nous sommes à quelques heures de savoir si le mécontentement d’une partie des Sénégalais transparaîtra dans les urnes.

Arrivée, 12 heures 30. Je suis surprise par l’ambiance plutôt calme. Les Sénégalais semblent venir accomplir leur vote dans la sérénité. La présence d’une dizaine de camions de gendarmes y est peut-être pour quelque chose.  J’entends d’ailleurs un électeur sexagénaire chuchoter : « Depuis 1993, je vote pour le Sénégal à Paris et c’est bien la première fois que je vois autant de gendarmes ».

L’attente s’organise en une file, longue, patiente et surtout magnifiquement colorée par les boubous des femmes venues en beauté pour élire leur président. Comme dans chaque file, il y a ceux qui suivent le cours et les autres qui trichent. Ce ne sont pas toujours ceux qu’on croit : ces mêmes femmes déboulent en masse. Elles crient leur âge pour tout prétexte. Le droit d’aînesse et le respect nous font baisser la tête.

Un électeur me confie qu’il est « content, il y a du monde. On est là. On attend que le vieux parte ! Cette élection est plus importante qu’en 2000 et en 2007. On a besoin de retrouver la paix au Sénégal. On a besoin d’un président ».

 

Aux portes des bureaux de vote, il faut montrer patte blanche, soit carte d’identité numérisée, donc récente, et carte d’électeur. A l’intérieur, une cinquantaine de bureaux de vote. Mandataires, assesseurs et autres partisans sont là pour veiller au grain. 14 bulletins, une enveloppe, un isoloir et c’est parti. Un doigt dans l’encre rose indélébile et c’est fini. Cette année, il va falloir s’amputer d’un doigt pour tricher… A l’heure où l’opposition craint les fraudes massives, le staff de l’élection, pointilleux, fourmille dans les docks, rendus chaleureux par une distribution de sandwich ou encore par une prière rattrapée derrière un bureau.

Dans le staff, « Youssoupha et Youssoupha », deux cousins partisans d’Amsatou Sow Sidibé, une des deux femmes candidates. Ils s’inquiètent du vote ethnique des Peuls qui «  sont venus voter en masse pour l’un des leurs, Macky Sall ». Ce vote, ils le considèrent comme « subjectif plus qu’utile. C’est une élection importante, on doit tous être unis pour voter utile. Nous sommes tous de l’opposition, on a des divergences mais c’est une seule et même famille ».

J’ai également pu m’entretenir avec un de leurs aînés : Abdoulaye Tine, président du comité de soutien et avocat au barreau de Paris. Pour lui, « cette élection va être un tournant décisif dans l’histoire politique du Sénégal. Ces dernières années, on a assisté à une régression terrible de la démocratie, démocratie qui jadis faisait la fierté et l’exemplarité du Sénégal ». Tout juste revenu du Sénégal la veille, Abdoulaye Tine a initié « le collectif de soutien aux victimes de la répression policière d’Abdoulaye Wade et déposé la première plainte devant le doyen des juges. Des meurtres ont été commis, des actes de tortures ont été perpétrés, des lieux de cultes ont été profanés. Ça finit par révolter notre conscience citoyenne. Le combat passe par l’élection d’un chef d’État soucieux du respect de la Constitution, soucieux des droits de l’Homme. Aujourd’hui, vu cette mobilisation, j’ose espérer que d’ici quelques heures, toute cette indignation, tout ce mécontentement résonnera par les urnes ».

Départ, 15 heures 30. Au moment de partir, je remarque la foule qui attend encore de retirer carte d’électeur et d’identité. Elle n’a pas bougé. Plus de 3 heures d’attente pour les précieux sésames.

A l’heure où les résultats sortent bureau par bureau, l’excitation monte. Chez moi, sur Facebook et encore plus sur Twitter. Les twittos sont devenus hyperactifs sous #sunu2012 et #kebetu. Tout le monde y va du score de son bureau de vote, de ses commentaires sur le déroulé du scrutin. Chacun dépose une marque indélébile sur la toile pour éviter la fraude à tout prix. En 2012, les réseaux sociaux sont devenus comme accessoire de la citoyenneté.

Rouguyata Sall

Les réactions des internautes

  1. vendredi 2 mars 2012 17:33 SAWADOGO

    Bon vent à la démocratie sénégalaise ! La paix, que la paix socio-politique. Pour le Sénégal et pour toute l'Afrique. Un blog qui parle de l'environnement socio-politique et économique africain et bien d'autres choses encore : http://blog.statisthema.com
  2. lundi 27 février 2012 12:55 bandini

    Ici à Dakar on attend...Macky est en tête dans de nombreux endroits et surtout à Dakar, Pikine, de gros viviers d'électeurs. Il semble que les résultats définitifs vont mettre du temps à tomber, on parle même de vendredi! Ce qui est certain, c'est qu'à l'écoute des résultats bureau par bureau, il est inévitable qu'il y ait un second tour! Une élection de maître Wade au premier tour serait tout simplement frauduleuse... Je voudrais souligner la forte mobilisation des sénégalais pour se porter garants de la bonne tenue des élections, partout, dans de nombreux bureaux de vote, ils sont venus surveiller la bonne tenue de ces élections. Les médias sont très mobilisés, des appels à filmer avec les téléphones portables d'éventuelles fraudes, les caméras dans les bureaux de vote, le relai permanent tout au long de la journée des journalistes et de la télévision, de la radio...Tout ceci a contribué et contribue je suppose à la bonne marche de ces élections. (pour l'instant). Il ne reste plus grand chose de crédible au pouvoir en place pour usurper le peuple... Hier soir Dakar était calme, le peuple attendait patiemment...il attend toujours... Que Dieu nous garde.
  3. lundi 27 février 2012 12:17 Adifwèssa

    Je voudrais souhaité au peuple sénégalais de savoir raison garder. Car s'il est vrai que le Sénégal n'est pas la Cote d'Ivoire, mon pays, il aussi vrai que le sénégal est comme la Cote d'Ivoire, un pays africain dont les élections intéressent les Grandes Puissances. C'est pour cela que à tort ou à raison, les Sénégalais doivent écouter avec sagesse les commentaires de ces Grandes Puissances. Car en vérité, les commentaires pré et post-électoraux dévoilent le choix, toujours gagnants, de ces derniéres. Je peux comme tout etre humain me tromper de jugement. Mais il me semble que le pouvoir sénégalais actuel n'a plus le soutien de ceux, parmi lesquels le Président Wade disait avoir des amis. Rien qu'à écouter les autorités américaines à travers leurs communiqués officiels, on se rend compte que l'age du Président Wade ne plaide plus en sa valeur. Du coté de la France, le constat est identique. Alors, je voudrais humblement souhaiter que la sagesse et l'amour du Sénégal habitent le Président Wade, afin que s'il était déclaré perdant de ces élections,il n'ose pas résister. Ne nous voilons pas la face. Pour le moment aucun pays africain ne peut résister à la volonté des Grandes Puissances.Ceder le fauteuil à celui qui sera déclaré vainqueur préservera le Sénégal des milliers de morts et l'installation de la haine dans le coeur des frères sénégalais.Mon cher Président partir maintenant, sans causer de morts massives en votre notre nom, amenera les Sénégalais à se souvenir de votre arrivée au pouvoir. Je sais qu'ila y des gens qui ne veulent pas entendre parler de votre depart, synonyme de leur declin. Mais Monsieur, le Président, vont-ils vous accompagner devant la CPI au cas ou les choses tournaient mal. Monsieur le Président, vous etes Abdoulaye Wade, celui qui a succedé à Abdou Diouf et qui ne lui a pas demander de compte. C'est pour cela que vous aussi, vous méritez une retraite les plus paisibles. Sachez donc partir et le monde se souviendra de vous.
  4. lundi 27 février 2012 09:29 HOP HOPE

    Que le DESTIN leur soit FAVORABLE J'ai voulu voir les jolis boubous en agrandissant les photos ; j'ai apercu juste un peu de tissu doré Puis , en voyant une telle foule j'ai pensé que cela représentait presque la totalité de âmes de mon village s'is ( ceux de mon village ) étaient aussi nombreux devant les urnes ... mais hélas ici ce n'est plus l'espoir d'un "monde meilleur " qui nous amène à voter mais juste le sens du devoir citoyen en espèrant avoir du discernement (pour éviter l'aggravation ) de notre malheureux quotidien Que le même destin nous protêge aussi