« On ne peut pas critiquer sans aller voter »

AMBIANCE, C'EST CHAUD, PROFIL ADN mardi 13 mars 2012

Par Hugo Nazarenko-Sas

Parler politique avec Zoubida Belkebir, c’est l’assurance de la voir s’aventurer très loin. On la questionne sur François Hollande, une idée en entraine une autre et la voilà qui critique le RSA. « Pourquoi je vous disais ça ? » Elle même ne sait plus.

Une chose est sûre pourtant. La politique, elle aime ça. Pas la « politique politicienne », friande de petites phrases et qu’elle a en horreur. Mais la « vraie politique » comme elle aime à l’appeler, soit « un exercice noble qui privilégie le terrain ».

Jusqu’il y a 5 mois, elle était algérienne. En novembre donc, elle a fait sa demande de réintégration de la nationalité française avec une seul idée en tête : pouvoir se rendre au urnes en avril prochain, parce qu’« on ne peut pas critiquer sans aller voter ». C’est comme cela qu’elle conçoit le vote. Et c’en est presque naturel au vu de son parcours.

Elle voit le jour au Blanc Mesnil (93) de parents algériens. En 1961 – un an avant que l’Algérie n’accède à l’indépendance. Zoubida naît donc avec la nationalité française. Qu’elle perd presqu’aussitôt. Longtemps, cela « ne (la) gêne pas, tant professionnellement que dans la vie privée ».

Elle obtient un BEP, enchaine les formations. 17 ans et la voilà sur le marché du travail. Elle entre au SAV de Garonor. Y reste 7 ans et demi. Assez pour devenir responsable de son secteur. Par la suite, elle expérimente divers domaines. Des transports à la grande distribution. Non sans manquer de constater les discriminations dont sont victimes les femmes et qu’elle va retrouver à l’Agence Pour l’Emploi des Cadres (APEC) alors qu’elle cherche à se faire financer une formation. Dès lors, Zoubida devient une véritable militante.

2003. Licenciée économique, elle décide de fonder une association : Atout Majeur. Elle a alors compris qu‘une association peut avoir une dimension politique, ne sert pas uniquement «  à jouer au bridge » et souhaite se faire l’écho de femmes en grande précarité. Engagée, elle se voit démarchée par un parti – dont elle préfère taire le nom –à l’occasion des cantonales de 2011.

Pour son premier vote le 22 avril, elle a déjà son idée. Elle donnera sa voix à François Hollande, le « seul qui se soit vraiment engagé à faire la parité ». Mais on ne peut pas résumer Zoubida à sa défense des femmes. Foncièrement de gauche, elle n’hésite pas à piocher des idées à droite. Comme chez Dominique de Villepin, quand celui ci propose de rendre le vote obligatoire.

Zoubida Belkebir va donc voter pour la première fois. Mais elle a déjà transmis son intérêt pour la politique : son fils, 12 ans, veut devenir président de la République.

Hugo Nazarenko