Hollande : «les quartiers populaires ont beaucoup souffert»

AMBIANCE mardi 27 mars 2012

Par Mehdi Meklat ET Badroudine Said Abdallah

Une drôle d’odeur. De papier brulé. Les narines s’écartent. Les nez reniflent dans tous les sens. L’odeur de cramé persiste. Elle s’infiltre dans les recoins. L’odorat aux aguets. “Non, c’est bon, c’est une poubelle qui brule devant” tente de rassurer une voix non identifiée. François Hollande débarque au Bondy Blog. Tout est presque prêt.

Le Murat a été pris d’assaut par un commando télévisuel. Même rituel à chaque émission. Des caméras plantées, des blogueurs légèrement teintés et la frénésie de l’attente. “Bon, il vient quand?” questionne sans cesse une blogueuse.

La sécurité masquée visite les lieux. Inspecte les issues. Des journalistes s’accumulent devant le Murat. Parce que l’hôte du jour, c’est François Hollande. Souvenir : ni Christine Boutin, ni De Villepin n’avaient déclenché cette euphorie. “Ils attendent quoi, tous, là?” demande une  dame, un paquet de pain de mie à la main. Retour à l’envoyeur d’un homme impatient : “On attend François Hollande”.

Troupeau médiatique. Le candidat sort à peine son crâne de la voiture que la masse s’entasse. “Regarde, dit une dame à son fils, c’est le prochain président”. Des enfants, armés de cartables, se faufilent. “Les enfants, mettez vous à côté de lui pour la photo” ordonne un photographe. Le candidat joue au candidat. Il serre, salue, sourit à la volée. “Obligé, je vais voter pour lui” s’oblige une fille, qui votera pour la première fois.

A l’intérieur du café, les privilégiés se contentent de regarder le spectacle extérieur. Comme si la vitre était un écran télé. Mais Hollande s’introduit. Le tournage peut commencer. “Je me souviens, la dernière fois que je suis venu, il y avait des banquettes, ce n’était pas la même disposition” pioche-t-il dans sa mémoire.

Première séquence : les blogueurs donnent leurs avis sur le socialiste. Il regarde. “Quand il est face à Apathie, à 7h50, il me réveille pas” coupe l’un. “S’il gagne, j’irai pas à la Bastille” tranche l’autre. “Il est mou” mitraille un dernier. François Hollande comprend. Il a plus d’une heure, face à blogueurs, cinq caméras, pour convaincre.

Il passera d’une confession :”J’ai fait mon chemin moi-même. Et le social s’est imposé quand j’ai vu le désordre” à une mesure “Dans tous les lycées de France, une part des élèves de terminale devront aller dans les classes préparatoires aux grandes écoles sans qu’il y ait de système particulier. Ça peut être 5 à 6 % des élèves, en passant par une déclaration “La première réforme que j’engagerai ? La réforme fiscale”, un constat “les quartiers populaires ont beaucoup souffert » et une douce attaque  “Il faut des relations claires avec le Qatar. Même s’ils nous donnent une leçon”.

 

Mais aux questions insistantes de Kahina et Imane, qui lui demandent du “concret”, le candidat reste flou. Sur l’amour impossible entres jeunes et police, avec des contrôles d’identité répétitifs, il dégaine l’arme de la police de proximité, “parce qu’avec elle on garantira le dialogue”. Imane fait la gueule : “Moi, j’en ai marre de voir comment on pointe la communauté musulmane, comment on la traite en bouc émissaire.” François Hollande y convient et répond que c’est “l’égalité qui doit primer”.

Dernière séquence. François Hollande signe sur la pancarte “Bondy Blog Café” et lit les signatures de ceux passés. Il donne rendez-vous en mai prochain. Le candidat qui s’espère vainqueur s’éclipse. A l’extérieur, re-bousculade médiatique, re-serrage de mains amoureuses, re-photos. Re-spectacle d’un candidat en campagne. Une dame crie, à la force de sa voix : “On veut l’augmentation des paies”. Les gens simples se contentent de choses simples.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah.