Ayrault à Bondy : "Depuis les années 90, on attend que les autorités viennent ici"

C'EST CHAUD, PRéSIDENTIELLES 2012 vendredi 31 août 2012

Par Mehdi Meklat ET Badroudine Said Abdallah

Le feu rouge dure une éternité. Le temps de griller mille clopes, le temps de bouffer mille grecs. Bondy s’est endormi comme un dimanche après midi. La ville somnole. Août tire ses dernières flèches. L’été se meurt. Demain, ce sera septembre, le temps aura changé, le moteur se mettra à ronronner à nouveau. Mardi, la rentrée. Les enfants, les vêtements neufs, les cartables impeccables, les fournitures prêtes à s’user. La rentrée, ce rituel de fin d’été.

Le feu n’est toujours pas vert. Les klaxons commencent à faire des vocalises. Puis, enfin, la voiture démarre et fonce jusqu’au collège Jean Zay, à Bondy Nord. Sur une pelouse, un caddie est renversé. Un adolescent traverse la rue. La vie se passe, comme un jeudi d’août. A peine un peu de soleil, juste une touche. Au loin, près de l’entrée du collège, quelques caméras stagnent. Il y a beaucoup de costards-cravates-technocrates, quelques habitants de passage.

Une déléguée des parents patiente sur le perron, déterminée : “Depuis les années 90, on attend que les autorités viennent ici”. Un assistant d’éducation, à ses côtés, serre la main : “En tout cas, pour sa venue, le collège est particulièrement propre, il devrait venir toutes les semaines”. A ce moment, quand il dit “semaine”, Jean-Marc Ayrault, Premier ministre à la teinte blanche, sort de sa voiture blindée. Escorte plutôt tranquille. Et ses malabars plutôt tendres.

Le premier ministre se retrouve dans une coquille de journalistes et d’élus locaux. La mère : “Voilà, il vient nous voir nous et il parle avec eux”. Le troupeau pivote, puis s’approche. Il serre quelques mains. Entre dans le collège, monte à l’étage. Le service d’ordre met de l’ordre. Dans une des classes, un groupe d’élèves travaillent. Trois filles, collégiennes dès mardi prochain, préparent leur rentrée dans le cadre de “l’école ouverte”. “On est stressées”, disent-elles, timidement. Ayrault serre la pince de chacun. “Moi, j’ai pas dormi de la nuit”, dit l’une.

Des feuilles volent. La professeur qui encadre l’atelier se retrouve vite dépassée, entre caméras et sécurité. Entre fouillis et bouillie de travail. “Il devait y avoir 5 personnes à la base”. C’est un peu raté. La tornade se passe. Juste le temps à deux autres élèves de dire qu’elles rêvent d’être “star et styliste”. Les caméras s’éparpillent, la classe retrouve ses repères. Un peu bousculée.

Dans l’escalier, pour relier le premier au rez-de-chaussée, Georges Pau Langevin se souvient de sa rentrée en sixième : “J’étais émue”. Voilà. Tout le monde continue à dévaler les marches jusqu’au réfectoire. Le premier ministre serre la main des profs. Un petit échange, devant les caméras et les micros de radio. Et une mère de famille lui parle, lui l’écoute attentivement : “On ne veut pas que ce collège soit un collège de ghetto, comme c’est le cas actuellement”. Il prend note en acquiesçant de la tête. Sur le chemin du retour, le ministre de l’éducation, Vincent Peillon, lâche : “Bien sur, la mixité sociale est importante, mais pour l’instant, nous n’avons pas de solution”.

Ayrault veut donner “toutes les chances à la jeunesse”. Puis, tous se rétractent. Les voitures vont bientôt s’achopper. Avant quelques mots devant les télés, quelques mots à la caméra d’Idir pour le Bondy Blog, et s’en va. Le cortège fonce jusqu’à Tremblay pour la visite d’un chantier d’un futur collège. On ne saura jamais si le cortège a grillé les feux.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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Idir Hocini