A passage to India 5/5

AMBIANCE, BONDYMONDE, C'EST CHAUD vendredi 28 septembre 2012

Par Hugo Nazarenko-Sas

Voilà. Ça fait un mois que je suis en Inde. Un mois c’est court. Mais tellement intense. Chaque heure, chaque minute, du nouveau. Parcourir et découvrir. Rencontrer. Des gens, une culture. Explorer aussi. En sortant des sentiers battus bien sûr, mais aussi là haut, dans son esprit. Tristesse insoupçonnée, bonheur à en crever.

Un mois donc. Aussi largement le temps de se rendre compte que l’Inde offre deux visages. On ne peut pas nier l’existence d’une Inde pour touristes. Qui ne cache pas ses plaies pour autant. Et tout le monde semble y trouver son compte.

Visiteurs satisfaits : le sous continent, si atypique, dont on voit la pauvreté de manière éparse et qui donne l’impression de se dévoiler complètement. Indiens satisfaits aussi. Fiers de leur pays si coloré. Fiers de le montrer au monde. Enfin ce qu’ils veulent bien en montrer.

Alors oui, sans doute aucun, les mégalopoles comme Delhi ne peuvent qu’exposer leur apparence brute. Le touriste, à défaut d’être roi, n’est qu’un simple passant. Témoin privilégié d’une vie dont il n’est pas l’acteur. Mais ailleurs …

Manali. Petite ville de 5000 habitants, nichée au milieu des montagnes de l’Himachal Pradesh. Ici – comme dans de nombreuses autres communes indiennes, exode rural oblige- la ville est coupée en deux.

Old Manali d’abord. Havre de paix. Vieilles maisons de briques et échoppes “authentiques”. Il n y a pas à redire. C’est beau. Tout est orienté vers le tourisme. Réfléchi en ce sens. Et là encore, pas de doute, ça fonctionne. Les trois quarts des passants n’ont pas vraiment l’air d’autochtones.

New Manali. Changement de décor. Plus un touriste. La brique a cédé place à la tôle. Bidonville adossé à la montagne. La vie continue. Des petites filles jouent, une dizaine d’enfants étudient, un simple tapis en guise de salle de classe.

Dans cette partie de la ville, c’est auprès des Indiens que les vendeurs écoulent, un peu, leur marchandise. Mais tous sont surpris de me voir ici. Même les légions de hordes de chiens qui ont élu domicile sur le bitume aboient à mon passage – ce qui, pour qui me connaît n’est pas pour me rassurer. Je suis le bienvenu certes mais ici personne ne m’attend.

Et le scenario de se répéter. Encore et encore.

Je suis au Rajasthan maintenant. Pushkar précisément. Village touristique s’il en est. Lassé de la foule, je m’aventure sur la route qui quitte la ville.

Huit cent mètres tout au plus. Deux chaises en plastiques. Un homme qui prépare du chai (thé).Je m’assois, discute. La rengaine est la même. “What are you doing here?” Des occidentaux ? Pas ici. Chemin du retour. Un jeune, une dizaine d’années (de galère) au compteur, une boucle à chaque oreille et une dégaine de pirate, m’invite dans sa “maison”.C’est un gitan. La maison en question : une tente branlante, des vêtements usagés pour seul toit. Avec pour voisin dix habitations du même acabit.Ils n’ont presque rien – un peu de farine, une chèvre – mais me donnent tout.

Ils gardent le sourire aux lèvres. Ont le rire facile même. Pourtant, la misère leur a laissé le choix entre Lucifer et Belzébuth. Surtout en cette période de mousson.

S’il pleut, leur tente prend l’eau. Plus de toit. De presque rien à rien, il n’y a qu’une goutte. Mais s’il ne pleut pas, la sécheresse les empêchera de vendre le maïs qui leur rapporte les quelques rupees de la survie. Et tout cela se passe à quelques centaines de mètres du marché de Pushkar où les touristes défilent par centaines. Réalité cachée. Pourchassés. Les gitans me confient que la police est constamment à leurs trousses.

Pour eux demain, même objectif : rester en vie. Pour moi, c’en est fini. Il est temps de fermer ce carnet. Il me restera les souvenirs et les sentiments.

Un mois en Inde c’est court. Mais tellement intense.

A l’année prochaine.

Hugo Nazarenko-Sas, Inde

Les réactions des internautes

  1. mercredi 3 octobre 2012 16:28 K!

    Bjr, Ayant vécu en Inde pendant plusieurs mois et plusieurs fois (et pas seulement en tant que touriste), je peux vous dire que oui, même s'ils n'ont rien, ils sont tellement fiers de leur pays, de leur culture, qu'ils souhaitent partager tout ce qu'ils SONT et ce qu'ils ONT... et les sourires radieux malgré leurs difficultés, les couleurs flamboyantes, les sons assourdissants parfois...et la tolérance, j'ai vécu dans un village (à l'échelle de l'Inde, de 10000 habitants), et 1/3 de musulmans, 1/3 de chrétiens, 1/3 d'hindouistes...et les fêtes locales sont appréciées par toutes les cultures...la fête de Noël est vu par toutes les cultures du village, un beau cadeau de partage...quelques 5 langues locales sont parlées dans ce petit village!!! quelle richesse, non? et quand j'éprouve quelques difficultés ici, je me remémore ces moments chaleureux de partage, et hop, c'est reparti pour un brin de joie et de bonne humeur!! A tous, partez faire votre propre expérience, rien de mieux pour apprendre...et gratter derrière les clichés...
  2. lundi 1 octobre 2012 16:35 AG

    Je ne connais pas l'inde des touristes, je suis allée 3 semaines au Rajasthan, une 2° fois 3 semaines au Gujarat (Pas UN touriste) et je vais repartir 3 semaines au Tamil-Nadu et au Kerala.............. J'aime ce pays, la réserve joyeuse de ses habitants, les couleurs, les tissus, la cuisine, leur dynamisme, leur courage................quand je rentre, la France est vieille et grise............
    • vendredi 5 octobre 2012 14:53 commandant minos

      l'herbe paraît toujours plus verte ailleurs, c'est classique.
    • vendredi 5 octobre 2012 14:10 JARÏI

      @AG, bonjour, la France est peut être vieille et grise , mais ses lumières sont dans ses bibliothèques .
  3. samedi 29 septembre 2012 21:41 JS

    Sinon l'age légal du mariage pour les filles c'est toujours 12 ans en Inde ? Avec obligation de consommer le mariage la nuit suivante pour que le mari ne passe pas pour un tocard ?
  4. vendredi 28 septembre 2012 18:59 hop HOPE

    Merci d'avoir su si bien nous faire partager votre voyage et vos sentiments J'ai aimé vous lire à bientôt pour des textes de ce cru
  5. vendredi 28 septembre 2012 15:50 commandant minos

    "choix entre Lucifer et Belzébuth" c'est une expression que je ne connaissais pas. Mais quitte à devoir choisir, j'opterais pour le "porteur de lumière" (que les Chrétiens ont assimilé à Satan au moyen-âge, forcément, l'Eglise préférait que les gens restent dans l'obscurité ... ), plutôt que le seigneur des mouches (calembour hébreu contre le dieu phénicien Baal - bouh les vilains blasphémateurs)
    • mercredi 3 octobre 2012 20:15 Gomez Aguilar

      Tu dis strictement n'importe quoi. "L’Église préférait que les gens restent dans l’obscurité" zzzzzzz même Monsieur Homais oserait à peine... La théologie chrétienne enseigne que Satan était au départ un ange, et le plus haut placé dans le Ciel, et le plus brillant d'entre eux. Lucifer fait simplement référence à son éclat AVANT qu'il se rebelle contre Dieu. Lorsque dans son orgueil il s'est révolté contre Dieu et a été chassé du Ciel par Michel le chef des anges fidèles, il fut désigné sous d'autres noms. C'est tout.