Une journée sur le circuit Carole

AMBIANCE mardi 9 octobre 2012

Par Olufemi Ajayi

Pas de round d’observation. Les pilotes sont de suite au taquet. Dans les lignes droites, les pilotes se penchent pour gagner des poussières de kilomètres/heure. Au freinage, ils ont tendance à enrouler l’arrière de la moto, pour aborder le virage avec de l’angle et le passer plus rapidement.

Le circuit Carole, qui accueille la dernière manche du Championnat de Monde Supermoto, ne nous paraît pas bien grand. Mais Patrice, avec qui j’ai sympathisé sur le chemin menant au circuit, est impressionné par ce spectacle. Beaucoup plus affecté que lui par les caprices de la météo, j’ai du mal à me montrer aussi enthousiaste.

Après en avoir fait le tour en bord de piste, nous décidons de parcourir les paddocks (enclos à moto), ouverts au public. Contrairement à Patrick qui a déjà assisté à plusieurs compétitions automobiles et a approché les pilotes et leurs montures, je suis impressionné par la proximité que nous avons avec les acteurs de la compétition. Certaines motos sont à portée de main et on peut observer le travail des mécaniciens sous tous les angles. Impensable en Formule 1 ou en MotoGP. Certaines équipes cèdent même des pneus usagés à des spectateurs, prêts à les utiliser sur la route !

Il y a plusieurs équipes  françaises dans les paddocks mais celle qui jouit de la plus grande popularité est sans conteste Les 2 Roues. Les moyens y sont : exposition de Yamaha de série et de compétition (dont celle du GMT 94, troisième du Championnat du monde d’endurance) et visite de Gérard Depardieu. L’équipe fête ses 30 ans l’an prochain. Certains spectateurs ont l’air de s’y connaître en supermoto. Pascal est l’un d’eux. Et pour cause: “J’ai pratiqué ce sport pendant une dizaine d’années. Chez nous en Guadeloupe, c’est une discipline qu’on a toujours admiré. “

Pascal a pu représenter la Guadeloupe lors de finales se déroulant en fin d’années. Pourtant, il n’a commencé qu’à 26 ans. C’est plutôt tard, Thomas Chareyre a conquis le titre à Carole à 25 ans. Mais c’est aussi la preuve qu’on n’a pas forcément besoin de commencer tôt pour atteindre un niveau respectable. Beaucoup de pilotes commencent à pratiquer des sports mécaniques tard car il ne suffit pas d’enfiler une paire de baskets: “Cette discipline demande un sacré budget mais c’est faisable”, dixit Pascal.

D’après un père de pilote rencontré dans les paddocks, une saison de championnat de France, comprenant l’achat et l’entretien de la moto, coûte 25 000 euros. Et encore, il faut pour cela avoir des relations pour bénéficier de rabais pouvant atteindre 50% sur certaines pièces. Trouver les budgets pour courir est compliqué. Dominique, mécanicien de la team Les 2 Roues, a son idée sur les raisons qui expliquent cela : “Dans les années 1980, on avait tous les sponsors d’alcool, de cigarette mais la loi Evin nous les a enlevés.”

Le team Les 2 Roues a fait roulé les plus grands noms de la moto française : les frères Chambon, David Frétigné, Laurent Pidoux, Stéphane Peterhansel ou encore les frères Demaria. Salvator Alexandre raconte le début de l’aventure, qui a débuté par hasard sur ce même circuit Carole : “J’ai commencé il y a 29 ans. Je roulais à Carole en tout-terrain. La supermoto est venue des États-Unis. J’avais un pote qui m’a conseillé d’essayer. J’ai réussi à faire quelque chose de bien. J’avais une 250 contre des 500, j’ai fini en finale  17e et c’était parti.”

Comme il est le plus ancien pilote de supermoto en France, il est le mieux placé pour juger l’évolution de la discipline : “Les pilotes du mondial sont très rapides. Par rapport à une époque, si on ne s’entraîne pas, on ne peut plus percer. Au mieux on fait 20e.”

J’ai passé un bon weekend à Carole, même si la météo n’a pas toujours été de la partie. Cette expérience nous a donné à Patrice et à moi l’envie de nous intéresser d’avantage à la supermoto. Je reviendrai peut-être l’année prochaine si le prix des places baisse : 22 euros en prévente pour le weekend. Pas à la portée de toutes les bourses.

Olufémi Ajayi