Racisme anti-blanc : quelle réalité ?

C'EST CHAUD lundi 12 novembre 2012

Par Tom Lanneau @TomLanneau93

J.F Copé  a remis au goût du jour le terme. Racisme anti-blanc…  Quand je lance le sujet dans mon entourage, je suis automatiquement estampillé fasciste. De ceux qui arborent la croix gammée et qui seraient capable de torturer un étranger avec le sourire.  Comme mes interlocuteurs ne sont pas enclins au débat et qu’en guise de contre argument je n’ai le droit qu’à des « Nazi» ou bien au mieux à des « tu oublies la souffrance de ce peuple! Il faut bien qu’ils se vengent !», j’ai décidé de coucher sur papier ma pensée.

En effet, cela m’étonnerait fort que vous puissiez interrompre mon article en me traitant de salop par écran interposé. Laissez-moi donc vous donner mon opinion, moi jeune blanc de banlieue, donc particulièrement concerné par ce thème de racisme anti-blanc.

Cela me choque d’entendre dans tous les médias traditionnels que ce terme fut uniquement créé afin d’engendrer une polémique. Sûrement parce que j’ai moi-même vécu ce phénomène. Tout d’abord lorsque j’étais plus jeune avec les paroles du rappeur Sefyu “Quand tu vois un babtou (blanc) y’a une hagra (gentille taquinerie voire plus …) qui va avec“. Élevé dans la culture « Black Blanc Beur», je n’avais jamais fait de  distinction entre Noir, Arabe, Asiatique ou Moldave, et voila que je me retrouve le temps d’un couplet dans la peau de la cible potentielle, d’ « une gentille taquinerie et plus » en raison de ma couleur de peau. Qui, il est inutile de le préciser, est indépendante de ma volonté.

En grandissant, j’étais témoin de plusieurs agressions, j’en ai même subies, des combats singuliers à huit contre un. Est-ce parce que je suis petit, pour mon portable ou pour la couleur de ma peau que j’attire les poings des voyous ? Il m’a semblé que dans certains de ces pugilats, mon teint était clairement un des critères de sélection.

Le racisme ce n’est pas seulement des coups c’est aussi souvent des injures. Par deux fois on m’a qualifié de « sale blanc/Babtou » pour des motifs aussi futiles que de ne pas donner de cigarettes (et pour cause, je ne fume pas). Bien sûr, ce genre d’incidents est à relativiser. Je n’ai été victime que deux fois d’injures raciales dans ma vie, alors que je me déplace, travaille ou habite dans des quartiers populaires depuis près de 20 ans.

Mais pour moi, le racisme anti-blanc le plus choquant est lorsqu’il touche par ricochet d’autres populations. Cet exemple me vient de ma mère, institutrice à Bobigny : un élève a jeté une chaise au visage d’un camarade : ce dernier le « traitait» de  faire « son » Français car il mangeait des chips au bacon…

Même si je les ai subis, ces  actes racistes  ne sont après tout pas si fréquents. Il m’arrive plus souvent de jouer avec une dizaine de noirs en étant le seul blanc, sans subir pour autant une seule remarque désobligeante. D’ailleurs, souvent, les jeunes de banlieue possèdent un panel d’amis d’origine étrangère très large. Ce territoire est selon moi un lieu de mixité et d’échanges. J’avoue pour ma part, connaitre par gourmandise bien plus le goût du thé à la menthe et des gâteaux arabes que le goût des produits du terroir français.

De plus je ne suis pas d’accord avec ce que le FN met derrière la notion de racisme anti-blanc. Selon eux, « les Français de souche ne se sentent plus chez eux », ils sont obligés de changer de trottoir, de baisser les yeux quand ils sortent dans la rue et ils se font insulter quotidiennement  de sale blanc.  Il en est de même pour la déclaration du secrétaire général de l’UMP selon qui dans de nombreux quartiers d’Ile-de-France certaines personnes se font souvent traitées de « sale gaulois » ou bien lorsque son parti s’attaque violemment à la nourriture hallal dans les banlieues.

Le FN pointe souvent la Seine-Saint-Denis dans ses discours alors que je n’ai jamais dû changer de trottoir et je ne me fais pas insulté tous les jours sous le prétexte que je suis blanc alors que j’habite à 100 mètres de Montreuil, deuxième ville malienne  au monde. D’après mon ordinateur, je ne vis qu’à 40 kilomètres de Meaux. Il me semble pourtant que les faits que Jean-François Copé dénonce ne sont constatés que par lui. Il en est de même pour la question de la viande hallal. Il est vrai que dans mon quartier, on dénombre  quatre boucheries hallal. En quoi ces commerces devraient-ils créer en nous la sensation de ne plus être en France? Le goût est le même. Et puis lorsque je croque dans un poulet hallal, le sol ne se dérobe pas sous mes pieds pour me téléporter au Maghreb, je n’ai pas non plus l’impression de cracher sur le pays dans lequel je vis.

Alors bon, il est vrai que le terme de « racisme anti-blanc » n’est pas totalement faux Mais la mixité dans nos quartiers est la règle, les clivages intercommunautaires qu’elle peut entrainer sont des exceptions. Toute forme de racisme représente un handicap pour la victime mais aussi pour le coupable puisque la mixité enrichie notre pays comme le disait avant moi Saint-Exupéry : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis… ».

Tom Lanneau