Rengaine de Rachid Djaïdani : du jamais vu

C'EST CHAUD, CULTURE mercredi 14 novembre 2012

Par Mehdi Meklat ET Badroudine Said Abdallah

Il y a de la sueur, il y a de la labeur. Il y a de la souffrance, il y a des larmes, parfois il y a de la tension, souvent il y a du noir, il n’y a plus d’espoir. Il y a un pas en avant, il y a mille pas en arrière. Il y a du mépris, il y a de la haine. Il y a si peu d’amour. Dix ans, ça parait si long. Ça parait impossible. Dix ans, c’est dix vies, c’est mille vies. Rachid, en dix ans, a fait un conte.

Rachid, en dix ans, a polit son bijou. A la force de ses mains, l’ouvrier a frappé sa pierre précieuse. Il a taillé les bords, jusqu’à la perfection. Dix ans, il a pris le temps d’en faire un objet brillant. Dix ans, dans une vie, pas seul contre tous. Seulement seul contre les autres. Ceux qui l’ont regardé d’un air sec, et dans les yeux lui ont dit : « Dégage ». Dix ans, à les voir se faufiler entre les mailles. A les voir lui échapper, leurs tronches baissées. A les voir ne pas y croire. Dix ans, et toujours en gardant sa foi.

Un mercredi de novembre. Comme un autre. Le 14 novembre 2012. Une date non datée. Une date dans le flot des jours. Et pourtant, aux yeux de Rachid, ce mercredi est celui d’une vie. Celui où le bébé, déjà mûrit, se lève et court. Parce que ce conte ne marche pas à-tâtons, il court sans s’arrêter. De nulle part à chaque écran de cinéma, aujourd’hui. Du Festival de Cannes au Festival de Deauville. Sans reprendre son souffle.

Parce qu’il y a ces visages-là, montrés. Chaque grain de peau caramélisé. Toute cette fierté. Parce qu’on soupçonne notre faim de vif se laisser régaler. Quelle nouveauté. Parce que rien n’est commun. Parce qu’il y a cette caméra aussi vagabonde que Rachid. Parce que ce conte est urbain, ni d’hier, ni d’aujourd’hui, ni de demain. Parce qu’il n’a pas de temps. Il pourrait durer un jour, comme dix ans. Parce qu’en le regardant, on voit le nouveau cinéma, loin du noir et blanc. Et si l’écran était une toile, ce conte serait un dessin d’enfant.

Ode à ces couleurs pastels, à cette lumière naturelle, à cette rue bétonnée, arpentée sans arrêt. Ode à ce cinéma qui prend ses aises, bientôt il prendra l’espace. Ode à ce conte qui dit tellement. Ode à ces gueules, piochées ici ou là. Ode à cette caméra qui capte tout. Ode à cette rengaine qui ne s’arrêtera pas comme ça.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Les réactions des internautes

  1. dimanche 18 novembre 2012 11:14 jps

    Depuis 5 jours mon commentaire est en attente de modération. Est il si difficile à comprendre ? merci de me donner une explication.
  2. samedi 17 novembre 2012 12:27 said

    du jamais vu ?? c' est une blague ?? j' ai vu ces histoires 50 fois dans de stelefilms de franc e2. le jour ou on verra une famille maghrebine musulmane normale au cinema , la ça sera un film coup de poing , du jamais vu . le real va dans le sens de la pensée dominante et il se croit original, pitoyable selon moi
  3. vendredi 16 novembre 2012 16:41 alqaida

    toujours avec leur style foireux les guignols meklat et bradoumachin. eboueurs de banlieue voila ce que vousétes
  4. jeudi 15 novembre 2012 00:31 vodka shakeur

    http://www.youtube.com/watch?v=4RpbeprXohk
  5. mercredi 14 novembre 2012 16:52 jps

    Il y a souvent dans la presse des critiques de cinéma incapables de critiquer et qui se contentent de raconter le synopsis pour ne pas dire le plot, là c'est un autre stade où on vous parle d'un film et de son réalisateur sans dire de quoi il s'agit ni donner le minimum, c'est à dire le titre du film. L'ècriture es belle et les "kids" comme dirait Pascale Clark se sont fait plaisir. Par contre ce n'est pas sûr que ça fasse venir les gens en salle. Au fait, il s'agit de la xème version de Roméo et Juliette version immigration.
  6. mercredi 14 novembre 2012 15:31 Beurk

    Tiens, tiens... http://observers.france24.com/fr/content/20121106-racisme-maroc-peril-noir-immigration-subsaharienne-noirs-ceuta-meililla
    • jeudi 15 novembre 2012 17:45 hihihi

      Tiens, tiens, là aussi... http://www.elwatan.com/actualite/les-algeriens-sont-ils-racistes-15-11-2012-192408_109.php
  7. mercredi 14 novembre 2012 15:23 Bondynoise

    IL y a également une interview de Rachid Djaïdani et de Djinn Carrenard, dans Télérama. Lire le synopsis et la critique dans ce magazine. Il dit : "Moi, je suis fier de montrer une femme comme mon héroïne: sa détermination à vivre son histoire d'amour en toute indépendance. Voilà un personnage qui , je l'espère, donnera un peu d'oxygène à toutes ces filles qu'on opprime au nom des coutumes ." "Je revendique le statut d'artiste et non pas d'artiste de banlieue." Extrait de la critique: "Paris, aujourd'hui. Dorcy, jeune noir chrétien veut épouser Sabrina, une jeune Maghrébine. Cela serait si simple si Sabrina n'avait pas quarante frères et si ce mariage plein d'insouciance ne venait cristalliser un tabou encore bien ancré dans les mentalités de ces deux communautés : pas de mariage entre noirs et Arabes. Slimane le grand frère, gardien des traditions, va s'opposer par tous les moyens à cette union..."