Vendredi à Roms

C'EST CHAUD, POLITIQUE mardi 11 décembre 2012

Par Badroudine Said Abdallah ET Mehdi Meklat

Il y a de la pluie. Et de la boue. Il y a des barrières, des bouts fer qui se bataillent. Un homme sort du camp : “Que se passe t il? Pourquoi y’a des caméras?”. Les journalistes tournent autour du camp comme des abeilles dans une ruche. Et les policiers ont barre toutes les rues. Le convoi ministériel arrive dans un nuage d’essence.

Dominique Voynet se poste devant le camp. Manuel Valls l’écoute tranquillement. Les journalistes gravitent. Au loin, des habitants du camp s’inquiètent : “ils viennent faire quoi ici?”. Un journaliste rassure : “c’est juste le ministre qui vient voir, pas de problèmes”. Juste le temps d’un rien, le ministre et le maire repartent. Six minutes seulement. “C”était juste pour voir, on va pas rentrer dedans”, balance le ministre, frileux.

Le déplacement s’éternise à Montreuil. À quelques rues de là. Toutes les voitures du convoi stagnent dans le froid sidéral. Manuel Valls est la pour “visiter des logements passerelles, mis en place par la mairie de Montreuil cet été, pour des familles Roms“. Un voisin regarde le bazar. “Ce qui chamboule, c’est pas ce spectacle. C’est plutôt ces enfants, c’est aussi de ne plus les voir menacés d’expulsion, d’être à l’école…”

Les logements passerelles sont des préfabriqués verts et oranges. Empilés les uns sur les autres. Les couleurs donnent de la couleur. Des enfants de la résidence s’amusent autour des caméras. “Y a trop de monde, on peut pas rentrer chez nous” dit l’un. Ils s’en vont faire un tour. Ils reviendront plus tard, quand le cirque sera passé.

Valls monte à l’étage, visite un bout, écoute la maire qui lui fait la démonstration. Une conseillère municipale explique : “Il y a ici 11 logements, 10 familles. Ce sont pas des familles qu’on a choisies, seulement il y a une liste précise. Mais on a privilégié les familles qu’on suit depuis 2008.” Avant de balancer : “Ce projet peut nous faire perdre la mairie. Ça nous rend pas populaires, mais on assume. Ni le PS, ni le PC n’ont voté pour ce projet.

Le ministre est déjà redescendu. Les caméras s’empressent autour de lui. Et il débite : “Je suis venu voir ces dispositifs d’insertion qui peuvent marcher si on y met de la lucidité et de la volonté.” Dominique Pilon, conseillère municipale, glisse que ce “dispositif pourrait donner l’exemple à d’autres villes, ce n’est pas de l’angélisme“. Avant de fuir, Manuel Valls annonce qu’il mettra “fin à l’aide au retour.” Dominique Voynet dit : “Enfin.” Et un militant d’une association de soutien aux Roms casse : “Il peut dire ce qu’il veut, c’est la même politique que le gouvernement précédent. Tout pareil.” Manuel Valls est déjà loin.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah