Des ordures comme s’il en pleuvait !

C'EST CHAUD vendredi 4 janvier 2013

Par Inès El laboudy @InesLabou

Depuis ma tendre enfance, mon quartier est un jardin public d’ordures. Le must, c’est ma tour et celle d’à côté. Depuis ma rentrée au CP, j’ai su que je grandirai dans un vide-ordure externe. Ces deux immeubles comptent dix-huit étages chacun et quand certains habitants confondent la fenêtre et la poubelle ça donne de belles traces d’explosions culinaires sur le bitume aux pieds des tours. De quoi rendre jaloux les artistes d’art abstrait. Le week-end c’est le pire moment de la semaine. Les éboueurs étant au repos, ce sont les rats qui squattent le bas des tours qui s’en donnent à cœur joie.

Les pigeons, corbeaux et chats de gouttière aussi. Parfois, on peut même voir passer un furet et autre animaux poilus mystérieux. M’enfin, je suis habituée à marcher vite, très vite quand je passe sous ces deux tours.

Il y a des jeunes qui sont champions départementaux du lancer d’objet et… de bouffe ! Oignons, œufs, pommes de terre, yaourts, pommes, oranges, pêches, mégots de cigarette, pain sec, bocaux en verres, boîtes de conserve, micro-ondes (non je ne blague pas, je vous jure que c’est vrai). Je me souviens que lorsque j’avais dans les dix ans, un couple se disputait dans la tour d’à côté. Je ne sais pas quel monstre a pu frapper leurs cerveaux mais soudain nous avons pu être spectateurs d’un jeter de matelas, micro-onde, meuble de rangement (taille moyenne) et de vêtements en tout genre…

Parfois en cuisinant tranquillement, je me retrouve plongée dans l’obscurité durant quelques millièmes de seconde parce qu’un gros sac poubelle jeté des étages au-dessus passe devant ma fenêtre… Il frappe le sol avec une force telle que les pigeons se sauvent dans tous les sens.

Je me rappelle aussi qu’en 1996, (date importante pour moi car je faisais mon entrée au CP) je rentrais des courses avec ma mère et ma petite sœur âgée de trois ans à l’époque. Nous venions d’acheter toutes mes fournitures scolaires et après avoir posé tous les sacs sur la table de la cuisine qui se trouve devant la fenêtre, voilà que ma petite sœur sort mes crayons de couleur et les balance en l’air. Manque de bol ou précision de calcul venant de ses petites mains, mes crayons tombent par la fenêtre du quatrième étage. Double manque de bol, cette fenêtre donne sur le bac en bas de l’immeuble où sa balance tout et n’importe quoi. Contrainte de descendre les récupérer,  j’enjambe la barrière qui fait office de protection. Je me baisse et ramasse mes crayons qui sortis de leur pochette quand soudain, une omelette cuite me tombe sur la tête ! Celui qui l’a lancée avait parfaitement visé. En secouant ma tête  pour la faire tomber je me suis aperçue qu’elle est poivrée. Non je ne l’ai pas goûtée mais les petits points noirs dessus me laissaient le deviner. Je suis donc sortie en vitesse et devinez ce que j’ai vu.  La poêle et la fourchette tombées juste après ! Dés lors, j’ai su que ma vie ne sera qu’une longue esquive de projectiles en tout genre.

Un peu comme dans ces jeux vidéos où le but est de viser les petites croix au sol avec un missile. Même si ma collègue Juliette reçoit des couches, chez moi on peut en trouver aussi et parfois même des serviettes hygiéniques usagées… L’horreur quand vous passez avec votre petit frère et qu’il vous demande : « c’est quoi ce truc rouge là ? » J’espère qu’un jour la propreté reviendra chez nous, en attendant je continue à parfaire mon slalom tout en guettant les fenêtres des immeubles et les traces au sol…

Inès El laboudy

Publié le 24 septembre 2012