La famille s'en mêle

AMBIANCE, C'EST CHAUD lundi 14 janvier 2013

Par Remi Hattinguais @hattinguais

Ce dimanche 13 janvier, les opposants au projet de loi Taubira prévoyant la légalisation du mariage homosexuel se sont réunis à Paris pour une manifestation organisée de longue date. Cela devait être une mobilisation digne de la bataille pour l’école privée qui avait réuni jusqu’à 600 000 personnes (préfecture) en 1984 à Paris. L’appel du collectif « la manif pour tous » n’a rempli qu’à moitié le pari, avec 350 000 manifestants d’après la préfecture.

Ce collectif qui était déjà à l’origine de la manifestation du 17 novembre dernier se présente comme un mouvement ouvert à tous, « homos ou hétéros, de gauche ou de droite, cathos ou non ». Constamment mis en avant lors des derniers mois, ses trois portes-paroles sont supposés représenter cette diversité. L’humoriste Frigide Barjot écume les plateaux télés vêtue de tee shirt rose bonbon à slogans, de jupes courtes et surjouant volontiers une attitude conservatrice « cool » qui a un réel succès auprès des journalistes.

Sa caution de gauche, Laurence Tcheng, représente le mouvement « La Gauche pour le mariage républicain » créée récemment à la demande de son amie humoriste et qui réunit à lui seul 193 likes sur Facebook. Le militant UMP Xavier Bongibault représente quant à lui les homosexuels opposés au mariage gay. Son mouvement, Plus gay sans mariage, comptabilise 730 adhérents sur Facebook et son porte-parole profite de chaque manifestation pour comparer François Hollande à Adolf Hitler (ici et).

Il aurait été certes moins efficace de mettre en avant les autres administrateurs qui, suivant les informations du Canard Enchaîné « sont occupés par des anciens des scouts d’Europe et des rassemblements traditionalistes ». La stratégie de communication visait à éviter d’assimiler le mouvement à des personnalités comme la comtesse Ludovine de la Rochère, responsable de la très pieuse fondation Jérôme Lejeune ou du coordinateur de la manifestation Albéric Dumont, par ailleurs responsable de la « Marche pour la vie » rassemblant chaque année les catholiques opposés à l’avortement.

Autour de la place d’Italie, le froid glacial n’a pas empêché Guénola, Solène et Madeleine de se joindre à la foule de volontaires portant des t-shirts aux couleurs vives griffés « Manif pour tous ». Madeleine, étudiante à l’École Normale supérieure, a peur d’une possible marchandisation de l’enfant : « Cette mesure va détruire la filiation PME (père mère enfant). En autorisant le mariage, la réforme ouvre la voie vers la Procréation Médicalement Assistée qui mène vers la Gestation Pour Autrui (GPA). Or, je suis contre l’idée qu’une femme puisse vendre ou louer son ventre pour y accueillir l’enfant d’un autre ».

Plus loin, un groupe fait tache au milieu de la foule majoritairement composée de familles blanches, de jeunes enfants, de parents et de personnes agées. Plusieurs jeunes femmes voilées et jeunes hommes dont certains portent la djellaba sur leur jean se sont réunis derrière une banderole « Mariageophile et pas homophobes ». Mais alors que ces jeunes de la mosquée de Villeneuve-D’Ascq en banlieue lilloise commence à m’expliquer en quoi le mariage homosexuel est opposé aux mœurs musulmanes, un responsable m’écarte sans ménagement, soucieux de contrôler la parole des fidèles.

Même ambiance 500 mètres plus loin chez les catholiques intégristes de l’Institut Civitas. Cette alliance d’ultra religieux, de mouvements d’extrême droite traditionaliste, avait choisi une petite place où la Chevauchée des Walkyries de Wagner retentissait à un volume improbable, donnant un caractère pour le moins solennel au rassemblement. Ayant décidé de ne pas se mêler à la manif pour tous, les fervents chrétiens prirent leur mal en patience et entamèrent une prière de rue pour la sauvegarde de la famille.

L’exécutif a reconnu le caractère « consistant » de la manifestation. « Elle exprime une sensibilité qui doit être respectée » mais « elle ne modifie pas pour autant la volonté du gouvernement d’avoir un débat au Parlement pour permettre le vote de la loi ».

Rémi Hattinguais