Sur le fil

Oman la plurielle

BondyMonde Dimanche 20 janvier 2013

Par Chahira Bakhtaoui

Oman, ce pays dont on entend si peu parler, pays de Sinbad le marin selon la légende. Je n’aurais pas imaginé voir autant de merveilles et rencontrer autant de gentillesse et de générosité ! Mon premier jour n’a pas été des meilleurs. Cependant les suivants ont été de mieux en mieux au fil des différents paysages et des rencontres. Oman est un petit pays frontalier des Emirats-Arabes-Unis, connu pour son Dubaï illuminé. Il y a, à peu près, 2 millions d’Omanais et autant d’immigrés. La plupart viennent d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh et des Philippines, et le reste sont des expatriés venus de pays occidentaux. Je fais son tour en passant par la capital Mascate, puis Khasab qui se trouve à l’Ouest dans la péninsule de Musandam, pour descendre ensuite dans le sud à Salalah et remonter à Mascate. Un pays moderne et riche en pétrole et en nature, que je parcours en solitaire mais quasiment jamais seule.

Comme je l’ai raconté précédemment, ma première rencontre avec un couchsurfer omanais a été décevante. Ma journée fut alors gâchée par une erreur de réservation et un couchsurfer pas très honnête. Au lendemain de cette première aventure je rencontre Muzzafar, mon deuxième couchsurfer, et Zubayr, son cousin. Ils sont Indiens du Cachemire. Nous sommes vendredi et c’est jour de prière. Ils m’emmènent avec eux puis me font le tour de la ville. Nous faisons une petite balade en  bateau et nous nous promenons sur la plage. Au soir Muzzafar me montre leur appartement et c’est convenu que je vienne m’installer chez eux le lendemain.

C’est ainsi que je passe huit jours à Ruwi, une ville périphérique de Mascate. De là est mon point de départ de tous les endroits à visiter à Mascate : la grande mosquée Sultan Al Qaboos, Alam Palace (palais du Sultan), le musée Bait Adam, le musée d’histoire naturelle, la plage de Qurum, le parc de Qurum, le quartier de Mutrah, sa corniche et son souk…Le week-end suivant, mes hôtes et leur ami Naidu m’emmènent dans la ville de Sur où se trouve un petit Fort, et sur le chemin je découvre le Wadi Shab, une plage de galets. Puis ils m’emmènent à Barka connu pour ses fermes d’autruche. Sans oublier les différentes spécialités culinaires que je découvre dans les différents restaurants de la ville : indienne, chinoise, iranienne, turque et tout de même omanaise. Ici on trouve de tout car la population est très mixte. La générosité de mes hôtes m’étonne, ils m’invitent tous les soirs au restaurant sans rien me laisser payer. Je cuisine tout de même deux fois des spécialités marocaines qu’ils apprécient fortement.

Sur les huit jours où je suis hébergée dans la banlieue de Mascate, je consacre deux journées à Nizwa qui se trouve à 170 km de Mascate, soit une heure trente de trajet. Il m’arrive une chose incroyable : alors que je cherche un taxi, un Omanais s’arrête pour me proposer de me déposer à la station de taxi. Au final il décide carrément de me déposer à Nizwa sans rien me demander en retour. C’est une des générosités que je découvre de la part des Omanais, toujours prêts à rendre service. En même temps le carburant ici n’est pas cher et on fait son plein pour 8 euros !

A Nizwa, je rencontre Ayesha, 23 ans, que je connais via le site couchsurfing, sa sœur Khatija, 30 ans, et leur mère Fatimah. Elles viennent aussi d’Inde. Ayesha et Fatimah sont enseignantes à Nizwa, quant à Khatija, elle est étudiante en histoire en Inde et est venue en visite chez sa famille. Il faut savoir que le Sultan Al Qaboos investit beaucoup dans l’éducation pour que ses compatriotes prennent en main le pays.

Ayesha et Khatija me font visiter leur ville, notamment le magnifique fort de Nizwa et son souk. Mais aussi les villes alentours : Bahla où se trouve un fort inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, Misfah, petit village haut perché et les ruines de Tanuf. Après mon escapade à Nizwa, le lendemain je prends un vol pour Khasab. Là, nous nous rejoignons avec un groupe d’amis qui est venu en vacances à Dubaï. Khasab est la capitale de la région de Musandam. Il y a un tout petit aéroport avec un tout petit avion qui transporte une quarantaine de personnes. La ville n’est pas très grande mais comporte tout de même un vaste centre commercial qui semble disproportionné par rapport à la taille de la ville : le Lulu Market. Il a aussi son petit fort et sa mosquée Sultan Al Qaboos.

A vrai dire, dans toutes les villes du Sultanat la plus grande mosquée de la ville s’appelle Al Sultan Al Qaboos. La curisosité que l’on vient chercher à Musandam, ce sont ses fjords. Des croisières sont alors proposées durant lesquelles on peut parfois apercevoir des dauphins. J’ai la chance d’en apercevoir quelques-uns mais de loin. Durant ma croisière je croise des Français venus aussi de Dubaï pour les vacances : un couple, Pierre et Paulina qui sont géologues. Pierre travaille à Londres et Paulina à Doha, au Qatar. Il y a aussi Félix qui vient des Pays-Bas. Je garde contact avec eux pour la suite de mes aventures.

Le jour d’après, alors que je quitte mes amis, je rejoins ma nouvelle troupe. Nous partons à la montagne. Le seul problème est que nous n’avons pas de 4×4, il n’en restait plus à louer. La route est caillouteuse et très raide, et ça ne rate pas : la voiture cale et une odeur de brûlé commence à se dégager des pneus. Nous finissons par abandonner notre véhicule pour continuer à pieds. La route est longue jusqu’au sommet et la chaleur est tenace. Pierre est loin devant, et Paulina et moi apprécions notre randonnée improvisée, ce qui n’est pas le cas de Félix qui donne des coups sur toutes les pierres sur son chemin. Il avait tant rêvé de sa virée en 4×4 à la montagne ! Son rêve finit par se réaliser quand il arrête un 4×4 militaire qui finit par nous prendre et nous déposer sur le sommet, là où se trouve sa base militaire. La vue est magnifique, les montagnes sont impressionnantes. Après avoir pique-niquer avec sardines, pain et fromage, nous amorçons notre descente. Par chance nous rencontrons de nouveau un 4×4 qui nous dépose à notre véhicule.

Nous sommes le 31 décembre et pour la suite de notre programme, nous passons le réveillon en campant. Nous choisissons un vaste terrain où sont plantés des Acacias. Nous y trouvons un point d’eau près duquel nous établirons notre campement. Quelques courses dans notre supermarché Lulu, de quoi faire un barbecue et composer apéritifs divers et ce soir sera notre festin ! A la nuit tombée nous trouvons difficilement l’endroit que nous avons choisi mais nous finissons par le trouver enfin. Nos tentes plantées, nous allumons notre feu de joie, et préparons notre barbecue. Au menu : brochette de poulet, riz biryani poulet, steak et légumes divers avec en entrée une petite salade. Le ventre plein et reposé par une tisane à la menthe, il est l’heure : 5-4-3-2-1… Bonne année 2013 ! Je crois que parmi tous mes réveillons, c’est le plus mémorable.

Le lendemain, nous levons le campement. Mes compagnons de route s’en vont pour Dubaï et me voilà seule pour la journée. Je profite de ce moment de solitude à méditer devant le port bordé de bateaux. Et pour mon dernier soir avant de quitter cet endroit idyllique, je le passe à contempler la mer et le soleil se coucher. Voici déjà treize jours que je suis là, mais mon voyage n’est pas terminé. Demain je prends un autre vol, qui, dans le sud va m’emmener…

A suivre.

Chahira Bakhtaoui

Les réactions des internautes

  1. Dimanche 20 janvier 2013 21:54 Aromidal

    Bonjour. Très sympa ce ptit récit, vivement la suite.
  2. Dimanche 20 janvier 2013 19:23 hop HOPE

    Narration sympathique , pleine d'anecdotes ,de noms de lieux . .Moi, je suis très attentive et perméable à l'allure des passants ;leurs vêtements, ... les magasins, leur apparence , leur achalandage, les musées que présente-t-ils , les monuments ;quelles particularités etc.. Dans mon métier il était dit que l'on rencontre autrui et son environnement avec ses sens ; ouie , odorat , vue, le toucher (ressentir la chaleur , le froid ,la poussière , le vent etc.. ..) Pour partager une narration de voyage je suis friande de toutes ces choses Bonne soirée
  3. Dimanche 20 janvier 2013 18:58 ...

    L'article a beaucoup changé depuis sa parution.
  4. Dimanche 20 janvier 2013 12:01 blanche colombe

    chère Chahira , je voudrais faire une autre lecture de votre voyage :ce que je constate ,c'est que vous n'êtes jamais seule ,il y a toujours des "locaux " pour vous accompagner où vous désirez aller cela me fait penser à ce qui se passait en URSS au temps du communisme ,les touristes n'étaient jamais seuls ,ils visitaient le pays mais il y avait toujours quelque membre de la police secrète pas très loin , un petit exemple vous tombez en panne ....et puis un 4x4 militaire vient à votre secours comme si ... et le taxi si prévenant qui vous conduit de lui même à l'endroit ou vous souhaitiez aller ... enfin ,vous avez vu de belles choses ,c'est déjà cela mais il ne faut pas être naïf sur l'accueil ...
    • Dimanche 20 janvier 2013 19:44 hop HOPE

      BLANCHE COLOMBE Je ne sais si c'est le cas ici , mais en Algérie il y a .. .beaucoups d'hommes s'arrêtaient pour me demander si ils pouvaient m'aider Défiante ,par principe, je n'ai accepté de monter que dans les voitures ou il y avait déjà des femmes ou avec le chauffeur seul lorsque j'étais accompagnée par une adulte Je n'avais pas en France l'habitude à ces "prévenances" permanentes ,d'ou ma défiance Je ne saurais jamais quelles étaient les propositions "saines " et les autres Je crois surtout que beaucoups étaient estomaqués de voir une ou deux femmes se déplaçant seules entre deux villes ou dans des lieux balnéaires à pieds ( sans être accompagnées systématiquement par un homme de quelque âge qu'il soit ) c'est une culture qui pour moi est "pesante" voire "aliénante" Ce qui n'empêche pas la sincérité de certaines personnes (mais que je ne sais pas décoder en permanence ) Bonne soirée
      • Dimanche 20 janvier 2013 21:13 blanche colombe

        hop Hope je suis sceptique sur le taxi et ma fille m'aurait raconté un truc pareil ,je n'y aurais pas cru une seule seconde voilà !
    • Dimanche 20 janvier 2013 15:02 Olivier

      Bonjour, Il me semble un peu excessif d'assimiler Oman et l'URSS. Je ne pense pas que ce recit ou l'approche de Chahira soient naif. Les recits d'hospitalite omanaise abondent. Point Olivier
      • Dimanche 20 janvier 2013 18:39 commandant minos

        les 4x4 militaires ont l'air particulièrement hospitaliers :-)
  5. Dimanche 20 janvier 2013 09:36 jean

    sympa le voyage !