Sur le fil

Oman la magnifique

BondyMonde Mardi 22 janvier 2013

Par Chahira Bakhtaoui

Après avoir parcouru le nord et l’ouest d’Oman, je pars pour ma dernière destination : le sud dans la ville de Salalah dans la région du Dhofar. Salalah se trouve à 1 000 km de Mascate, bordée de plages, de cocotiers et de montagnes. Pour y aller le meilleur moyen pour moi est l’avion. De retour de Khasab, je suis obligée de repasser par Mascate pour reprendre un autre vol.

Mon vol est retardé d’une heure, j’appelle donc mon contact sur place. C’est un autre couchsurfer, Amer, comptable Omanais d’une trentaine d’années. Il m’assure qu’il va me trouver un appartement car il ne peut pas m’héberger. Il m’assure aussi qu’il paiera deux jours de loyer. Je suis agréablement surprise de tant de générosité ! Effectivement à mon arrivée à l’aéroport en fin de journée, Amer m’attend. Il me conduit dans un grand appartement au centre-ville dont il a réglé deux nuits. Je reste quatre nuits et cinq jours à Salalah. Une fois installée, nous partons dîner puis Amer m’emmène au souk. Salalah est connu pour son encens, dont le plus populaire est le « hujari », un encens de couleur blanche et le plus cher. J’y reste un peu pour faire quelques emplettes. Amer n’est pas très disponible et m’explique qu’il a l’habitude d’aider les voyageurs. Le lendemain, je rencontre un autre couchsurfeur, Touqeer, qui d’ailleurs connaît Amer. Ils ont eu l’habitude de se parler au téléphone mais ils ne se sont jamais rencontrés.

Amer vient donc avec nous pour ma deuxième journée à Salalah. Touqeer est accompagné de son ami Omar qui est au volant. Nous allons visiter la tombe du prophète Ayoub en arabe, celle de Job en Français. On dit qu’il a été enterré à Salalah, mais d’autres pays prétendent la même chose dans le leur. Alors légende ou vérité ? Les gens veulent y croire en tous les cas. La tombe mesure un peu plus de deux mètres et est couverte d’un drap vert. Sur les murs de ce modeste ensemble sont accrochés des tableaux où est représenté par un arbre la généalogie des prophètes, d’Adam à Mohamed.

Nous ne restons pas très longtemps dans cet endroit. Après le déjeuner, Amer nous quitte et nous partons pour la plage de Mughsayl connue pour ses geysers. Des trous formés au sol éjectent l’eau provenant de la mer, par un effet de pression. Une véritable attraction qui attire du monde autour. En hiver, les jets sont très fins et sont peu perceptibles. Mais d’après ce qu’on m’a dit, on les voit mieux durant la période de la mousson, de juin à août. Nous restons une demie-heure et Touqeer doit partir, son employeur vient de l’appeler pour une urgence, car il est ingénieur électrique. Malgré le week-end, qui ici est le jeudi et le vendredi, Touqeer peut être amené à travailler en cas d’urgence. Demain, vendredi, je me retrouve seule car personne n’est disponible. J’envoie donc un message à plusieurs couchsurfers, en espérant qu’il y en ait un de disponible.

Je reçois un appel d’une personne parmi eux, Arfan, le soir même. Nous nous rencontrons le lendemain matin. Arfan n’est pas très bavard car il ne parle très bien anglais. Il est d’origine pakistanaise. Il faut savoir qu’à Oman ,il y a des sociétés où il n’y a quasiment que des immigrés d’origine indienne ou pakistanaise. Ils parlent alors rarement anglais, deuxième langue officielle du pays après l’arabe. En ce qui le concerne, il est bijoutier dans le souk de l’or de Salalah. Il comprend l’arabe et le parle aussi. J’arrive tout de même à engager la discussion avec lui. Pendant toute la journée, patient, il m’emmène à tous les endroits que je souhaite : la citadelle de Sumhuram, Khor Rori, Taqah, Mirbat et le musée de la terre de l’encens. Tous ces endroits sont des vestiges de cités passées, témoin d’un commerce fluvial entre les différentes contrées, notamment l’Inde ou d’autres pays d’Asie. On appelle ces côtes « la route de l’encens » car on vendait cette précieuse marchandise en échange d’autres produits. De nombreuses marchandises affluaient d’Asie à partir du Ier et IIe siècle de note ère.

De ces cités jadis rayonnantes, il ne reste que des ruines qui nous laissent difficilement imaginer ce que pouvaient renfermer ces murs. J’essaie pourtant d’imaginer. Cela devait sûrement être très animé. Ma visite se termine par le musée de la terre de l’encens où divers objets et vaisselles en bronze sont entreposés. On y trouve aussi d’anciens manuscrits du Coran. Au fond de la salle, plusieurs photos avant-après des différentes grandes villes d’Oman sont accrochées. On peut y constater une grande modernisation des infrastructures ainsi qu’un agrandissement considérable des villes.

Ceci est dû à une promesse du Sultan Al Qaboos, suite à la succession de son père, quand il accède au pouvoir en juillet 1970. Il promet de moderniser le pays et de le mener à la prospérité ainsi que l’entente entre ses voisins frontaliers. Il accuse ,par ailleurs, son père d’avoir mené le pays à sa perte, dans une lettre qu’il adresse à son peuple. Je pense qu’il a réussi son pari, d’ailleurs les gens que j’ai croisés sur ma route ne m’ont dit que du bien à son sujet.

Nous quittons le musée sans aller sur les ruines d’Al Baleed, une autre cité portuaire marchande qui fut découverte par le voyageur tangérois Ibn Battuta en 1331. En rentrant à mon appartement, un autre couchsurfer, Kevin, avec qui je suis en contact depuis un mois, me contacte. Il est disponible et peut m’héberger le lendemain. Le lendemain, je déménage et pars faire une grande virée en montagne avec Kevin. A certains endroits, le paysage est proche de celui de l’Afrique, notamment au niveau des arbres qui ont la « tête plate ». De nombreux lagons couleur émeraude émerveillent aussi nos yeux. Le lendemain, dimanche, mon dernier jour à Salalah, je vais sur les ruines d’Al Baleed. Je ne vois que des pierres amassées et quelques piliers ci-et-là dont on ne pourrait imaginer ce que c’était, sans les panneaux indicatifs. Il s’agit notamment de plusieurs mosquées installées près des demeures ainsi qu’un immense palais dont il ne reste qu’un immense amas de pierres. C’est ma dernière journée à Salalah et je repars ce soir pour Mascate.

La boucle est bouclée, me revoici à mon point de départ : Mascate. C’est ma dernière semaine. Les trois premiers jours, je les passe au bord de la plage avec un couple de voyageurs roumains que j’ai rencontré à Nizwa. Et je fais aussi une croisière autour de Mascate où j’aperçois, de manière plus claire, des dauphins. C’est un moment de repos après deux semaines intenses de voyage. Pour mon quatrième jour, avant dernier jour avant mon départ, je pars pour le désert de Wadi Sand avec Ahmed, que j’ai aussi rencontré à Nizwa. Là, je passe la nuit dans une tente près d’un campement car le prix des bungalows est beaucoup trop cher (50 euros la nuit). Nous ne payons que le dîner et le petit-déjeuner. Ce qu’on vient rechercher ici, c’est surtout la tranquillité, la beauté des dunes aux couleurs ocres et rouges ainsi qu’une nuit étoilée. Et pour cela, je savoure mes derniers instants à contempler le coucher du soleil, assise sur les dunes de sable.

Au matin, je fais quelques emplettes auprès de bédouines vendant des bracelets faits main. Elles sont tout de noir vêtues et portent un masque sur le visage. C’est la tenue traditionnelle que porte les bédouines à Oman. De retour à Mascate, je passe ma dernière soirée en compagnie de toutes les personnes que j’ai rencontrées durant mon voyage. A ma table, huit formidables personnes qui ont fait de mon voyage un moment inoubliable. Ibn Battuta… c’est ainsi que l’on m’a surnommée à plusieurs reprises. Ce que je retiendrai de ce voyage, c’est la gentillesse et la générosité des personnes que j’ai croisées. Mais aussi la richesse naturelle dont ce pays regorge et qui gagne à être connu.

Mon avion décolle demain à 5 heures du matin, il est temps de dire au revoir à Oman et mes chers compagnons. Paris m’attend.

Chahira Bakhtaoui

Les réactions des internautes

  1. Mercredi 23 janvier 2013 17:03 Raoul

    La dernière fois que j'ai entendu parler de couchsurfing à Oman, on m'a surtout raconté que c'était film de boule dès le petit-déj. Je suis content qu'on vous ait bien reçu, le couchsurfing c'est vraiment sympa.
  2. Mercredi 23 janvier 2013 14:11 blanche colombe

    qu'en est il de l'excision par exemple dans ce pays ? c'est bien beau de nous dire que tout va bien ,que les paysages sont merveilleux et les gens accueillants et généreux quand on part avec la volonté de trouver tout admirable dans un pays arabe ,on est aveuglé par son propre point de vue comme les communistes français qui voyageaient en URSS et qui trouvaient que le régime était formidable je suis assez vieille pour me méfier .....
  3. Mercredi 23 janvier 2013 09:38 hop HOPE

    Narration qui donne beaucoups de détails Ce voyage donnera sûrement des idées à certains (es) afin de découvrir ces endroits Si j'ai bien lu , à chaque fois ce sont des "accompagnants " masculins qu'elle réussit à contacter donc .. dans ce Pays ..aussi.. les femmes ne peuvent être accompagnées que d'hommes . Je continue à penser que selon la culture et le "genre " de la personne qui vous accompagne vous ne percevez pas les mêmes choses La vision de certaines choses ,le temps qu'ils s'y arrêtent ,les connaissances qu'ils cherchent à approfondir , les explications données ,l'intérêt porté n'est pas identique que ce soit dans un musée , un souk ,etc .....c'est ainsi
    • Mercredi 23 janvier 2013 13:19 Chahira

      Bonjour Hop Hope, je tiens à éclaircir une chose : toutes les personnes qui m'accompagnaient étaient des personnes que j'ai rencontrés via le site couchsurfing. C'est un site où l'on rencontre des gens qui nous hébergent ou bien juste pour prendre un verre. On les appelle des "couchsurfers". Il s'avère que la majorité qui ont répondu à ma demande étaient des hommes. Pour moi ce ne sont pas des accompagnateurs mais des passionnés de voyages comme moi qui cherchent à découvrir la culture de l'autre. C'est tout un concept le couchsurfing. J'ai contacté aussi bien des hommes que des femmes. Celles que j'ai contactées n'étaient pas disponibles ou en voyage. Je n'ai pu par ailleurs n'en rencontré qu'une. Cela n'a donc aucun rapport avec tout les préjugés qu'on peut se faire des pays arabes. Je voyageais seule suite à un imprévu (mon amie ne pouvait plus venir) et je préférais que ce soit des personnes vivant dans le pays qui me fasse l'explorer plutôt qu'un taxi. J'ai parfois été seule sans "être accompagnée" et cela n'était pas du tout un problème. J'ai d'ailleurs visité tous les musées de la capitale seule. Les femmes travaillent, sortent seules, voyent seule sans aucun problèmes. Vous avez donc certainement interprété mes propos en faisant des raccourcis avec votre regard. Je vous invite donc à visiter ce magnifique pays pour voir peut-être les choses d'un autre regard...
      • Jeudi 24 janvier 2013 09:45 hop HOPE

        BONJOUR CHAHIRA Merci de votre réponse Je n'avais pas compris que c'est vous qui aviez dû selectionner des hommes ayant la même passion que vous faute d'autres possibilités Sachez que je suis heureuse que les femmes de ce ou ces Pays soient libres de circuler seules à présent dans tous les actes de leur vie IL y a .. lorsque je circulais seule ou avec une jeune diplômée ,à pied , ou en transports en commun en Algérie Bien des femmes jeunes dans les familles ou je résidais me regardaient avec envie voire de la jalousie dans les yeux en apprenant les "libertés " dont je jouissais Les plus âgées me regardaient stupéfaites et ne comprenaient pas ma façon d'être de ne pas me plier aux usages respectés par elles depuis toujours Car pour moi cela ne vient pas du fait de la religion musulmane mais de coutumes qui perduraient ; exigées par certains hommes et les femmes les plus âgées dans ce Pays Vraiment , la libre circulation est une chose tellement banale pour moi et que l'on en prive les femmes m'a consternée Si cela est révolu ...OUF.... elles sont plus instruites que les .. qui leur interdisaient de sortir de chez elles seules Cela aussi me ..... Encore merci à vous pour ces précisions Amicalement et continuez s'il vous plait à écrire des textes qui permettent d'apprendre des choses sur le monde qui nous entoure Bonne journée
    • Mercredi 23 janvier 2013 11:50 blanche colombe

      hop Hope vous mettez le doigt sur quelque chose qui fait mal à nos yeux de femmes occidentales :les hommes sont à la première place je suis d'ailleurs étonnée du ton de cette narration:,c'est une narration bâtarde ,si je peux me permettre ,il fallait rester à une écriture blanche tout le long du sujet c'est à dire :une simple description même dans les rapports humains :(épisode du taxi )et ne pas remercier dans le texte ,la générosité des habitants parce que si elle le fait à ce moment du récit ,on s'attend à ce qu'elle exprime des sentiments de compassion envers cette bédouine quelques paragraphes plus tard ... je crois que mélanger description d'un voyage et des rapports humains dans un même récit est difficile parce qu'autant la description du voyage est objective autant celle des rapports humains est subjective chère Chahira continuez ,dans ce domaine ,c'est un bon début même s'il y a des petites choses à revoir
  4. Mercredi 23 janvier 2013 01:34 ...

    Tiens, pourquoi avoir viré ce sujet pour "Oman la plurielle", l'autre jour? Une montée en puissance peut-être...