Sur le fil

Deux "Espagnes", une loi maritale

BondyMonde, C'est chaud Jeudi 31 janvier 2013

Par Beatriz Alonso

Depuis le 30 juin 2005, plus de 20 000 mariages homosexuels ont été célébrés et 160 adoptions par des couples homoparentaux effectués en Espagne. L’approbation d’une loi a modifié le Code civil pour permettre le mariage égalitaire. Le chemin de bataille a débuté symboliquement suite à l’initiative de trois couples homosexuels de Madrid et deux de Valence, qui ont déposé des dossiers de demande de mariage au service de l’état civil en octobre 2003. Parmi eux, le président de la Fédération d’État des Lesbiennes, Gays, Transexuels et Bisexuels (FELGTB) de 2007 à 2012, Antonio Poveda. « Cette action a eu une forte répercussion médiatique et a ouvert le débat, déjà abordé suite à la création de délégations dédiées aux Lesbiennes, Gays, Transsexuels et Bisexuels au sein des partis politiques, pour intégrer nos revendications aux programmes électoraux », affirme-t-il.

Six mois plus tard, le nouveau président du gouvernement, José Luis Rodríguez Zapatero, révélait lors de son discours d’investiture son but de « mettre fin, une fois pour toutes, à l’intolérable discrimination dont sont victimes de nombreux Espagnols à cause de leur orientation sexuelle. Je vais le dire clairement : les homosexuels et les transsexuels méritent la même considération publique que les hétérosexuels et ont le droit de vivre librement la vie qu’ils ont choisie. En conséquence, nous modifierons le Code civil afin de leur reconnaître, en vue de l’égalité, le droit au mariage, qui a des implications sur l’héritage, le droit du travail et les garanties à la sécurité sociale ».

En juin 2005, le Congrès approuvait le projet de loi et exhortait le pouvoir exécutif à modifier le Code civil, ainsi qu’à abandonner l’appel du gouvernement précédent (PP) contre la loi pionnière du Pays Basque, qui permettait et reconnaissait le concubinage homosexuel. La réaction de l’Église, dans un pays aussi pratiquant que l’Espagne, ne s’est pas faite attendre. La conférence épiscopale a qualifié de « mauvaise et injuste » la proposition du gouvernement, tandis que le PP accusait le président Zapatero de gouverner pour les minorités et demandait à ce que les couples homosexuels soient officialisés comme des unions civiles sans droit à l’adoption, et non pas comme des mariages. Même si la hiérarchie catholique avait déjà plaidé pour l’interdiction du concubinage gay, elle est à ce moment revenue sur sa décision pensant que cela suffirait à stopper les revendications liées au mariage. « C’est l’opportunité que l’on a saisie pour s’engouffrer dans la brèche : obtenir que la loi reconnaisse l’égalité des droits de toutes et tous, y compris en terme de mariage», signale Antonio Poveda. « À ce moment-là, on a eu pas mal de soutien de la part des médias, et même de certains d’entre-eux, conservateurs, ainsi que des secteurs catholiques comme Somos iglesia (Nous sommes l’église) ou Redes cristianas (Réseaux chrétiens) ».

La loi a finalement été approuvée par le Congrès, le 21 avril 2005, par 183 voix contre 136, dont le rejet du PP et de l’Union Démocratique de Catalogne. L’Espagne devenait ainsi le troisième pays du monde à l’adopter. Le 11 juillet qui suivit la modification du Code civil, le premier mariage homosexuel a été célébré. Selon un sondage réalisé par Gallup un an auparavant, 62,2% des personnes interrogées étaient d’accord avec l’union légale entre homosexuels, tandis que 54,1% pensaient que ces couples devaient pouvoir adopter aux mêmes termes que les couples hétérosexuels. Une autre enquête, publiée en novembre 2007, révélait que l’Espagne était un « bon endroit » pour les gays, selon 79% des personnes interrogées. Malgré tout, de nombreuses manifestations contre le mariage homosexuel ont eu lieu. La plus importante eut lieu le 18 juin 2005 à Madrid, lorsque le Forum de la Familia (association pour la défense des valeurs familiales) a réussi à convoquer un million et demi de défenseurs de la famille traditionnelle (166 000 personnes selon la police). La protestation a réuni plusieurs évêques et politiciens du PP – Mariano Rajoy n’y a pas assisté – autour de la devise : « Parce que oui, ma famille compte. Pour le droit d’avoir une mère et un père ». En revanche, la FELGTB scandait : « Toutes les familles comptent », parce que « la famille du XXIe siècle est plurielle, tous les modèles y ont leur place, y compris le modèle traditionnel », explique Antonio Poveda. La famille, étant la pierre angulaire de ce débat. Interrogée sur sa vision de l’institution familiale,  la mère supérieure de l’Ordre des Carmélites, Rosa Calvo, répond que « c’est la cellule souche de la société, le début de l’histoire, l’union entre une femme et un homme qui se complètent génétiquement à partir de l’amour et du respect dans la vie en commun ».

Depuis la cité du Vatican, alors que le Pape Benoît XVI était encore cardinal, il a ajouté quelques mots au débat, dans une interview parue dans le journal italien La Repubblica, le 19 novembre 2004 : « L’homosexualité est une question qui concerne l’amour entre deux personnes, pas seulement leur sexualité. Que peut faire l’Eglise pour comprendre ce phénomène ? » interrogeait alors le journaliste Marco Politi au cardinal, qui répondit : « Je dirais deux choses : tout d’abord, nous avons un grand respect pour ces gens qui souffrent et qui veulent vivre justement. Cependant, créer aujourd’hui une forme juridique pour autoriser le mariage homosexuel ne leur viendrait pas vraiment en aide. » Dans ce même article, le journaliste Marco Politi demande au cardinal s’il juge négatif le choix fait par l’Espagne. « Oui, parce qu’il est destructeur pour la famille et la société. La loi crée la morale, ou une sorte de morale, et généralement les gens pensent que ce que dit la loi est moralement licite. Et si nous jugeons cette union plus ou moins équivalente au mariage, alors nous aurions une société qui ne reconnaît plus la famille spécifique ou sa nature fondamentale (…) Par conséquent, le choix fait en Espagne ne fournit pas un avantage réel pour ces personnes, car il détruit des éléments clés d’un ordre juridique ».

Bien que le PP ait déposé un appel devant le Tribunal constitutionnel, le 6 novembre 2012, les quelques 20 000 couples homosexuels mariés ont vu leur union légitimée par le verdict qui affirmait que le mariage entre les personnes du même sexe était en accord avec la Constitution (8 votes pour et 3 contre). Le jour où la décision a été rendue publique, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour fêter la nouvelle. La présidente de la FELGT depuis 2012, Boti G. Rodrigo, a résumé le sentiment des manifestants en disant : « Douter du droit au mariage égalitaire ne signifie pas seulement de prendre très peu de considération à la Constitution espagnole. Cela signifie de ne pas avoir de frontières claires entre les institutions laïques et religieuses (…) Aujourd’hui, la décision du Tribunal constitutionnel signifie un nouveau renfort à notre Constitution et à notre démocratie. Cela nous fait croire encore que la lutte des citoyens et des citoyennes pour faire valoir leurs droits, les droits de tous et de toutes, a du sens ». Par ailleurs, ce même jour, le président du gouvernement, Mariano Rajoy, a déclaré dans une interview à la radio Cope, qu’il n’était pas « contre les unions entre personnes du même sexe, mais qu’il ne faudrait pas les appeler «mariages». Toutefois, le gouvernement confirmait sa décision de ne pas essayer de modifier la loi après l’annonce de la réforme. Selon Alfonso Alonso, le porte-parole du PP au Congrès, la décision du Tribunal constitutionnel considère ce débat terminé. En effet, la plupart des membres du PP pensent que la société civile a eu raison du débat.

Désormais, la controverse est arrivée en France. Boti G. Rodrigo a eu des mots de soutien pour les Français : « La joie que cette avancée, en matière d’égalité, apporte à tous les citoyens vaut la peine de lutter. La FELGTB demande au gouvernement français de ne pas se laisser décourager par le fondamentalisme religieux et l’intolérance ».

Beatriz Alonso

Les réactions des internautes

  1. Mercredi 6 février 2013 14:53 orsomani

    Pourquoi donc de nombreux hétèros vont au PACS et les homos vont ils au mariage ?Bizarre Confession d'une Lesbienne "Nous allions dans des sex shops faire notre marché. Je me regardais progressivement partir à la dérive, avec une sorte de cynisme autodestructeur. J’ai voulu, à un moment, faire le garçon moi aussi. Peut-être étais-je en fait un garçon ? Je m’habillais en homme. Je mettais des costumes, des jaquettes, des cravates. Je voulais ressembler à un garçon. Mais ce jeu ne dura pas très longtemps. Car dans le couple, c’était elle, l’homme. Elle s’habillait comme un homme. Elle ressemblait à un homme. Elle se conduisait comme un homme. Cependant, ce que je voyais lorsqu’elle enlevait ses vêtements, c’était une femme. Elle avait beau aplatir ses seins dans des costumes bien serrés, pour qu’on croie qu’elle n’en avait pas, pour « faire comme un homme », la vérité de sa nature de femme éclatait de façon crue lorsqu’elle se mettait nue. Et je voyais alors une femme vieillie, fatiguée, marquée par l’alcool, qui luttait contre la couperose et le surpoids. Comment avais-je pu me laisser berner par une telle supercherie ? Sexuellement, elle était frustrée de ne pas avoir de pénis pour me faire jouir. Alors, elle achetait des sex toys, elle s’arnachait de godemichés en latex et me pénétrait avec. Je ne ressentais rien qu’une sensation de froid, un bout de plastique dur me pénétrant et me pénétrant encore. Je la regardais faire, sans rien dire, les yeux secs. Tout ceci ne pouvait se terminer que par la fuite ou le suicide. Un long cri silencieux lancé dans le néant de cette chambre calfeutrée. J’essayais de colmater mes vides affectifs par un ersatz trompeur et mort à toute vie. » Une errance sans but. »Dans l’homosexualité, on tourne sur soi, on se contemple, on se rassasie de soi-même, à l’infini. Manque dans ces relations narcissiques toute l’ouverture à la différence, à l’autre, mais aussi et surtout à la vie. Ces amours-là sont inféconds. Un godemiché ne concevra jamais un enfant. Un doigt ne remplacera jamais un pénis. Ce pénis que les lesbiennes rêveraient toutes d’avoir (le paradoxe est qu’elles l’ont en horreur pour elles-mêmes mais qu’elles cherchent par tous les moyens à le reproduire pour leur compagne). L’homosexualité est basée sur une blessure profonde de la relation avec le sexe opposé. Et l’on ne pourrait pas ne pas le dire ? Au nom de quel prêt-à-penser, au nom de quel diktat ? Non, jamais l’homosexualité ne pourra ressembler à la relation d’un homme et d’une femme qui s’aiment. Jamais on ne jouit autant que dans cette harmonie du désir, du cœur et du corps, dans cet accord plein et entier avec le projet intrinsèque de la sexualité ; je veux parler de la vie, de l’ouverture à la vie. Sans cela, la sexualité est une mascarade. J’ose le dire. Et j’en prends tous les risques. Vais-atterrir au fond d’une prison ? Détourner l’usage de la sexualité ne peut qu’être source d’une immense douleur, d’un non-sens. Deux hommes qui éjaculent dans des draps blessent quelque chose de précieux en eux. Un ami homosexuel me disait : « Mettre mon pénis dans le cul d’un homme et le ressortir couvert de merde, je ne crois pas que ce soit ce à quoi Dieu m’appelle ». Est-ce cela la finalité de la sexualité, sa beauté, sa fonction ? Non. En se blessant ainsi, ils se trompent eux-mêmes et trompent ceux à qui ils font des promesses. Finalement ce ne fut pas le suicide qui me permit de mettre un terme à cet engrenage. Mais un homme, et au fond de soi, un sens inné de la vérité. Fuir pour revenir à la lumière, fuir pour retrouver ma dignité de femme, fuir pour arrêter les blessures que je m’infligeais à moi-même. Mais l’homosexualité a bien failli me tuer
  2. Jeudi 31 janvier 2013 14:00 Pierre

    Je me contrefiche assez du mariage "gay". Si après tout ça peut leur faire plaisir, aux homosexuel(le)s d'entrer dans cette prison triste à l'image des hétéros pas gais du tout (suffit de les regarder dans la rue, touset toutes à faire la gueule ...libre à eux et elles.Une petite proportion d'entre ces couples, tout comme les couples hétéros, réussiront le tour de force d'élever des enfants dans le bonheur et d'en faire des gens heureux ... les autres enfants, tout comme ceux des hétéros, deviendront de bons français bien tristes et plats, homos ou hétéros, peu importe. Moi, ce qui m'exaspère au plus haut point, c'est qu'on oublie dans tout ce bazar que des centaines de milliers d'enfants, en France, tous les jours, son mal nourris, mal habillés, mal soignés et mal éduqués pour cause de misère chronique et en conséquence directe de l'hypocrisie généralisée qui consiste à ne pas les "voir", à ignorer tout d'eux, leur existence, leur souffrance, leurs peines et celles de leurs parents hétéros pour la plupart on suppose, et tout aussi "pas gais", pas heureux que leur progéniture. Ca oui, ça m'énerve vraiment.
    • Jeudi 31 janvier 2013 17:38 sans soucis

      Dur ,dur pour les homos en mal d'enfants Treize jeunes femmes vietnamiennes regroupées dans une maison de Bangkok et semble-t-il contraintes par un gang taïwanais de porter des enfants destinés à l’adoption, ont été secourues le 23 février par la police thaïlandaise, rapporte le Bangkok Post. [...]
    • Jeudi 31 janvier 2013 14:28 sans soucis

      Dès 2001 déjà, le film « Le Placard » campait un hétérosexuel se faisant passer pour homosexuel afin d’échapper à un licenciement sur les conseils… d’un homosexuel qui avait été licencié à cause de cela vingt ans auparavant. Cela résume assez bien l’état des lieux. On risque davantage aujourd’hui d’être chassé de son emploi pour homophobie que pour homosexualité. Dans les grandes agglomérations, un communautarisme en matière d’emploi, de logement ou de loisirs peut procurer à certains homosexuels des opportunités que n’ont pas d’autres citoyens
  3. Jeudi 31 janvier 2013 10:33 hop HOPE

    En France ...il ..parait .. qu'il y a eu .. séparation de .. l'église et.. de l'Etat en .. 1905... donc .. depuis bientôt ...108..ans Et.. encore ....et toujours... "la référence" .. est la religion En Espagne je ne sais s'il en est de même Me vient à l'esprit ;certaines personnes âgées absolument seules ; veuf ou veuves sans enfants font des adoptions simples et permettent ainsi que leur "bien" soit transmis à des personnes qu'elles ont choisies et ainsi aident celles-ci quelque peu pour leur futur Si les homosexuels (es ) peuvent accéder à ceci aussi ce sera un bienfait pour sûrement un certain nombre de personnes qui auront une vie un peu moins morne à cause de problêmes de budjet Bonne journée
  4. Jeudi 31 janvier 2013 06:55 matthieu

    L' Espagne touche le fond cinq années après l'adoption du mariage homo,il en sera de même pour la France.
  5. Jeudi 31 janvier 2013 05:39 samson

    Il fut un temps où dans les rues de Paris et de province ,des jeunes gens au teint rosé habillés de longues robes de safran,faisant tinter clochettes ,importunaient les passants de leur foi nouvelle .Ils se disaient Laotseu ,Boudheux ou Chamameux.Et puis ,un jour ;ils disparurent .Un seul sauvegarda sa spiritualité exotique pour aller vivre comme une blatte sous un ciel breton . Le pavé de Paris est fertile en manifestations . D'autres zélés apparurent portant calotte ,triste tunique ,barbe peignée et savate plate. Du Coran ils enseignaient la loi implacable. Puis vint la joie ,l'effervescence ,la folie communicante de ceux qui ne croyaient ni à l'homme ni à la femme mais qui étaient du Genre .En tutus ,en ballerines,en perruques, en plumes et colifichets,Ils défilaient chaque année dans une Gay Pride de carnaval .Pluies de confettis et de pétales de rose. Boum-Boum des grosses caisses .Ces messagers d'un nouvel age réclamaient sagement le droit au mariage . Que l'homme puisse s'unir à l'homme et la femme à la femme ,et la marche de l'humanité vers la lumière serait achevée
    • Jeudi 31 janvier 2013 10:14 hop HOPE

      SAMSON Merci de m'avoir mise en joie ce matin Avec ce climat qui fait qu'il ne fait à peine jour à midi rire un peu détend , merci à vous Bonne journée