Né quelque part, près des étoiles

C'EST CHAUD mercredi 22 mai 2013

Par Mehdi Meklat ET Badroudine Said Abdallah

Mehdi et Badrou y étaient, ils ont vu Mohamed Hamidi, smoking noir sur tapis rouge, sourire sur dents blanches, lui et ses acolytes. Rendez-vous le 19 juin pour la sortie nationale de Né quelque part et sinon ce mercredi soir au Grand Journal sur Canal+.

Des fois, c’est le hasard. Des fois, le destin. Des fois, on ne sait pas, un fou mélange des deux. Hier, t’as vu, le soleil n’était pas encore parti se faire foutre. Il brûlait toujours, là-haut, comme un prince. La croisette chauffait sa voix. C’était le grand chamboulement des voitures officielles. Il y avait, très loin, des klaxons et des fans affamés de stars. Cannes, c’est la ville des impossibles, où chacun court après quelqu’un, où les filles portent toutes des robes qui brillent et les hommes, des costumes, tous noirs.

Toi, hier, tu portais un costume, noir aussi. Et tu as mis un noeud papillon. Toi, comme Spielberg, comme Tarantino, Scorsese, Wong Kar Wai, les frères Coen, Coppola père et fille, Lars Von Trier, Abdellatif Kechiche, toi comme eux. Toi, comme eux, hier, tu as monté les marches. Monter les marches, c’est pas monter les marches de ton immeuble de la cité Blanqui, où t’as grandi, à Bondy. Monter les marches, ici, c’est un tapis rouge, des photographes qui cassent la voix, les lumières, Gilles Jacob, la beauté du geste. Toi, tu as fait ça, hier, pour ton film présenté en sélection officielle, Né quelque part.

On n’aurait pas cru, un jour, Mohamed, t’écrire sur le Bondy Blog. Le Bondy Blog, c’est beaucoup chez toi. Tu l’as repris à Serge Michel, en 2007. Avant, t’étais prof d’économie à Bobigny. Tu faisais de la musique aussi. De la guitare. Et tu chantais. Avant, t’as eu d’autres vies et tellement d’envies. Celle, un jour, il y a cinq ans, d’écrire un livre. Ce livre est devenu un film, Né quelque part. L’histoire d’un jeune français, Farid, qui doit partir en Algérie où il n’a jamais été, défendre la terre de son père, menacée par les autorités. Tu t’es inspiré de toi, de ton histoire, de ta vie. T’as galéré. T’as écrit, écrit, écrit. T’as jeté, jeté, jeté. T’as recommencé, encore et encore.

« Avant, avec mon frère, on allait au cinéma à Rosny 2, l’un de nous payait et l’autre ouvrait la porte du cinéma derrière : on fraudait ». Tu regardais Rocky 2 ou 3. Là, le 19 juin, quand ton film sortira, tu vas sûrement imaginer tous ces jeunes qui veulent voir ton film sans payer, qui vont essayer de frauder pour aller au cinéma. C’est sûr, tu rigoleras.

Hier, c’était autre chose. C’était Cannes, c’était rouge, c’était les photographes et les journalistes. Mais avant tout ça, c’était l’avant-première mondiale de ton film. Tu t’en souviendras, peut-être à jamais. Surtout quand dans la salle du Soixantième, Thierry Fremaux, directeur du Festival de Cannes, t’as appelé. Il a dit « et le réalisateur, Mohamed Hamidi ». Tu as descendu les marches de la salle. Autour de toi, il y avait tes acteurs : Tewfik Jellab, Jamel Debbouze, Fatsa Bouyahmed, Malik Bentalha. Tu as pris le micro. Tu as dit « on est très contents de vous présenter ce film. Surtout à vous, les lycéens ». C’était une « séance spéciale » avec les lycéens de Cannes. Ils avaient tous des portables pour vous prendre en photo.

Mohamed, après la lumière s’est éteinte, tu es sorti avec tous les autres, le film a commencé. Il n’y avait pas un bruit, même pas un bruit de sachet de bonbons. Tout le long, les larmes d’émotion chassaient les larmes de rire, et ainsi de suite. Après, quand vous êtes revenus, tout le monde vous a applaudi. Même, tout le monde s’est levé. Ils appellent ça une « ovation » au JT de TF1. Vous étiez tous très contents que le vrai public de Cannes, celui des lycées, ait aimé ce film, votre film.

Sur des visages, il y avait encore des larmes. Une fille a pris le micro, elle voulait « prendre une photo avec Jamel ». Une autre voulait savoir si « Malik était célibataire ». Thierry Frémaux a pris sa grosse voix, il ne rigolait pas trop, il a dit « bon, des vraies questions sur le film s’il vous plaît ». Un mec a dit « Je suis Faz de Los Angeles, je viens de Los Angeles, je suis expatrié à Los Angeles et je n’ai pas de questions parce que toutes les réponses sont dans votre film ».

Le soir, c’est la vie de Cannes. Tu as mangé avec tes acteurs, tes producteurs et des incrusteurs au patio Canal+. Il y avait même un feu d’artifice. C’était comme dans un conte. Tellement loin de tout, presque loin de la vie. Ce soir, Jamel au Grand Journal pour présenter ton film. Et puis, tout le reste. Des fois, c’est le hasard. Et des fois, c’est le destin.

Mehdi Meklat et Badroudine Abdallah

Les réactions des internautes

  1. samedi 25 mai 2013 10:56 hop HOPE

    Merci pour le récit de ce moment à Cannes ...Oui j'ai toujours été convaincue que la "réussite " quel qu'elle soit arrive dans la vie de ceux (celles) qui ont de la persévérance et qui passent outre les aléas du quotidien sans "dévier" pour quelque raison que ce soit ...Je suis contente pour cette personne et toutes les autres Qu'elles savourent pleinement ces moments Un moment d'osmose dans les sentiments cela réchauffe pour un bon moment Pleine réussite à TOUS et longue vie à ce film qui éclairera plus que de longs palabres ou discours divers sur les sentiments et le vécu d'un grand nombre de personnes Bonne journée
  2. vendredi 24 mai 2013 19:34 khadija

    Je connais la valeur et le sens profond de chaque dialogue parce que ce film c'est un pan de notre histoire. J'ai assisté au long et difficile parcours pour arriver à ce résultat . Mohamed a su garder le cap malgré les embûches et des moments difficiles. Ce succès il le mérite. Je lui en souhaite beaucoup d'autres .
  3. vendredi 24 mai 2013 18:19 Mohamed dit McMomo

    Waw très très beau texte ! bravo à vous Mehdi Meklat et Badroudine Abdallah !! Mardi j'étais moi même à la projection du film, même si je n'étais pas lycéen ! je me trouvé au coté de Zangro l'ami de Mohamed Hamidi, nous avons applaudi comme jamais ! je suis très content et très fière que ce film soit diffusé à Cannes et dans toute les autres salle de Ciné ! Première film très réussi, j'attend un deuxième film avec impatience, en tout cas j’espère qu'il sera récompensé par la camera d'or Incha Allah
  4. jeudi 23 mai 2013 17:22 laviec

    Quel magnifique parcours oh combien mérité! Félicitations. J'irais dés que possible voir ce film.....
  5. jeudi 23 mai 2013 01:23 Rabia Na!

    Le Destin ne cesse de nous rattraper....
    • jeudi 23 mai 2013 10:38 Diff

      On a ton IP, tu veux un procès pour diffamation?
      • jeudi 23 mai 2013 12:02 ...

        Allez essayé de faire un procès aux parents qui clament haut et fort sa culpabilité sac à mer.de. Quant aux menaces, allez-y.
  6. mercredi 22 mai 2013 18:02 fred

    cette histoire montre bien que le monde du cinéma n'est pas composé que de fils et de filles à papa. Bravo.