« C'est possible de réaliser ses rêves»

AMBIANCE lundi 15 juillet 2013

Par Sandrine Dionys @SDionys

Dans les locaux de la Fondation Gulbenkian le 3 mai dernier, dans le très chic 7e arrondissement de Paris, dix-huit lycéennes ont participé au projet Rêv’Elles, une expérience d’empowerment à destination de jeunes filles de 16 à 20 ans issues de huit quartiers populaires du 92 et du 93 et contactées via des associations telles que Zy’Va à Nanterre. Reportage.

C’est l’heure du bilan pour Yasmina, Hind, Marie et les quinze autres exploratrices de la première édition de Rêv’Elles. Elles sont invitées à prendre la parole à tour de rôle pour débriefer les quatre demi-journées d’ateliers pédagogiques et de rencontres avec des « role models ». L’empowerment est une notion d’autonomisation : pour Rêv’Elles, l’objectif était de donner à ces jeunes le pouvoir d’agir sur leur propre vie et plus particulièrement sur leur choix d’orientation.

Dans le cercle de discussion, les personnalités se dévoilent. Il y a celles qui portent la parole à voix haute et claire, celles qui se murent derrière une timidité qui les empêchent de s’exprimer comme elles le voudraient et celles qui craquent dans cette séance de coaching transformée en session collective de soutien moral. Trop de moments forts vécus en 48 heures pour laisser bloqués à l’intérieur des glandes lacrymales ces filets d’eau salée qui ont besoin de sortir et rouler sur leurs joues rougies par l’émotion.

CercleDiscussionlCercleDiscussionl« Merci » est le mot le plus prononcé. « Je n’ai pas encore trouvé ma voie mais je me fais plus confiance » intervient Yasmina. « Moi, j’ai appris que je pouvais me tromper… Que j’avais le droit à l’erreur… Depuis, je me sens encore mieux. Rêv’Elles, ça a changé ma vie » lance une seconde jeune fille. Une sentence qui démontre que ces ateliers n’ont pas fait que creuser un projet professionnel mais ont comblé un vide et ouvert d’autres perspectives. « J’ai appris à me découvrir et plus seulement ce que les autres aimaient pour moi » dit l’une. « Je suis féministe. On voit toujours les hommes aller plus haut et on sous-estime les femmes » affirme une autre, encore chamboulée par les témoignages des « role models », ces femmes issues des mêmes milieux culturels et sociaux et au parcours exemplaire telles Bouchra Aliouat (Secrétaire générale de la fondation KPMG), Samia Ama (Docteure en biologie), Koumaba Diallo (Responsable d’animation à la maison de retraite Hérold), Mariam Khattab, responsable du pôle recrutement de Mozaïk RH et Emira Zaag (Fondatrice et directrice de ZA Consulting).

Puis c’est au tour des organisateurs de dresser le bilan de ces deux journées. Natalia Chan, de l’association britannique Maslaha dont c’était le premier partenariat en France, intime aux jeunes filles de croire en elles quoi qu’il arrive : « Ne laissez jamais personne décider pour vous ! » conclut-elle. Athina Marmorat, la conceptrice et responsable du projet veut les laisser repartir avec l’idée que « c’est possible de réaliser ses rêves…»

Après les larmes, la séance photos-souvenirs pleine de rires et le goûter festif laissent le temps à chacune de discuter et d’échanger des coordonnées pour ne pas en rester là… Un autre Rêv’Elles verra-t-il le jour en 2014 ?Athina Marmorat l’espère. Très engagée sur les questions de diversité, lauréate de la fondation Ariane de Rothschild, elle a participé à la création du premier groupe mixte de réflexion sur les questions de dialogue interculturel et d’entrepreneuriat social à l’université de Columbia à New York. Là-bas, elle a rencontré Raheel Mohammed aujourd’hui en charge de Maslaha, qui développe notamment le programme « I can be she » pour lever les préjugés envers les femmes musulmanes en Grande-Bretagne. Alors quand Maslaha reçoit des fonds de la Fondation Gulbenkian pour créer un projet d’empowerment en France, il appelle logiquement Athina pour le mettre en place, elle qui travaille déjà pour le compte de fondations et d’associations engagées sur les questions d’éducation dans les quartiers populaires français.

« Quand Raheel m’a contactée, je lui ai expliqué qu’en France, on n’a pas une approche basée sur la religion ou l’ethnie mais plutôt sur l’origine sociale et territoriale et que le contexte était complètement différent… Après une étude de ce qui existait, je lui ai proposé de travailler auprès de jeunes filles de 16 à 20 ans dans les quartiers populaires sur la question de l’orientation. Car un espace comme Rev’Elles n’existait pas. Et à mon sens, il manque surtout à ces jeunes des modèles autres que ce qu’elles voient à la télé ou des représentations différentes de ce qu’elles connaissent dans leur entourage. Par exemple beaucoup veulent travailler auprès d’enfants car leurs mères gardent des enfants… » L’objectif de Rev’Elles n’est pas de se substituer à l’Education nationale ni aux associations de quartier mais d’apporter un soutien pédagogique complémentaire et original pour travailler sur la connaissance de soi, et ouvrir le champ des possibles en les faisant rencontrer des « role models » auxquelles elles peuvent facilement s’identifier.

Et s’il existe d’autres initiatives d’empowerment comme « L dans la ville » de l’association Sport dans la ville centrée sur le sport, selon Athina « Rêv’Elles est le seul programme en France traitant de la question de l’orientation professionnelle des jeunes filles sous cette forme. » La spécificité de Rev’Elles repose donc sur la tranche d’âge choisie mais aussi sur la non-mixité du projet. « Je comprends que cela ait pu soulever des interrogations mais Rêv’Elles n’est pas contre la mixité. Ça répond juste à un besoin car dans certains quartiers, les espaces publics, notamment dédiés au sport, sont pris d’assaut par les garçons et du coup, les filles n’y vont pas… Avec Rêv’Elles, le fait qu’elles puissent se retrouver entre elles évite l’auto-censure et ça leur permet d’être elles-même pour parler de leurs rêves, leurs envies, et leurs aspirations professionnelles… »

Athina Marmorat souhaite plus que jamais continuer cette aventure en cherchant de nouveaux partenariats notamment auprès des fondations d’entreprise pour l’année scolaire 2013-2014. Et elle sait qu’elle peut d’ores-et-déjà compter sur un premier réseau constitué lors de ces deux jours d’ateliers : celui de dix-huit jeunes filles qui n’oublieront jamais l’expérience Rêv’Elles qui les a motivées pour agir sur leur future vie professionnelle.

Sandrine Dionys

Liens utiles :
Page Facebook de Rêv’Elles
Fondation Gulbenkian
Association Maslaha