Pourquoi les prépas doivent rester gratuites ?

C'EST CHAUD mardi 27 août 2013

Par Charlotte Cosset @CharlotteCosset

Au mois de mai, les députés ont voté une loi rendant les classes préparatoires aux grandes écoles payantes. Déjà milieu très élitiste, qu’espère l’Assemblée nationale en privatisant ces classes ?

Madame la Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Mesdames et Messieurs les députés,

Aujourd’hui vous décidez de rendre les classes préparatoires aux grandes écoles payantes. Ne craignez-vous pas ainsi d’écarter encore plus les enfants d’ouvriers qui ont déjà bien du mal à s’asseoir sur les bancs de ces classes ? Car oui, quoi qu’on en dise, déjà gratuites, les classes prépas sont réservées aux enfants des élites, à ceux qui ont le savoir. La reproduction des classes n’est malheureusement pas un mythe.

Si par chance, je dis bien par chance – car l’orientation au lycée, vous le savez aussi bien que moi, laisse à désirer- les bons élèves des milieux modestes sont conduits vers les classes prépas, beaucoup de difficultés les attendent. Si par chance, ces enfants d’ouvriers ne sont pas mis de côté par leurs professeurs, l’école républicaine met encore de côté certains enfants à cause de leur milieu d’origine. Ne m’a-t-on pas dit au lycée, alors que je prétendais à entrer dans une classe prépa littéraire, de m’orienter plutôt vers des études pratiques… Si ces élèves parviennent déjà à dépasser toutes ces barrières, ils ont de grandes chances d’être freinés par leurs familles qui leur rappelleront qu’ils n’ont pas beaucoup d’argent. Elles leur demanderont ce qu’ils pourront bien faire dans la vie en faisant cette classe prépa, que cela ne donne pas un vrai travail. Ou tout simplement leur feront comprendre que ces parcours ne sont pas pour eux. Car oui Pierre Bourdieu avait raison, la censure sociale est l’un des plus gros freins à l’ambition.

Si ces jeunes parviennent à aller de l’avant, ils entreront dans une classe prépa, certainement de province – car il ne faut pas non plus espérer rentrer à Henri IV – et là ce sera le choc culturel. Ils se retrouveront noyés dans la machine élitiste. Entourés de fils et de fille dont les parents ont aussi côtoyé les bancs de ces classes. Ils sentiront plus que jamais le fossé entre le monde ouvrier et celui des cadres. L’écart culturel que subit un enfant d’ouvrier face aux enfants des CSP+. Car même si leurs parents sont ouverts et pas idiots, ils n’auront pas parlé en latin au diner, ils n’auront pas été voir la dernière exposition à Paris, il n’aura pas non plus été voir la dernière mise en scène de Molière…

Une fois ces deux années de classe prépa engrangées et à force d’un travail acharné, ils auront décroché leur entrée dans une grande école. L’argent – le nerf de la guerre- leur manquera certainement pour pouvoir payer cette antichambre de la réussite. Car payer 5 000 euros une année de scolarité c’est cinq mois de salaire dans certaines familles. Alors, soit ils prendront le risque de s’endetter, soit ils abandonneront.
Il n’est donc pas aisé pour un enfant des milieux populaires d’accéder aux prépas et d’intégrer ensuite des grandes écoles, condition d’obtention des hauts postes dans notre Etat républicain. L’ascenseur social est devenu un mythe, l’école républicaine de Jules Ferry ne tient plus ses promesses. Aujourd’hui, vous rendez payant le seul accès aux filières d’élites pour les jeunes défavorisés. En privatisant les prépas, vous déclarez ainsi ouvertement ne plus vouloir de fils d’ouvriers aux postes décisionnels. Certes les classes préparatoires sont en elles-mêmes des filières inégalitaires et méritent d’être réformées. Mais jusqu’à présent elles laissaient une chance à tous. Désormais toutes les portes sont fermées. C’est triste, moi qui n’ai connu que la droite au pouvoir, il aura fallu que j’élise la gauche pour que les enfants des milieux populaires soient ouvertement exclus des parcours d’élite.

Charlotte Cosset

Les réactions des internautes

  1. mercredi 28 août 2013 11:41 Fils d'ouvrier

    Je suis fils d'ouvrier, et je ne sais pas de combien de frais l'on parle. J'ai pu accéder à une prépa de rang 2 et une école d'ingé de rang 1. Cela ne m'a pas coûté grand chose quand l'on considère la qualité de l'enseignement reçu. Les classes prépas ne sont pas faites pour tout le monde car il faut s'accrocher et il est clair que dans la société actuelle où tout est délivré sur un plateau d'argent, les gamins sont de moins en moins prêts et ont de moins en moins le niveau pour ces classes. Néanmoins, il y a pléthore d'écoles d'ingénieurs gratuites reconnues dans l'industrie accessible aux enfants d'ouvriers (donc boursiers !) et il ne faut pas se focaliser sur Henri 4 et consorts qui sont réservés aux élites quelque soit l'origine. Le vrai débat se situe plutôt pour moi au niveau des écoles de commerces qui sont très chers à l’accession et durant la scolarité 5000€ !!!
  2. mardi 27 août 2013 10:21 Rémi

    Faut pas déconner non plus, les prépas "payantes", c'est 180€, l'équivalent d'une inscription à la fac,qu'il fallait payer de toutes façons en entrant en prépa. Ensuite, le coup des pleurnicheries sur le prix des écoles, ça ne m'a l'air de valoir que pour les prépas HEC et quelques écoles d'ingé. A la base, on va en prépa pour passer des concours, école de la République gnagnagna, et que je sache en sortant de khâgne on passe l'ENS, école dans laquelle on est payé quand on a le concours! Idem pour une partie des grandes écoles d'ingénieurs : ENS, X, etc, sans compter le système de bourse bien costaud pour ceux qui ont eu les concours ou, au pire, des prêts à taux 0 (ce que j'ai fait d'ailleurs). L'avantage du concours, c'est que tous ceux qui ont le niveau peuvent se présenter, CSP+ ou pas, et ce n'est pas 180€ qui vont changer ça, c'est ridicule.
  3. mardi 27 août 2013 09:08 BC

    Madame ,ce n'est pas la gratuité qui pose problème ,c'est l'existence même des "prépas " qui est un problème ....... vous critiquez la reproduction des élites mais c'est dans les prépas qu'elle se construit ....ouvrez les yeux ....l'accès aux grandes écoles par les fils d'ouvriers méritants favorisé par les prépas est un mythe savamment entretenu par ceux là même qui en profitent ......l'élitisme de l'enseignement des lycées est bâti sur les classes prépas ......bien sur on a changé le nom de ces classes pour que cela ne soit pas si "gros " .....je rappelle qu'il y a quelques années ....la classe de terminale S option Mathématiques s'appelait "math élem " pour mathématiques élémentaires ,suivie en prépa par "math sup " puis "math spé" ..... c'est à dire que le programme de math de terminale par exemple était fabriqué pour la prépa .......... pour passer le concours de polytechnique en math spé ,il fallait que le lycéen en terminale math élem soit à tel niveau ....... ce qui fait que les lycéens moyens n'étaient pas du tout formés (et ils le sont encore ) pour suivre des études en Fac ..... ce sont les étudiants à la Fac qui avaient le plus de mal à s'en sortir parce que le lycée avait enseigné dans l'optique des classes prépa ......les classes prépa sont une aberration et il vaut mieux ne pas parler des grandes écoles où tous ses élèves formatés concourent ..........
    • mardi 27 août 2013 10:50 maria1

      C'est sur, il vaut mieux que tout le monde soit au même niveau médiocre, comme ça pas de jaloux! Vous avez dû, j'imagine, vous réjouir de la suppression, en juin dernier, des bourses d'excellence. Désolée mais, des bons élèves issus d'un milieu social défavorisé qui entrent en classe prépa, ça existe, j'en connais. Ce n'est pas tant le niveau de leurs moyens financiers qui freine le plus l'accès des étudiants aux meilleurs parcours universitaires ou aux grandes écoles, vu le coût des études et les bourses distribuées en France, mais le niveau de leurs compétences, résultat du niveau de plus en plus déplorable de l'enseignement dispensé au lycée. Enfin, je trouve ça idiot de comparer fac et prépa et de vouloir fondre les secondes dans les premières. Personnellement, j'avais le niveau pour intégrer un CPGE après mon bac, mais ce que je voulais à 18 ans c'était une certaine liberté dans la gestion de mes études, profiter un peu de ma vie d'étudiante, à la différence de mes amis qui souffraient en prépa tant le volume de travail demandé était important. J'ai réussi via la fac, eux par leur parcours prépa/GE et je vous assure qu'il n'y a aucun malaise entre nous. Non à l'égalitarisme, oui au maintien de la gratuité des prépas!
      • mardi 27 août 2013 11:23 BC

        maria1..... qui vous permet de dire que je veux que tout le monde soit au même niveau c'est à dire "médiocre "pour vous ....au contraire je veux que tout le monde acquière le meilleur niveau qui soit et il est évident que ce qui se passe actuellement conduit l'EN a privilégie les meilleurs au détriment des plus faibles ,or c'est une absurdité ,l'argent doit aller aux plus faibles ....les meilleurs s'en sortent et vous en êtes la preuve ....je ne veux pas critiquer le travail des profs de prépa mais ils sont dans le confort le plus évident :ils ont des élèves qui travaillent ,qui sont motivés ,qui ont des parents "aidants ",on comprend tout de suite qu'ils veulent garder leur fromage .....il faut aider les plus faibles comme il faut aider les pauvres ....; c'est un devoir et en plus c'est moral
  4. mardi 27 août 2013 09:01 commandant minos

    "C’est triste, moi qui n’ai connu que la droite au pouvoir, il aura fallu que j’élise la gauche pour que les enfants des milieux populaires soient ouvertement exclus des parcours d’élite." mais quel âge avez-vous ? Etes-vous assez jeune pour ne pas avoir connu les gouvernements Jospin ?