La Birmanie, pas à pas, peu à peu

BONDYMONDE samedi 31 août 2013

Par Hugo Nazarenko-Sas

TOUT AZIMUT. 1/4. Le pays du saphir peine à sortir de son écrin après un demi siècle de junte militaire. Pourtant le touriste y est surpris, heureux et bienvenu. Récit.

C’est l’histoire d’une ville, Yangon. D’un pays tout entier. Qui se réveille et s’ouvre peu à peu. Pas à pas. Bienvenue en Birmanie. Birmans brimés, opprimés si longtemps depuis que la junte militaire s’est emparée du pouvoir en 1962. Mais depuis deux ans, officiellement, la junte a passé la main à un gouvernement civil. Et la mainmise du régime s’est faite moins oppressante et plus accueillante. L’ouverture au tourisme est en route. Sûrement, même si lentement.

L’arrivée à Yangon, ancienne capitale et plus grande ville du pays, donne le ton. Celui du gouvernement. Partout, dans les bus, les trains, les avenues : ”Warmly welcome and take care of tourists”. * Les autorités prennent soin de montrer que la leur ne mérite pas son image écornée. Installés à chaque coin de rue, les voilà qui se précipitent pour aider les rares touristes qui arpentent les rues en cette période de mousson.

carreBirmanie2Un regard croisé et les militaires de dévoiler leur plus large sourire, découvrant des dents rougies par des années à mâcher des feuilles de bétel. Les vendeurs en tout genre aussi profitent de l’essor du tourisme. Et s’essaient aux joies des négociations. Avec une réussite limitée. Manquant du mordant nécessaire à cet art délicat, trop désireux qu’ils sont de vendre leurs produits. À tout prix. Et ce, que leurs étals proposent des mangues, des sauterelles grillées ou encore… des moteurs de tracteurs, comme on en trouve dans les ruelles qui bordent l’immense Bogyake avenue de Yangon.

Alors bien sûr, l’essor du tourisme apporte aussi son lot de dérives. La pauvreté affiche ses plaies ouvertes et encore saignantes, et la mendicité prend ses marques. Et débarque. Avec violence parfois. Comme cette femme qui propose aux étrangers attablés d’acheter son bébé, pour quelques poignées de khyats, le monnaie locale. Ou cet adolescent près du port, qui après s’être proposé comme guide, suggère une chambre d’hôtel.

Birmanie3La marche du tourisme vers le pays, ou plutôt de la Birmanie vers le tourisme s’annonce longue et harassante. Il suffit de quitter le centre-ville pour en avoir un net aperçu. Dalah. Sur l’autre rive du fleuve Yangun, à quelques encablures seulement de la ville du même nom. Ici, le tourisme, s’il commence à prendre ses droits, est loin d’être roi.

La campagne avoisinante, à laquelle les feuilles de bananiers donnent une couleur d’émeraude, est le terrain de jeu de centaines d’hommes, qui travaillent dans les champs de l’aube au coucher du soleil. Plus encore qu’ailleurs, mon passage suscite des regards curieux. L’étranger n’a pas encore fait sienne cette campagne.

Ang2Si l’ouverture du pays au tourisme est lente, mais bien réelle, celle du pays en général semble l’être tout autant. Même si le paradoxe entre les traditions, la vie locale et la volonté du pays de toucher du doigt la modernité est saisissant. Dans la même rue. Un homme, torse nu, un longyi noué autour de la taille. Il répare un moteur avec les moyens du bord, une simple bouteille en guise de réservoir à huile. Plus loin, un jeune. Il arbore un T-Shirt à l’effigie d’une star de la K-Pop. La mode s’est emparée de Yangun, dans une effluve de couleurs et de paillettes, formant un ensemble qui n’est d’ailleurs pas toujours du meilleur gout.

La presse, elle aussi, semble s’offrir une liberté. Partout les vendeurs de journaux, brandissent le visage de la Dame de Rangoon. Aung San Suu Kyi, figure de l’opposition (Prix Nobel de la Paix en 1991) assignée à résidence pendant vingt ans et libérée en 2010, est à la une. Symbole d’un pays qui montre un nouveau visage au monde, pas à pas. Peu à peu.

* « Acceuillez chaleureusement et prenez soin des touristes. »

Hugo Nazarenko-Sas