Les maires de banlieues ne veulent plus accueillir les plus pauvres

AMBIANCE jeudi 6 février 2014

Par Remi Hattinguais @hattinguais

MUNICIPALES 2014. Le collectif transpartisan Ville et Banlieue, composé d’élus de quartiers sensibles, a remis jeudi 16 janvier, 14 propositions en vue des prochaines élections municipales. Les élus des villes périphériques les plus défavorisées demandent à ce que les familles les plus pauvres ne soient plus dirigées sur leurs territoires.

Parmi les propositions concernant le logement, les maires réclament que les ménages les plus fragiles économiquement ne soient plus systématiquement relogés dans les communes “sensibles”. Ces élus réclament “l’interdiction au droit au logement opposable (DALO) dans les quartiers prioritaires qui ghettoïse un peu plus des quartiers déjà ségrégués“.

Une loi de 2007 prévoyait que les citoyens ne parvenant pas à trouver un toit pouvaient se tourner vers l’Etat qui devait alors les reloger. Lors de la mise en œuvre de cette mesure, les préfets envoyaient principalement ces familles vers les quartiers sensibles où l’offre de logement social est importante.

Le président de Ville et Banlieue, Renaud Gauquelin, maire socialiste de Rillieux-la-Pape (Rhône) a dénoncé le cercle vicieux engendré par cette situation : “Il faut éviter de mettre les difficultés les plus grandes, là où elles sont déjà les plus grandes“.

Faire revenir la médecine de ville dans les quartiers

Le collectif a aussi souhaité alerter sur la situation de la médecine de ville dans certaines communes. A Courcouronnes (Essonne) par exemple, le maire a eu le plus grand mal à attirer un médecin du travail. Le salaire qu’il proposait n’a pas attiré de candidat. Il a dû mutualiser au niveau de l’intercommunalité pour augmenter la mise et trouver preneur. Autre exemple, à Saint-Denis, il n’y a qu’un seul médecin scolaire pour 40 écoles. Maire-adjoint (PG) de la commune, Christophe Girard fait le lien avec l’échec scolaire : “Un enfant avec des problèmes de vue aura du mal à apprendre à lire“.

Co-construction de la politique de la ville

L’association s’est félicitée des avancées réalisées en terme de participation des habitants. Le gouvernement a introduit dans la loi votée le mois dernier la notion de co-construction des contrats de ville à l’origine des plans de rénovation. Interrogé par le Bondy Blog, Renaud Gauquelin a cependant estimé difficile la mise en place d’une co-décision. Proposé par les députés EELV, un amendement proposait qu’au moins 50% du pouvoir de décision finale revienne aux habitants. “Une solution qui pose des problèmes en terme de formation”, explique le président de l’association. D’après lui, une réelle participation des habitants nécessiterait une politique ambitieuse de formation à la politique locale, au risque de voir le débat confisqué par des groupes d’intérêt particuliers.

Rémi Hattinguais