Second tour inopiné pour Rosny-sous-Bois

ELECTIONS 2014 lundi 24 mars 2014

Par Tom Lanneau @TomLanneau93

SOIRÉE ÉLECTORALE. Rosny-sous-Bois est d’ordinaire habituée aux qualifications d’office dès le premier tour. Dimanche 23 mars, le maire sortant UMP Claude Capillon est arrivé en tête avec 45,2% des voix. Mais le second tour s’avère chargé. Les quatre listes présentes au premier tour se retrouvent toutes en ballotage au second tour.

Dès les premiers résultats, aux alentours de 20h05, les sympathisants de l’Alliance de gauche affichent une mine déconfite. Il n’est pas nécessaire de posséder un grand sens de l’observation pour comprendre le message : la gauche n’a que peu de chance de faire basculer la mairie. Certains essaient de positiver, « on espérait plus, mais l’URAM ne passe pas dès le premier tour, comme en 2008 !” De l’autre côté, les militants et les sympathisants de l’URAM (Union Rosnéenne d’Action Municipale), alliés de l’UMP et de l’UDI, se réjouissent des premiers résultats. Mais ils tempèrent, « nous n’avons pas encore les résultats de tous les bureaux de vote, on ne doit pas crier victoire trop tôt. »

Il est 20h58 lorsque le maire sortant de Rosny entre dans la salle des fêtes pour annoncer le résultat final. L’apparition de Claude Capillon est suivie par des cris et des applaudissements, comme si les jeux étaient déjà faits. Ce dernier annonce les résultats du premier tour : sa liste, l’URAM, finit première avec 45,22% (cette annonce est suivie de nouveaux cris et de nouveaux applaudissements de la part des sympathisants de droite), le PS est deuxième avec 28,91% des suffrages exprimés, le Modem récolte 12,98% des voix (le camp de Pierre-Olivier Carel exulte), tandis que le FN clôture la marche avec 12,89% des suffrages. Le 30 mars prochain, les Rosnéens assisteront peut-être à un scrutin original : une quadrangulaire. Les candidats présents au premier tour seront les mêmes que ceux présents au second. Cependant, un chiffre choque la majeure partie de l’auditoire : la ville de Rosny-sous-Bois comptabilise 51,29% d’abstention, soit 2 points de plus qu’en 2008 (49,19%). « C’est à cause de ça qu’on n’a pas gagné dès le premier tour » estime Sandrine, sympathisante de l’URAM qui ne cache pas son soutien au maire sortant.

Bien que le discours du maire sortant ait laissé transparaître une certaine fatigue, Claude Capillon est satisfait du résultat final. « J’estime que c’est un super score dans une ville où l’on compte quatre listes. Et puis je remporte 26 des 27 bureaux de vote ! » lance-t-il. Bien qu’il désigne le taux d’abstention à Rosny-sous-Bois comme étant un « gros problème », il souligne le fait que ce phénomène ne touche pas que la commune, mais qu’au contraire, il frappe le reste des villes du département, et parfois, bien plus gravement. Quant au score du Front national, « 12,89% des voix c’est peu mais c’est trop pour une liste fantôme où il n’y a qu’un seul candidat. »

Pierre-Olivier Carel, tête de liste du Modem, ancien socialiste, est entouré de son équipe dans la salle des fêtes. Alors qu’il finit troisième, il semble se situer sur un petit nuage, un sourire lui fendant le visage. « Finir troisième, c’était quelque chose d’inespéré sachant que notre objectif, pour le premier tour était d’atteindre les 10%. D’ailleurs, avant les élections, beaucoup disaient que j’avais disparu du paysage politique ! » Selon lui, le fait que plus d’un Rosnéen sur deux ne se soient pas déplacés aux urnes ce dimanche 23 mars est la preuve d’une désaffection des Français vis-à-vis de la politique gouvernementale et locale.

A quelques pas de la mairie, les sympathisants et les militants de l’Alliance de gauche se sont réunis dans la salle municipale Madeleine Barjac. Les visages sont fermés, déçus, alors que contrairement aux élections municipales de 2008, un second tour aura bien lieu à Rosny-sous-Bois. « Les électeurs sont restés à la maisons, notamment dans les quartiers populaires qui ont plutôt tendance à voter pour nous », constate Philippe Vachieri. Il est vrai que les grands ensembles de la ville sont les lieux où le taux d’abstention est le plus élevé, culminant à 65,51% dans un des bureaux de vote de la cité du Pré-Gentil. « Notre message n’est peut-être pas bien passé, ou est-ce un vote sanction vis-à-vis du gouvernement ? » lâche-t-il, ayant du mal à cacher sa déception, son objectif ayant été de réaliser un score « proche de celui de l’URAM au premier tour ». Cependant, la tête de la liste de l’Alliance de gauche refuse de baisser les bras, « les jeux ne sont jamais faits avec 45% des suffrages exprimés ! Nous devons aller chercher les électeurs qui sont restés chez eux. » De l’avis d’Anil, militant du Parti Communiste Français, figurant sur la liste de l’Union de gauche, rien n’est joué : « l’URAM n’a pas gagné dès le premier tour cette fois. Et puis le parti du maire sortant a perdu 1 000 voix depuis 2008 ».

Daniel Bousselaire est quant à lui resté assez peu de temps à la mairie pour aller « chez des amis ». Cependant, il a accepté de répondre à nos questions par téléphone. D’après lui, son score n’est pas assez élevé (12,89%) « On espérait faire plus… Les Français n’ont pas encore bien compris notre message ! » assène-t-il. Pour lui aussi, cette soirée électorale du 23 mars 2014 semble laisser un goût amer.

La quasi-totalité des pronostics donnent le maire sortant de droite, Claude Capillon, vainqueurs de ces élections municipales Rosnéennes. Néanmoins, un chiffre frappe les esprits : plus d’un électeur sur deux ne s’est pas rendu aux urnes à Rosny-sous-Bois. Et si finalement, dans cette commune, comme pour la plupart des villes du 93, la seule vainqueur était l’abstention ?

Tom Lanneau