« J’ai l’impression de revivre le cauchemar de 2002, sauf que là, le FN est en tête »

C'EST CHAUD vendredi 30 mai 2014

Par Tom Lanneau @TomLanneau93

Le rendez-vous avait été donné depuis une page Facebook par un jeune Marseillais. A Paris, jeudi 29 mai, la “marche citoyenne contre le F Haine” a réuni 4 200 personnes selon la Préfecture. Pour certains, le fantôme d’avril 2002 est réapparu dimanche dernier à l’issue du scrutin des élections européennes. Reportage.

Une centaine de jeunes est assise sur les marches de l’Opéra Bastille. Ils rigolent et chantent mais leur présence est politique. Nous sommes le 29 mai 2014 à 13h30 et voici les premiers arrivés à l’occasion de la « marche citoyenne » en réaction au score du Front national, parti vainqueur des élections européennes du 25 mai dernier. Jusqu’à 14h15, les métros desservant la station Bastille déposent des centaines et des centaines de manifestants. Ces derniers semblent, pour la plupart, avoir moins de 25 ans. Dès leur arrivée, ils font raisonner leurs chants contestataires dans les couloirs du métropolitain « A bas le Front national. F comme Fasciste et N comme Nazi » ou encore « C’est pas les sans-papiers, c’est pas les immigrés, c’est Le Pen qu’il faut virer ».

DSC_0369DSC_0369Tout est parti d’une page Facebook créée par Lucas Rochette-Brelon, un lycéen marseillais. Une invitation à « la marche citoyenne contre le F Haine ». Cette initiative lycéenne a finalement gagné la France entière. Ces manifestations se veulent apolitiques. Toutefois, les drapeaux de partis politique (NPA, Front de Gauche, Nouvelle Donne, Europe Ecologie-les Verts,…) et des organisations étudiantes et lycéennes (UNEF, UNL, FIDL) sont présents par centaines et sautent aux yeux lorsque l’on observe la foule massée sur la place de la Bastille.

DSC_0385C’est parmi ce monde qui, aux alentours de 14h15, rassemble plus de 2 000 personnes selon les organisateurs, que nous croisons Mathieu, un responsable national du Mouvement des Jeunes Communistes Français. Il souligne le rôle des « partis politiques gouvernementaux » dans la montée du FN. « Il y a une part d’adhésion au vote FN, faut pas se mentir ! Mais les grands partis ont aussi participé au processus de dédiabolisation des idées frontistes. On peut par exemple citer les propos de Manuel Valls, ceux de Claude Guéant, voire même Nicolas Sarkozy lorsqu’il avait remis à l’ordre du jour la question de l’identité nationale ! » explique-t-il parmi le brouhaha de la foule, des chants et des militants hurlant dans des mégaphones. Il tient aussi à pointer du doigt le rôle de la Manif Pour Tous qui a donné de la « visibilité à tous les groupuscules extrémistes comme Jeunesse Identitaire ».

Parmi toutes les organisations présentes, nous croisons Julien, 25 ans, représentant de la Maison des potes. Bien que nombre de personnes blâment les abstentionnistes (56,5% d’abstention le 25 mai dernier), Julien, distribuant les autocollants de son association, évoque une autre cause. Il ne néglige pas le rôle de l’abstention des jeunes dans le « succès électoral frontiste » (environ 73%). Néanmoins, selon lui, les raisons de cette montée sont à chercher du côté du gouvernement socialiste. « Ils ont déçu et trahi leur électorat. On ne peut pas en vouloir aux abstentionnistes ». D’après lui, cette manifestation n’est qu’une première étape dans la construction d’un collectif luttant contre les idées frontistes. « Lundi prochain, on organise une autre manifestation place de la Bastille à 18h30. C’est la première fois qu’il y a un rassemblement des organisations de jeunesse. Je trouve ça encourageant ».

Un peu plus loin, le collectif antifasciste Paris Banlieue tient un stand. Mathias, 21 ans, explique que ce rassemblement permet de montrer les désaccords de la jeunesse avec les résultats d’il y a moins d’une semaine. Cependant, il estime que la priorité reste la manifestation du 7 juin prochain en hommage à la mort de Clément Méric. Pragmatique, il est conscient que ce ne sont pas les manifestations successives qui permettront de faire crouler la montée du FN « mais un véritable travail de fond ».

DSC_0372Minoritaires, sont aussi présents dans la manifestation des organisations de droite et de centre-droit. Morgane et Marion, deux filles au visage juvénile, se démènent dans la foule afin de distribuer leur tract pour le Syndicat Général des Lycéens. Durant la conversation, elles confient leur appartenance aux Jeunes Populaires. N’ayant que 17 ans, ces deux lycéennes n’ont pu se rendre aux urnes dimanche. Privée du droit de vote et frustrée par le résultat, Morgane insiste sur le rôle des abstentionnistes dans la victoire du parti frontiste. Marion tient quant à elle à modérer les propos de sa copine : « On peut comprendre la désillusion et le désespoir des gens face à la crise ». Les deux amies considèrent que cette manifestation sert « à montrer à l’Union européenne que nous ne sommes pas europhobes ! »

DSC_0377Prouver aux autres pays de l’Union que la France n’est pas anti-euro. C’est aussi la revendication du petit groupe des militants UDI-MoDem. « Nous on est plus là pour l’Europe que contre le FN. En démocratie, on n’a pas le droit de stigmatiser une opinion politique » lance Nicolas, 25 ans. Il tient néanmoins à rappeler que la majorité des Français n’a pas voté FN lors des élections. Il est vrai que si l’on prend en compte l’abstention, le Front national ne recueille que 11,75% des suffrages. Benjamin est lui aussi militant MoDem. Il reproche aux médias et aux gouvernements successifs de ne pas avoir assez mis en avant les bienfaits de l’Union européenne, « quand quelque chose marche, on dit que c’est grâce au gouvernement, tandis que quand ça foire, on met tout sur le dos de l’Union européenne… » Cette logique a selon lui mené à l’avènement du parti mené par Marine Le Pen.

DSC_0380Il est difficile de trouver, au sein de cette manifestation des personnes non militantes. C’est toutefois le cas de Françoise, 60 ans. Elle se montre pessimiste quant à la suite des événements. « C’est bien de voir que la plupart des personnes mobilisées aujourd’hui sont des jeunes. Mais il y a quand même moins de monde qu’en 2002 ». Selon elle, le salut viendra de la gauche, mais laquelle ? Telle est la question d’après Françoise qui considère que le NPA et le Front de Gauche ne sont pas capables de canaliser les opinions politiques du plus grand nombre. Attristée par la montée du Front national, elle ira même jusqu’à lancer, dépitée, « vous savez, Hitler aussi dans les années 1930 était acclamé à ses débuts ».

DSC_0378Jeanne et Coline, 22 et 23 ans, sont un peu à l’écart du cœur du rassemblement. Et pour cause, Jeanne voit d’un mauvais œil cette manifestation, n’en déplaise à Coline. « Le FN a le droit d’exister ! Même si je ne suis pas d’accord avec eux, il y a un réel vote d’adhésion à Marine Le Pen et un abstentionnisme qui a permis au Front de remporter la mise ». Coline, elle, tient absolument à lutter contre les « idées intolérantes » prônées par le Front. Elle est notamment marquée par l’arrivée du père de Marine Le Pen au second tour en 2002, « je me souviens que ma famille était triste et que ma sœur a même dit qu’on allait quitter la France ! » raconte-t-elle. Quelques années après, afin de faire face au Front national, elle a milité pour le PS. Aujourd’hui, elle est passée au Parti de Gauche, déçue par le Parti socialiste qui est devenu « le centre-gauche » et qui a, selon elle, laissé la voie libre au parti frontiste. « On peut par exemple citer les propos de Manuel Valls sur les Roms ! Eh bien aujourd’hui il est premier ministre ».

DSC_0382Il est environ 14h30 lorsque la manifestation entame sa marche vers République. En  tête de cortège, les drapeaux roses de Nouvelle Donne sont de sortie. Jourdain Vaillant, militant Nouvelle Donne, assène avec assurance, « nous sommes là contre le FN et nous sommes les seuls à savoir comment faire ». Pour cela, son parti, proche du collectif Roosevelt, prône des institutions plus démocratiques, et une recherche de croissance en créant de nouveaux emplois, ou encore en partageant le temps de travail. En 2002, Jourdain avait 8 ans, mais il considère que la montée du Front national aujourd’hui est due aux mêmes raisons qu’il y a douze ans : « une gauche décevante et sans idées ».

Dans le cortège, nous croisons Claire, 29 ans, membre du collectif Osez le féminisme. Elle confie avoir « l’impression de revivre le cauchemar de 2002, sauf que là, le FN est en tête ». Elle donne de sa personne et de sa voix au cours de la manifestation, considérant que la partie « d’extrême droite » représente tout ce qui la révulse : un parti raciste, misogyne, souhaitant faire régresser le droit des femmes, « bien que s’en soit une à la tête du parti ! » lance-t-elle, ironique.

DSC_0384Léo marche avec Caroline. Cette dernière confie ne pas avoir été voté dimanche. « J’avais mes partiels ! », se justifie-t-elle. C’est ce sentiment de culpabilité qui l’a d’ailleurs poussée à venir battre le pavé parisien aujourd’hui. « On sait que cette manif ne va pas changer grand-chose mais on ne peut pas ne rien faire ! » dit Léo. Il est 15h15 lorsque le cortège arrive à République et entonne une Marseillaise qui rebondit et résonne contre les murs des bâtiments haussmanniens. Certains escaladent le monument central tandis que d’autres prennent le micro pour faire entendre leurs voix. C’est le cas d’Harry, 21 ans, militant UNEF et NPA. Il scande à tue-tête dans un microphone « 30 ans de politiques antisociales, c’est 25% pour le Front national ». Selon lui, la manifestation a réuni entre 7 000 et 10 000 personnes. La présence de Harry aujourd’hui est liée, en partie, au souvenir de 2002, « je n’avais que 9 ans mais je me rappelle du désespoir de ma famille ». Il considère néanmoins que la situation est différente, voire pire qu’il y a douze ans : « la manif pour tous a donné une certaine légitimité aux groupes d’extrême-droite et le vote FN est aujourd’hui totalement décomplexé. »

Roger, 53 ans est en marge de la manifestation et observe la foule. Il a milité durant 30 ans pour faire barrage au FN. Mais aujourd’hui, il affiche une certaine désillusion et ne fait pas partie du cortège. « Ce n’est pas contre le FN qu’il faut manifester aujourd’hui. C’est contre le PS et ses politiques d’austérités qui favorisent la montée du parti d’extrême-droite ! » Les paroles de Roger sont couvertes par la musique « Porcherie » des Béruriers Noirs, reprise par les manifestants qui hurlent, « la jeunesse emmerde le Front national ». Alors qui aura le dernier mot ? Le discours du fataliste ou les hymnes révoltés ?

Tom Lanneau

Les réactions des internautes

  1. samedi 31 mai 2014 13:33 Amélie

    Les Bérus ne sont plus à la page. Aujourd'hui, le FN est le premier parti chez les jeunes.
    • lundi 2 juin 2014 17:16 orsomani

      Depuis 30 ans le Facho est le personnage comique de France Aux périodes électorales ,il devient soudain l'homme à abattre / On le poursuit ,on l'insulte ,;on étouffe sa parole .;On lui donne du baton Mais les temps changent . On s'est mis à l'écouter . Et sa parole étonne .Des droles se mettent à amplifier sa voix . Il gagne des élections . les vieux partis tremblent et se désagrègent . Si demain ce parti nauséabond ,le Fn ,arrive au pouvoir ,prenons garde qu'il nous traite comme nous l'avons traité de tout notre coeur ,de toutes nos convictions Entre temps ,en gare routière de Saint Charles ,à Marseille un brave petit gars ,natif de Roubaix ,se fait controler au faciés par des douaniers racistes .. Et c"est ainsi qu"avant toute enquéte ,il est déjà accusé d'un drame en Belgique . Et pourquoi pas de Génocide ?.
  2. vendredi 30 mai 2014 23:42 Makhno

    Elle est trop drôle, cette Caroline. Elle ne va pas voter, mais elle manifeste contre le résultat. Ah, elle avaiat ses partiels (tu parles!!), donc pas les 30 minutes nécessaires pour aller voter... Conaline, ça lui va bien.
    • samedi 31 mai 2014 17:29 Poupou

      Haha, tu respires le rageur quand même.
      • samedi 31 mai 2014 20:11 MAKHNO

        Ben...je ne sais pas si je 'respire la rageur' (???) mais j'ai le sentiment d'être plus cohérent qu'une personne qui ne va pas voter mais qui trouve le temps de descendre dans la rue pour protester contre le choix démocratique de gens qui, eux, ont trouvé trente minutes le Dimanche pour aller au bureau de vote. Qu'on donne ensuite la parole à un tel exemple de cohérence et d'intelligence, ça me laisse sans voix.
  3. vendredi 30 mai 2014 23:38 Makhno

    Curieux, quand même, de s'indigner du résultat d'une élection, consultation démocratique s'il en est. Le peuple est consulté, il s'exprime, on accepte le résultat sans broncher. Si les nationalistes du F.N descendaient dans la rue pour contester le résultat d'un scrutin à l'issue duquel -rêvons un peu- la gauche ne se serait pas pris une tôle, les mêmes qui protestent aujourd'hui hurleraient à la menace fasciste qui menace la démocratie.
  4. vendredi 30 mai 2014 16:09 jadin

    les gens n'ont pas voté FN parce qu'ils ont fachistes mais parce qu'ils ont en train de crever comme des chiens et c'est mon cas et pourtant je suis un bonapartiste, j'ai participé à la commémoration des adieux de l'aigle à fontainebleau le 20 avril et j'étais à brienne le chateau pour les journées napoléonniennes, la république m'a laissé crever pendant trente ans et je dois lui dire merci, puisque lucas est si malin qu'il me donne une vie digne, qu'il me donne une petite maison, qu'il me mette une petite femme dans mon lit qui acceptera mon salaire de merde, fais des miracles, montre, j'ai vu des anciens faire les poubelles, ça te gênes pas, les loyers qu'on ne peut plus payer, il est vrai que tu ne le paye pas, alors on fait quoi hein ! on vote pour qui ! dits moi !
  5. vendredi 30 mai 2014 15:58 jadin

    VIVE L EMPEREUR
    • dimanche 1 juin 2014 17:49 hopHOPE

      L'empereur en question à fait massacrer dans les pires conditions et de façon réïtérée des dizaines de milliers de pauvres âmes dans des conditions "qui font frisonner "un être normal à la lecture par ex..de la relation de la "conquête " de Russie entre autre Pour moi un être n'a plus de "verni " quand il est coupable de pareilles ignominies Permettez pour moi les personnes qui "l'encensent "ressemblent à celles dont le "voisin" est accusé de crime ; assassinat , viol etc.. et dont ils disent ; il était gentil , charmant , serviable etc..etc.. Je n'en rajouterai pas mais STOP à ces délires autour de cet...Bonne soirée
  6. vendredi 30 mai 2014 15:56 jadin

    j'ai 51 ans, un boulot très mal payé, pas de maison, pas de femme, pas de vacances lucas tu dérailles, si ma situation change pas très rapidement et si je reste dans ma merde tu vas déclencher une guerre civile, moi je n'ai plus rien à perdre c'est pas grave mais toi te poses tu la question de ce que tu sera à 50 ans quand on aura bouffé ta vie, alors à bientôt sur les barricades que tu constuit inconsient que tu es le pays est actuellement au bord de l'insurrection , continue et tu vas y arriver
  7. vendredi 30 mai 2014 12:34 BC

    Beaucoup se trompent d'ennemi ! .... si vous me permettez je vais coller un paragraphe de Wiki sur la montée au pouvoir de HItler .................................................;Au sixième congrès de l'Internationale communiste à Moscou en septembre 1928, Staline décide de donner priorité à la lutte contre la social-démocratie. Les communistes allemands doivent suivre. Selon l'historien du socialisme Jacques Droz, ils « considèrent les sociaux-démocrates comme leur principal ennemi, et vont même jusqu’à leur préférer les nazis, dont les excès pensent-ils, provoqueront la guerre civile puis la dictature du prolétariat. (..) Dans ces conditions, il est évident que la collaboration entre les deux partis de gauche, qui aurait été indispensable pour résister à la terreur nazie, ne peut s’organiser. En novembre 1931, la Rote Fahne, l’organe communiste, ose écrire : « le fascisme de Brüning n’est pas meilleur que celui de Hitler… C’est contre la social-démocratie que nous menons le combat principal2. » »
    • vendredi 30 mai 2014 12:42 BC

      vous comprendrez que je me suis nourrie de l'Histoire et que je vois dans le comportement de certains (Melenchon et pas que lui .... ) une erreur historique , en tapant uniquement sur les "sociaux démocrates " ils font le lit de l'extrême droite ..... que les "sociaux démocrates " ne fassent pas une politique de gauche pure .... c'est évident mais c'est quand même préférable à une politique de droite pure ...... et puis je me rappelle toujours l'anecdote sur le commandant qui est à la tête d'un convoi de bateau qui comporte des barques ,des bateaux de pêche ,des torpilleurs et à qui on demande à quelle vitesse il va aller et qui répond : "celle de celui qui va le moins vite "
      • dimanche 1 juin 2014 18:00 hopHOPE

        Bonsoir B C Merci pour votre démonstration Personnellement moi (qui suis une ignare en politique ) Je reproche à tous ceux et celles qui "torpillent "le gouvernement en place de ne pas être positifs dans leurs actions ILs sont rétribués grassement par la République et "jouent" à la guéguerre au lieu de "tirer le vaisseau de l'Etat "vers l'avant J'ai une très mauvaise opinion de tous (toutes) les personnes qui ne travaillent pas en ce sens et uniquement dans celui-ci