D'ailleurs et d'ici, la France plurielle en revue

CULTURE mardi 21 octobre 2014

Par Balla Fofana @balla_mf

Seizième arrondissement parisien, le musée Dapper ouvre ses portes. Une foule arc-en-ciel trépigne d’impatience. En ordre de bataille, les curieux sont venus voir le numéro 1 d’une revue qui affirme sans revendiquer que « la France est plurielle ».

Le musée dédié à la promotion des arts de l’Afrique et des diasporas issues du continent noir plante le décor et fait office de passerelle. Les invités entrent dans une sale tamisée. L’ambiance est intimiste. Marc Cheb Sun, le directeur de la revue, ouvre le bal. L’éditorialiste, l’auteur prend de la hauteur et lance les hostilités et tord le cou aux thèses des « militants du pessimisme ». Ce livre c’est « le symbole d’une  France au visage multiple. Une France qui innove. Une France qui n’a rien de suicidaire » conclue-t-il en préambule de la présentation d’Ailleurs et d’ici, Affirmation d’une France plurielle. Il laisse ensuite la parole aux  invités qui occupent la scène. Artistes, militants associatifs, enseignants, éducateurs, entrepreneurs, journalistes, écrivains et lycéens du 93 (Drancy et de Bobigny) incarnent le futur.

La foule conquise voyage dans une France de tous les possibles, entre brèves de parcours, discours, lectures d’extraits et improvisation. Le Dr Fatma Bouvet de la Maisonneuve prodigue une ordonnance pour soigner une « France [malade] du pessimisme et du rejet ». « Il s’agit de voir l’humain au-delà des apparences » pour créer « la femme et l’homme de demain ». Moussa Camara, militant associatif (Agir pour réussir), lui emboîte le pas et nous raconte l’histoire de son père, un travailleur modeste venu du Mali. La “détermination” est le mot qu’il répétera en boucle comme une ode lyrique en l’honneur de celui qui l’a tant inspiré. Pour Moussa Camara « ce livre c’est un mode d’emploi pour que la France se regarde en face ».  Jean-Baptiste Phou prend le micro pour parler de la vision sclérosée d’un monde artistique qui l’enferme dans un corps et dans un accent : « Fais le chinois ! Tu sais l’accent là… ».

Blade MC prend la salle de court et orchestre un braquage vocal, qui laisse l’audience sans voix. Pour lui « le diable est dans le détail » et il jure que « le suicide ne sera pas français » mais has been tout au plus. Sa lecture énergique de l’histoire d’un « négro juif » qui porte la kippa, issue de la plume incandescente de Karim Madani, aborde la complexité d’un roman français riche qui ne demande qu’ à être réécrit. Bams conclue en chanson : « Malgré les blessures la vie reste la plus belle glissade ».

Les salves d’applaudissement, d’accolades, de visages radieux se poursuivent jusqu’au buffet assuré par la chaîne de restaurant Afrik’n Fusion qui symbolise ce brassage culturel. Apaisés les âmes enterrent la hache et déterrent la colombe. L’espoir renaît. Entre deux dédicaces, les débats sont passionnés. Les regards contemplatifs convergent vers tous ces trublions d’une France qui s’ignorent encore. Une France qui ne quémande pas. Une France sûre de sa légitimité car elle sait ce qu’elle représente. Une France qui vient squatter le banquet républicain sans se faire annoncer. Une France qui comme Highlander garde la tête sur les épaules et viendra à bout de la « servitude aveugle » des apôtres du déclin, comme Fink dont les pensées ont une odeur de naphtaline, qui deviennent « des corps nouveaux pour des âmes anciennes » comme dirait le « Prophète » disparu Khalil Gibran. D’Ailleurs et d’ici c’est l’annonce d’une prophétie auto réalisatrice qui ne peut pas ne pas être.

Balla Fofana