Harcèlement dans la rue, ni vu, ni connu

AMBIANCE mardi 18 novembre 2014

Par Inès El laboudy @InesLabou

Selon une étude de l’Insee près de 20% des femmes entre 18 et 29 ans, se sont faites insulter au moins une fois dans la rue, au cours de l’année. Récemment les vidéo de deux jeunes femmes marchant dans les rues de New-York et Casablanca ont démontré ce que peut subir une femme au quotidien. A l’heure actuelle seule la Belgique s’est décidée à légiférer et condamner.

Une vidéo pour dénoncer le harcèlement subit par les femmes dans la rue a fait grand bruit ces derniers jours. Le mouvement Hollaback, qui combat ce type de harcèlement, a mené une expérience grâce à une caméra cachée. Pendant dix heures, une jeune femme s’est baladée dans le quartier de Manhattan, à New York, “en jean et sans décolleté”. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le harcèlement qu’elle a subit était certes déplaisant, mais une limite n’a pas été dépassée : celle du contact physique. Pourtant, elle constitue en premier le terme même de « harcèlement » pour moi. Malheureusement il a fallu qu’une vidéo pour dénoncer le « harcèlement de rue » soit diffusée, pour que l’on s’intéresse à ce qu’une femme peut subir dans la rue en marchant. Les insultes sexistes et comportements agressifs sont pourtant quotidien.

Il y a deux ans, je sortais d’une salle de sport à République pour me rendre au métro ligne 5. Tout d’un coup, trois types que j’aperçois au loin en train de mettre des coups de pieds dans le panneau publicitaire du couloir, se tournent vers moi. Enfoncée dans mon survêtement XL, je m’avance pour rejoindre le quai, quand l’un d’eux surgit devant moi, demandant une cigarette. Je n’en ai pas et là le type me dit : « T’es belle toi, tu veux pas venir avec moi ? ». Je refuse son offre et continue d’avancer mais cela ne lui plaît visiblement pas. En un dixième de seconde, je me retrouve plaquée au mur, les trois hommes devant moi et la main de l’un d’eux sur mon ventre qui me bloque. Les quelques personnes qui passaient ne m’ont même pas regardé. Il a fallu qu’un métro bondé se vide en bas de l’escalier pour qu’ils prennent la fuite. Et peu importe les lieux, certains types n’acceptent pas le refus.

En avril dernier, Éléonore se rend dans une soirée dansante avec ses amies. Alors qu’elle passe près d’un homme dépourvu de délicatesse, il lui bloque le passage : « tu danses avec moi ? – Non merci » lui répond-elle. Ce frustré recalé lui bloque alors les bras avant de l’insulter : « sale pute tu t’es pris pour qui ? ». Éléonore lui demande à nouveau de la lâcher quand il lui balance « espèce de grosse salope, nique ta mère ». Ayant mal aux bras et perdant patience, elle le gifle afin qu’il la lâche. Mais ce dernier entre dans une folie noire et l’étrangle avant de lui mettre une « balayette » et de lui retourner la main en lui assenant des coups de pieds alors qu’elle se trouve au sol. Elle s’en sortira avec un doigt cassé et des bleus sur tout le corps.

Cette expérience, Sarah en a fait les frais la semaine passée, station Châtelet-les-Halles. Son dernier train étant supprimé, elle décide de remonter afin de sortir de la gare pour prendre un taxi. Manque de bol, elle tombe face à deux hommes très alcoolisés devant qui elle doit passer pour suivre son chemin. « Ils ont essayé de me toucher les fesses, j’ai dû répondre un truc du genre ‘Cassez-vous’. Mais d’un coup, je me suis retrouvée au sol en train de me faire tabasser. Heureusement, trois hommes qui ont vu la scène sont venus m’aider ». Sarah précise une chose qui l’a marquée : « le pire c’est que des hommes de la sécurité étaient juste à côté de moi, matraque à la taille. Mais ils n’ont pas bougé d’un poil ». Les trois hommes venus l’aider l’ont donc accompagnée jusqu’à l’extérieur, s’assurant qu’elle monte bien dans son taxi. Un geste rare et courageux de leur part.

Dernier scénario dingue mais pourtant vrai, Kélia, s’est retrouvée à l’hôpital après avoir ignoré “les avances” d’un homme. Il y a trois ans de cela elle s’apprêtait à traverser la rue quand un homme l’a abordé à bord de son véhicule. L’ignorant, elle décide de contourner sa voiture par derrière pour traverser en paix. « Je n’ai rien compris, au moment où j’ai traversé, il a fait marche arrière d’un coup. La seule chose dont je me souvienne, c’est m’être réveillée dans le camion des pompiers, le pied cassé, couverte d’égratignures. »

Si les agressions caractérisées sont pénalement condamnables, le harcèlement de rue ne l’est pas encore à part entière. Même si la loi du 6 août 2012 offre quelques outils, aujourd’hui seule la Belgique dispose d’une loi. Après la diffusion d’un documentaire de Sophie Peeters, Femmes de la rue, le gouvernement belge s’était décidé à punir séverement les auteurs d’insultes sexistes et de harcèlement, jusqu’à 1 an de prison et 1000 euros d’amende. A quand une telle décision en France ?

Inès El laboudy

Les réactions des internautes

  1. lundi 24 novembre 2014 07:02 ptitpère

    "Selon une étude de l’Insee près de 20% des femmes entre 18 et 29 ans, se sont faites insulter au moins une fois dans la rue, au cours de l’année." On se demande bien par qui...
    • lundi 24 novembre 2014 08:19 MLK92

      Les filles, les jeunes filles et les femmes sont insultés, battues, violées par tous les imbéciles de toutes origines, de toutes confessions, de toutes les couleurs et de toutes catégories socio professionnelles qui sont macho, mal éduqués et imbu de leur personne. Tous les frustrés en cols blancs, en col rouge ou en basquettes et qui sont de gros naze. et ils sont nombreux hélas.
  2. mercredi 19 novembre 2014 11:58 Amélie

    Le BB n'assume même pas les questions qu'il soulève à travers certains articles. Renoncez à l'appellation "journalistes".
  3. mardi 18 novembre 2014 10:39 jps

    Vos trois exemples ne sont pas du harcèlement, mais des agressions violentes. Le harcèlement est moins violent et plus pervers. Ce sont plus des paroles que des actes. Les deux premiers sont le fait de gens violents et alcoolisés. Les femmes sont victimes de harcèlement dans la rue, au travail, et dans leur famille, c'est ce type de harcèlement qu'il aurait fallu dénoncer.
    • mardi 18 novembre 2014 12:33 SDionys

      ces passages à l'acte rapportés par Inès méritent aussi d'être dénoncés. Quant au harcèlement de rue, parfois quotidien pour nombre de femmes et jeunes filles en France, selon les rues où elles habitent, vaut que notre représentation nationale se penche sur ce problème de société, comme l'a fait la Belgique avec l'entrée en vigueur en septembre 2012 de leur loi, permettant aux Belges d'avoir un outil légal de réponse à leur disposition (possibilité de dépôt de plainte, et risque d'une amende de 250 euros pour le harceleur)...
      • mardi 18 novembre 2014 14:04 jps

        Bien sur qu'ils méritent d'être dénoncés, mais pas dans la cadre d'un article sur le harcèlement de rue. il s'agit ici d'agressions violentes à caractère sexuel passibles de sanctions graves. Ines El Laboudy aurait du choisir d'autres exemples plus en rapport avec le thème de son article.