Elections départementales : « on veut créer un vrai choc de l'égalité en Seine-Saint-Denis »

AMBIANCE lundi 16 mars 2015

Par Tom Lanneau @TomLanneau93

A quelques jours du premiers tours des élections départementales, rencontre avec les candidats Ps du canton Montreuil Nord (Pcf) et Rosny-sous-Bois (Ump).

Après une séance de tractage le samedi matin, à 8 jours du premier tour des élections départementales, Magalie Thibault (adjointe au maire de Rosny-sous-Bois) et Frédéric Molossi (conseiller général sortant de Seine-Saint-Denis, adjoint au maire de Montreuil, chargé du personnel) reçoivent afin de répondre à nos questions sur les échéances électorales à venir. Binôme candidat pour le PS sur le canton Montreuil Nord – Rosny-sous-Bois, ils mettent en avant leur « proximité avec les citoyens » et la primauté de l’éducation au niveau du conseil départemental.

Bondy Blog : Magalie Thibaut, vous êtes plutôt jeune (27 ans) par rapport aux autres candidats. Est-ce un inconvénient ou un avantage ?

Magalie Thibault : Frédéric et moi portons l’expérience et l’avenir. Je pense que cette complémentarité est un réel avantage.

Pourquoi êtes-vous tête de liste ?

Frédéric Molossi : Parce que les militants socialistes de Rosny et de Montreuil ont eu à se prononcer. Je pense que ma qualité de conseiller général sortant et la jeunesse de Magalie qui a la volonté d’incarner un nouveau souffle, a conduit à ce que nous soyons désignés très largement.

Magalie Thibault : Nous bénéficions aussi de la confiance des habitants. J’ai 27 ans et ça fait 27 ans que j’habite Rosny.

Frédéric Molossi  : Et moi ça fait 47 ans à Montreuil. J’y ai vécu, j’y ai fait toute ma scolarité jusqu’au bac… Donc, une des choses qui nous caractérise l’un et l’autre, c’est une implantation sur le territoire et puis un attachement à nos villes. C’est un élément qui, je l’espère, fera la différence. Avec nous, les habitants n’auront pas des élus venus d’on ne sait où, dont on ne sait pas combien de temps ils resteront… Les citoyens veulent des candidats qui vivent parmi eux, et qui veulent pour leur territoire ce qu’il y a de mieux.

BB : On parle d’un basculement de la Seine-Saint-Denis à droite, quelles sont vos réactions ?

MT : On ne va pas vous dire qu’on est sur une élection gagnée d’avance, mais le bilan de la majorité sortante, de gauche, est un bon bilan. On est très fier de pouvoir aller le présenter à nos concitoyens et on sait qu’on a de réelles preuves de nos actions politiques au niveau de notre département. On croit très fortement à notre victoire sur le canton de Montreuil et Rosny-sous-Bois afin de continuer à porter nos politiques de solidarité et d’attractivité pour notre département, auquel on veut retransmettre une image positive et dynamique.

FM : Moi, je me méfie des prédications. L’expérience montre que ceux qui tentent de lire dans le marc de café se trompent. Par conséquent, on a fait une campagne qu’on a voulue extrêmement positive et qui s’appuie sur un bilan concret que les gens peuvent mesurer dans leur quotidien. On a notamment fait beaucoup pour les collèges. Je pense que c’est ce bilan-là qui nous a permis d’être crédibles dans les propositions que nous formulons. Nous sommes une sorte de « force tranquille », déterminée et nous sommes convaincus que nous pouvons l’emporter sur ce canton.

BB : Mais le fait que vous n’ayez pas réussi à vous entendre avec les autres partis de gauche risque de vous handicaper…

FM : Ah non. Magali et moi sommes candidat commun PS, Verts, PRG, MRC et Mouvement de la gauche citoyenne. Nous sommes parmi les candidatures de gauche, celle qui a rassemblé le plus grand nombre de partis politiques de gauche.

BB : On prévoit une abstention record lors de ces élections. Comment la contrer ?

MT : C’est vrai qu’il y a une réelle interrogation autour de la démocratie et sur la participation qui risque de ne pas être très élevée durant ce scrutin. Je pense que dans un contexte difficile, le rôle d’un élu est d’être à l’écoute de ses concitoyens. Voir les gens dans leurs habitats et discuter de leur vie quotidienne. Honnêtement, depuis qu’on a commencé notre campagne, on a rencontré des concitoyens qui n’attendaient que cela, avec qui on a pu discuter, avoir de réels échanges. Il faut retourner au contact des gens, et ne pas avoir peur de pouvoir échanger, convaincre.

FM : L’abstention est un vrai problème et la séquence des cantonales départementales n’est jamais très mobilisatrice pour l’électorat. Mais on sent, sur le terrain qu’il y a une vraie appétence pour que la gauche puisse l’emporter le 29 mars prochain. Notre démarche a été de faire une campagne positive où on a abordé les vrais sujets de l’élection. Nous n’avons pas été chercher des thèmes de politique publique qui n’ont absolument rien à voir avec les compétences du conseil départemental, comme ça a été le cas de l’UMP, par exemple, sur les sujets de sécurité dont chacun sait qu’ils n’ont absolument rien à avoir avec les compétences directes du conseil général. Nous, on a souhaité faire preuve de pédagogie, expliquer aux gens ce que va faire un conseil départemental, incarner une politique concrète dans les domaines du social, de l’éducation à travers les collèges, à travers la petite enfance. Des thèmes qui parlent aux gens, car nous, on respecte les électeurs. On ne leur fait pas de promesses sur des attributions qui ne relèvent pas du conseil départemental. Notre façon à nous de lutter contre l’abstention, ce n’est pas d’attendre que les gens viennent vers nous, mais que nous allions vers eux. Et je suis convaincu que ce travail portera ses fruits.

BB : Est-ce que le bilan du gouvernement pèse sur votre campagne ?

FM : Je pensais, en effet, qu’à un moment, la dimension nationale apparaitrait dans la rencontre avec les habitants, qu’on nous ferait part d’une certaine forme de déception sur la politique gouvernementale. En tout cas, moi je ne l’ai jamais rencontré. Mais ça ne veut pas dire qu’elle ne pèsera pas, bien évidemment.

BB : Vous n’avez réellement jamais rencontré ce type de remontrance ?

FM : Jamais, et je suis même très surpris de ce que je suis en train de vous dire puisque c’est vrai que je m’attendais à ce qu’on nous tombe dessus sur le bilan national. Mais très sincèrement, les gens se sont plus attachés à garder le conseil départemental à gauche. Et puis il y a une dimension déterminante dans notre rapport avec la population : c’est notre implantation locale et un vrai ancrage à gauche. D’ailleurs, il y a des aspects de la politique gouvernementale que nous ne cautionnons pas. Je pense qu’on peut témoigner d’autres choses que d’être porte-paroles d’une politique gouvernementale. On est d’abord Magali et Frédéric, des gens que les habitants connaissent.

MT : C’est vrai que durant le porte-à-porte, on rencontre des personnes qui ont envie d’échanger, sur des choses très locales, sur la petite enfance avec les places en crèche, sur l’éducation avec les collèges, sur les politiques de solidarité… Ce sont des politiques qui nous rapprochent des citoyens, et ils ont conscience qu’on est fortement attaché à la ville dans laquelle nous nous présentons, et qu’on ne disparaitra pas du jour au lendemain.

BB : N’est-ce pas paradoxal de se présenter à des élections sans connaitre les véritables prérogatives du conseiller départemental ? Puisque la loi NOTRe (loi sur la Nouvelle organisation territoriale de la République) ne sera votée qu’en avril par l’Assemblée nationale.

FM : Vous auriez eu raison si le débat sur la loi NOTRe avait été aussi chaotique que celui sur la loi Maptam [Modernisation de l’Action publique territoriale et d’Affirmation des Métropoles]. Il semblerait qu’il se dessine un large consensus pour maintenir la quasi-totalité des compétences du conseil général. On sait que le département intervient beaucoup dans les politiques sociales : gestion du RSA, des différentes allocations sociales en direction des handicapés, des personnes âgées… Et on sait qu’en Seine-Saint-Denis, ces politiques de solidarité sont essentielles pour la population qui est touchée de plein fouet par la crise. Nous proposons d’amplifier l’effort qui a déjà été produit durant le dernier mandat, avec un plan Ambition collège sur les cinq prochaines années, avec 10 nouveaux collèges sur l’ensemble du territoire, un gros effort d’investissement sur la rénovation des collèges existants… Dont 11 millions d’euros investis dans les trois collèges de Rosny ! On a des ambitions pour nos enfants. Les collégiens de Seine-Saint-Denis doivent pouvoir accéder à ce qui se fait de meilleur, car l’éducation est notre priorité absolue. Nos enfants, c’est l’avenir. Si nos gamins ne réussissent pas, on en porte une responsabilité. On a aussi beaucoup investi en direction des seniors : on est à la fois le département le plus jeune en France métropolitaine, mais on a aussi maintenant des populations vieillissantes. La création de places d’accueil pour les seniors doit être accentuée, on souhaite aussi créer le Pass sénior afin que nos plus anciens accèdent, avec des tarifs réduits, aux équipements culturels du département…

BB : Claude Capillon et Manon Laporte pointent du doigt le fait que le conseil général a 2 milliards d’euros de déficit. Ils fustigent une mauvaise gestion de la part de la gauche… Une réaction ?

FM : Claude Capillon pourrait très bien dénoncer certains aspects de gestion sans forcément tomber dans la caricature, voire le mensonge. Dire 2 milliards, ça frappe les esprits, mais le budget annuel du conseil général est de 1 milliard d’euros. Le déficit du conseil général n’a donc rien d’extraordinaire par rapport au taux d’endettement de certaines villes. M. Capillon joue sur les peurs des gens, mais ce n’est pas très raisonnable. Là où je parle de mensonge, c’est qu’il ne respecte pas les faits. Quand il parle de la dette, il évoque notamment des emprunts toxiques. Mais lorsque Claude Bartolone prend la présidence du conseil général en 2008, on a une structuration de notre dette qui est très largement constituée d’emprunts toxiques (plus de 90 %). Or, entre les renégociations, les procès intentés que nous avons tous gagnés contre les banques, le dispositif gouvernemental qui vise à soulager un certain nombre de collectivités locales et une prise de position politique claire… Aujourd’hui on est tombé à un taux qui est légèrement au-dessus des 11 %. Et nous allons vraisemblablement les éteindre à court terme. Là où Claude Capillon est un peu exaspérant, c’est qu’il le sait, et que contrairement à lui, nous [le conseil général] avons eu le courage de faire voter notre budget avant les élections de façon à ce que les choses soient claires et transparentes. J’aurais aimé qu’il fasse la même chose pour les Rosnéens en faisant voter le budget avant l’échéance du 22 mars. Moi ce qui me surprend beaucoup dans la communication électorale de l’UMP, c’est qu’on veut faire peur : on parle de la sécurité, de la fiscalité… J’accepte qu’on n’adhère pas à mes idées, qu’on dénonce des faits. Oui à la critique, oui à l’affrontement, mais non à la caricature qui joue sur les peurs. En politique, on peut tout dire, mais on n’est pas obligé de prendre les électeurs pour des imbéciles. Je crois même que dans une période comme la nôtre, où l’on parle de la décrédibilisation de la parole politique, on a un devoir, quel que soit notre bord, c’est d’être respectueux des faits et des électeurs. En faisant le contraire, je trouve que nos adversaires ne participent pas à cet effort nécessaire pour redorer le blason de la politique et redonner envie aux électeurs d’aller voter.

BB : Quelle est la principale différence entre vous et vos adversaires UMP ?

MT : Je pense que la réelle différence qu’il peut y avoir entre notre candidature et celle de la droite, c’est surtout l’image qu’on souhaite porter de la Seine-Saint-Denis. Quand on voit les propositions de la droite départementale, on a l’impression qu’ils n’aiment pas les habitants de la Seine-Saint-Denis. Quand ils parlent du 93 en parlant de la sécurité, en parlant des déchets, en parlant du nombre d’allocataires du RSA… Quel respect porte-t-on aux habitants de la Seine-Saint-Denis ? A contrario, nous on a mené une campagne positive, avec la priorité à l’éducation, travaillé sur l’attractivité pour faire venir des entreprises en Seine-Saint-Denis, avec le label « Made in Seine-Saint-Denis » qui va être créé sur les prochaines années… La différence est que nous, on est fier de notre département, de sa diversité et qu’on veut créer un vrai choc de l’égalité en Seine-Saint-Denis. On veut que les habitants soient fiers de leur territoire, et nous en tant qu’élus, on est fier de notre département.

Tom Lanneau

Les réactions des internautes

  1. lundi 16 mars 2015 21:00 Peaudane

    J'aime beaucoup la réponse : "Moi, je me méfie des prédications". Fréquente-t-il la mosquée ? Selon le Petit Robert : "prédication" --> Action de prêcher ou alors --> Toute propagande par le discours. Sans doute voulait-il dire : prédiction .... ce qu'est un sondage ...