Vote obligatoire contre mandat impératif

AMBIANCE vendredi 17 avril 2015

Par Tom Lanneau @TomLanneau93

Afin “d’irriguer la démocratie” le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, s’est prononcé en faveur du “vote obligatoire” dans un rapport remis au président de la République.

Dans son rapport sur l’engagement républicain remis à l’Elysée mercredi, Claude Bartolone préconise de rendre le vote obligatoire en France. Cette proposition est surement liée au faible taux de participation dans le fief du président de l’Assemblée nationale : la Seine-Saint-Denis, département de France métropolitaine dans lequel l’abstention est la plus élevée, avoisinant les 70%. Mais rajouter des sanctions à la désillusion politique des citoyens, est-ce vraiment ce qui va « irriguer la démocratie » ?

Cette logique tend à culpabiliser ces « grands méchants abstentionnistes antirépublicains », à cause de qui les extrêmes prospéreraient en France. Or, la montée du Front national coïncide avec le sentiment de « trahison électorale » de la majorité actuelle, mais également avec les affaires judiciaires gangrenant la droite, qui propose de changer de nom, afin de faire table rase du passé. Alors, les remontrances, ne doit-on pas également les proférer à l’encontre des hommes politiques ?

Si une majeure partie des Français décide de ne plus se rendre aux urnes, pourquoi ne pas percevoir cela comme l’expression d’une idée politique ? Comme le ras-le-bol des promesses non-tenues, de cette « sphère politique coupée du monde réel », des conditions de vies qui se dégradent, du manque de reconnaissance à l’égard du vote blanc etc. D’ailleurs, durant les soirées électorales, l’abstention est presque autant analysée que les suffrages exprimés.

« Est-ce cela la démocratie ? »

Bouder les urnes est un phénomène particulièrement présent au sein des classes populaires, fraction de la population qui nécessiterait pourtant d’avantage d’aides de la part des pouvoirs publics. Or, aujourd’hui, comment inciter un chercheur d’emploi, un ouvrier ou une employée à aller voter, quand ces derniers constatent que le chômage ne cesse d’augmenter, que les pauvres s’enfoncent dans la précarité, et que d’autres, à l’image de Laurent Wauquiez, tapent à bras raccourcis sur les chômeurs, ces « assistés », alors que dans le même temps, la perte de profit pour la France due à l’évasion fiscale est estimée entre 60 et 80 milliards d’euros par an.

Une camarade brésilienne, étudiante en Science Politique, évoquait récemment les grandes manifestations populaires qui se déroulent actuellement au Brésil, suite à l’affaire « Petrobras ». Petrobras est une entreprise brésilienne nationalisée, spécialisée dans le pétrole, dont on accuse certains de ses cadres, proches du pouvoir politique, d’avoir détournés plus de 4 milliards de dollars. Expliquant que le Brésil est un pays dans lequel le vote est obligatoire, cette dernière s’est exclamée : « A cause de la peur des sanctions, les Brésiliens ont voté pour des personnes avec lesquels ils ne sont pas d’accord… Est-ce cela la démocratie ? ».

Sur le web, la levée de bouclier des internautes français ne s’est pas fait attendre longtemps : « vote obligatoire, d’accord. Mais seulement quand les politiciens tiendront leurs promesses ». Et si c’était ça la solution ? Obligation d’aller aux urnes contre mandat impératif. Cela empêcherait nos élus de pouvoir trahir leurs engagements durant plusieurs années, et ce pacte serait contraignant pour les deux parties.

Tom Lanneau

Les réactions des internautes

  1. samedi 18 avril 2015 09:27 jps

    L'abstention n'est pas un vote sanction ce n'est tout simplement pas un vote. Les bulletins blancs devraient être pris en compte et cela serait un vote sanction. On ne peut pas se plaindre des élus si on n'a pas participé à leur élection. Quand au mandat impératif, il est difficile à mettre en place puisque le mandat des parlementaires est national, comment mettre en place alors des sanctions pour des promesses locales sur lesquelles les députés ont souvent été élus.
  2. vendredi 17 avril 2015 23:28 Rémy

    Oui ! Reste à trouver une forme pour le mandat impératif : comment sanctionner l'élu quand il ne tient pas ses promesses, et avant ça, qui doit évaluer s'il les a tenues ou pas ? En attendant, on pourrait aussi introduire une dose de mandatement explicite, c'est-à-dire que les hauts fonctionnaires chargés de diriger tel ou tel projet (genre Notre-Dame des Landes, Sivens, diverses privatisations, le Crédit Lyonnais, les projets d'infrastructures, ouc.) seraient élus (et non plus nommés) pour le projet en question (et pas pour autre chose ni pour une autre durée).