Arash Derambarsh : du bruit et pas de gâchis

POLITIQUE lundi 4 mai 2015

Par Pegah Hosseini

Tour à tour éditeur au Cherche-Midi, élu à Courbevoie (92), doctorant en droit et récemment initiateur de la pétition « Stop au gâchis alimentaire en France ! », Arash Derambarsh, 35 ans, parfois dérangeant, souvent attachant, est un homme qui agite, qui secoue…Et qui sera reçu à l’Elysée ce mardi 5 mai.

Né le 25 juillet 1979 dans le XIIIe arrondissement parisien, Arash Derambarsh vit à Courbevoie depuis ses six ans. Ses parents ont fui l’Iran et le régime islamiste pour, selon des propres termes, que son frère jumeau et lui puissent grandir dans une société laïque et démocratique. S’il précise ne pas être issu d’une famille aisée, il confie toutefois avoir été élevé « avec beaucoup d’amour et de valeurs ».

La politique, il s’y lance à l’occasion d’un meeting organisé pour les 20 ans du RPR. Il a 17 ans. Puis il travaille successivement au Ministère des Affaires étrangères, au Ministère de l’Intérieur sous Nicolas Sarkozy en 2005 et devient assistant parlementaire du Député Michel Hunault (Loire-Atlantique) de 2006 à 2007, tandis qu’il est en même temps conseiller national UDF de 2003 à 2007.

Arash Derambarsh, c’est une pieuvre de connexions qui n’éloigne pas ses tentacules les unes des autres, mais au contraire les rapproche pour créer des ponts. « Des passerelles » comme il le martèle souvent. Toujours partant pour une interview, un voyage, une discussion, il détonne. À peine le serrage de main – sincère et spontané – terminé, il est déjà ailleurs. Sur une autre route. À la recherche d’une personne à éditer. De quelqu’un avec qui échanger des idées. De se faire prendre en photo bien accompagné, histoire de figer le moment.

Lorsqu’il perd les élections municipales à Courbevoie en 2008, il se relève, encore plus fort. Plus combatif que jamais, il revient à la charge en 2014, lassé par le « règne » du maire Jacques Kossowki, en poste depuis 1995. Cette ténacité le caractérise dans tous ses projets professionnels.

De sa sphère privée, il demeure cependant assez secret. Du mariage, il pense que c’est « le ciment de la société ». De l’amour, il en a pour tout le monde. Mais de là à se consacrer à une seule personne… « En tout cas je n’ai jamais pris autant de plaisir à marier des couples, à la mairie de Courbevoie » poursuit-il.

« Il agace, peut-être, mais il fait bouger les choses »

Ultra-connecté, Arash Derambarsh sait aussi mener son monde sur les réseaux sociaux. Via Facebook, Twitter, il n’a de cesse d’alterner punchlines, bonne humeur, coup de colère et appels à participer à tel ou tel projet. Résultat : de centaines de « likes » ou de « retweets », il passe à près de 180 000 signatures pour la pétition contre le gaspillage alimentaire, lancée le 19 janvier avec son ami Mathieu Kassovitz. De nombreuses personnalités du show-business se sont d’ailleurs ralliées au projet, parmi lesquelles Bruno Gaccio, Johnny Hallyday et son épouse, Omar Sy… Des opérations coups de poing à distribuer de la nourriture aux plus démunis de son quartier, il finit par demander un projet de loi et s’adresse directement à l’Élysée. Entier, têtu, quand on lui parle de sa lutte, Arash Derambarsh répond frénétiquement que ce n’est pas « son » combat. Que la cause est plus importante que sa personne, bien que de nombreuses mauvaises langues voient cela comme un acte très perso.

« Il agace, peut-être, mais il fait bouger les choses » commente une dame dont les yeux sont rivés sur un journal. Nous sommes dans le métro et l’article parle de lui. Mais nombreux sont ceux qui l’attendent au tournant. Sur ses origines par exemple : bien qu’il martèle être un enfant de la République, on lui rappelle qu’il est Iranien. Qu’il « oublie d’où il vient ». Les petites piques vont bon train, mais il ne se dégonfle pas. Il répète, encore et encore, jusqu’à épuiser son adversaire.

Sur son passé, on lui cherche des erreurs de parcours, des maladresses. Et personne ne peut se vanter de ne pas en avoir, même les journalistes qui l’apostrophent pour lui « faire la peau dans un papier ». L’une de ces fautes a été de se proclamer président de Facebook en France. C’était en 2008. Une erreur de communication. On lui donnera volontiers un chapeau de clown qui s’autodécerne tel ou tel titre. On lui reproche de trop vouloir briller, mais qui refuserait un plateau télé ?

À force d’insister, il ouvre de force les portes qu’on lui referme au nez : dans sa lutte contre le gaspillage alimentaire, un amendement a fini par voir le jour. Voté le vendredi 10 avril à l’unanimité, le texte a été déposé par la Sénatrice UDI Nathalie Goulet, au Sénat, dans le cadre du vote de la loi dite Macron. Il sera débattu et voté en juin à l’Assemblée Nationale.

Alors, quelque part, on ne peut qu’envier Arash Derambarsh. On aimerait rompre nos chaînes et agir de façon aussi fougueuse. Penser de façon idyllique que les systèmes sclérosés vont finir par s’écrouler. Au mieux on fait comme lui, au pire on se tait.

Cinq minutes (ultra rapide) avec Arash Derambarsh :

Bondy Blog : Éditeur, conseiller municipal à Courbevoie, juriste de formation… De toutes ces fonctions, laquelle est prioritaire ?

Arash Derambarsh : Toutes ces fonctions sont différentes : être un élu local c’est un investissement personnel, je ne suis pas rémunéré, je n’ai pas d’indemnités donc c’est de la citoyenneté envers les habitants de Courbevoie. Éditeur, c’est une passion cultuelle, c’est mon métier. Juriste, une formation qui sera compatible avec ma fonction d’éditeur. Je finalise ma thèse et je prêterai ensuite serment en tant qu’avocat. Mais rien n’est prioritaire : je mène les trois de front. Les trois sont importants, pour des raisons différentes…

Mes journées sont toutes différentes, je peux rencontrer telle célébrité, telle personnalité politique, je peux rencontrer aussi des associations de famille, d’autres éditeurs, des habitants de Courbevoie… Je me rends à beaucoup d’événements qui ont lieu dans ma ville, mais je mène en parallèle ma vie professionnelle avec passion. Et j’écris ma thèse la nuit.

En politique, Courbevoie est votre cheval de bataille. Quelles sont les urgences pour la commune ?

Courbevoie doit devenir la ville numérique française. Avec la Défense et Puteaux, il faudrait créer une vraie Silicon Valley là-bas. Je me bats pour ça. La deuxième chose, c’est de créer des partenariats avec l’international. À Courbevoie, il y a une ouverture d’esprit incroyable et ouvrir des portes et des opportunités professionnelles pour nos jeunes à l’étranger leur permettrait d’aller chercher de bonnes choses ailleurs et de revenir meilleurs. Le troisième point important c’est de développer la solidarité dans la ville, que les gens apprennent à se connaître. C’est pourquoi j’ai créé le club Courbevoie 3.0.

Vous présidez, depuis 2012 le Club Courbevoie 3.0. Un débat a lieu une fois par mois et permet de connecter citoyens et personnalités de la sphère publique. Quels avantages en tirez-vous ?

L’objectif est déjà de définir ce que sont le 2.0 et le 3.0 : l’interactivité qu’il y a entre les citoyens, les utilisateurs, sur le digital. On interagit, on échange, on donne. Le 3.0 c’est la « réalité augmentée » : avec le 2.0 on réagit sur le numérique, par écrans interposés, là on interagit dans la réalité. Nous invitons des personnalités importantes — des patrons, des chefs d’entreprise, des personnalités du showbiz — autour de thèmes. Et on les fait interagir avec les Courbevoisiens. Le but étant de créer des émulations : lorsqu’un être humain rencontre quelqu’un qui a réussi, il s’inspire de lui. L’émulation vient par rapport à des exemples, des modèles. On se projette face à quelqu’un qui a réussi. Et le fait de les faire interagir, en les mettant sur un pied d’égalité, c’est l’objectif du 2.0. L’idée du 3.0 c’est donc de pousser plus loin, de ne pas mettre quelqu’un sur un piédestal, tout le monde est au même niveau. J’ai plaisir à créer du débat, de l’émulation intellectuelle. Chacun amène une plus-value et apporte son savoir-faire, son expérience, son point de vue. C’est la fameuse phrase de Paul Eluard : « je vois le monde comme je suis je ne le vois pas comme il est ». Contrairement à la plupart des débats où c’est vraiment soporifique, où la personne invite parle, parle, parle, là, ça va dans les deux sens. Ce genre de débats ont souvent lieu, mais soit il faut être sur une guest list, c’est fermé, c’est basé sur de la cooptation, soit il faut payer pour y assister. Moi c’est « entrée libre ».

Nicolas Sarkozy, dans un texte publié sur Facebook et annonçant son retour sur la scène politique, avait déclaré être « candidat à la présidence de (sa) famille politique ». Quelle est votre famille politique ?

J’ai pris ma carte au RPR à 18 ans. Ma famille c’est la droite, RPR et UMP. J’ai travaillé au ministère de l’Intérieur sous Nicolas Sarkozy et au ministère des Affaires étrangères sous Dominique de Villepin. Je sais ce qu’est la droite et le centre droit. En revanche je reste très ouvert d’esprit. Ce n’est pas parce que quelqu’un est de gauche qu’il dit des bêtises. Et ce n’est pas parce que quelqu’un et de droite qu’il dit forcément quelque chose de vrai. Personne ne détient la vérité sous prétexte qu’il a une étiquette politique. Cette étiquette ne peut pas être un alibi pour avancer comme un mouton de Panurge. Maintenant j’attends les prochaines élections de l’UMP pour ensuite me positionner.

Selon François Fillon, l’UMP doit porter à sa tête une nouvelle « génération », « valoriser de nouveaux talents, de nouvelles méthodes ». Vous en êtes ? Si oui, que proposez-vous pour donner un souffle nouveau ?

Le problème, c’est qu’il y a les mêmes têtes depuis 20 ou 30 ans – des gens qui ont eu des responsabilités, qui reviennent et qui ne lâchent pas le pouvoir. Aux USA, quand tu échoues, tu arrêtes. Ici, tu as une génération qui ne peut pas émerger parce que quoiqu’il arrive (que tu réussisses ou que tu échoues) tu restes au pouvoir. Beaucoup d’hommes et de femmes politiques en France lâchent le pouvoir soit par décès soit par défaite politique. Ou alors s’il y a une condamnation judiciaire. Du coup, les jeunes qui souhaitent s’investir, on ne leur donne pas de responsabilités et on ne leur fait pas confiance. Dans bon nombre de pays au monde, des jeunes ont des responsabilités. L’exemple de Gérald Darmanin est une bonne chose. Mais il y en a peu, des Gérald Darmanin. En plus il vient d’un milieu pauvre, c’est le bel exemple de la méritocratie. J’ai vraiment du respect pour lui. Il va devenir encore plus grand… Pour ma part je fais beaucoup en tant que conseiller municipal, mais je brigue la mairie de Courbevoie.

J’ai une idée très précise de la ville que j’aimerais faire si je deviens maire. Ce que je vois de l’intérieur me conforte dans cette vision. Aujourd’hui il y a un grave problème : il existe deux formes de citoyens. Ceux qui savent et ceux qui ignorent. L’objectif est de restreindre les inégalités sur le savoir et la connaissance. Développer le numérique et la wifi dans la ville permettait de réduire ces inégalités. Un jeune qui souhaite faire un stage, ou une démarche quelconque en vue d’un emploi ou d’une formation, en ayant une connaissance des personnes à qui s’adresser, via un réseau social par exemple, saura vers qui se tourner. Et chacun pourra entraîner « l’autre ». Sur cette plateforme numérique que je souhaitais mettre en place, un jeune courbevoisien qui souhaite faire un stage, avec toutes les entreprises du CAC 40 qui sont ici, ce même jeune pourra envoyer son CV et obtenir satisfaction rapidement.

Sur cette plateforme je pourrais faire se développer des offres d’emploi, de formation, des stages… Ensuite j’aimerais fortifier l’entrepreneuriat. Avoir un accès beaucoup plus facile pour créer sa société. Aujourd’hui c’est vraiment le parcours du combattant. La plupart des jeunes ou des moins jeunes ne savent pas comment monter une entreprise. Les démarches, les business plan… C’est très compliqué. S’il y a beaucoup de colloques et de cocktails, mais rien de concret n’est mis en place pour faciliter les démarches des futurs entrepreneurs… Je souhaiterais ainsi monter une zone défiscalisée et mettre un endroit à disposition des start-ups. Enfin, je mise sur l’international. De l’interactivité avec des villes européennes. Des partenariats culturels, économiques, sportifs, scolaires, universitaires, entrepreneuriaux. Courbevoie n’est jumelée aujourd’hui qu’avec deux villes. C’est inadmissible, pour une ville de 90 000 habitants au cœur de la Défense. Au Conseil Municipal, la wifi fonctionne une fois sur trois !

Enfin, je voudrais plus de clarté pour l’accès aux logements HLM par exemple. Idem pour les crèches, c’est très difficile. Sans oublier le renforcement de la sécurité de la ville… Commencer une transition énergétique, aussi. Voilà mes propositions concrètes. De toute façon tout cela va changer en 2017, avec l’arrivée du non-cumul des mandats. Une nouvelle classe politique va émerger. Ce sera un véritable tournant.

Vous avez publié en 2006, aux Éditions Ramsay, un essai intitulé « Comment peut-on être de droite aujourd’hui ? ». À l’inverse : en 2014, comment peut-on être encore de gauche ?

(Il siffle). Difficile… Je pense que la gauche ne reviendra pas au pouvoir avant dix ans là ! Elle doit vraiment se réinventer. En même temps on a besoin d’avoir deux partis. Pour avoir une légitimité, pour pouvoir se répondre, c’est très important dans une démocratie. Mais le problème, c’est que lorsque le premier parti perd et échoue les élections, le deuxième arrive, fait des promesses et ne les tient pas non plus. Les gens finissent alors par se détacher de ces partis et vont vers des extrêmes. Comme le FN. Le parti socialiste aujourd’hui ne représente plus personne, même les gens qui sont au PS ne sont pas d’accord avec leur parti. Et puis le PS n’est pas du tout en phase avec les aspirations du moment… Les gens veulent du social, mais pas de l’assistanat, la France est l’un des pays les plus généreux au monde. Ici on a accès à la santé, à l’éducation, au transports, à la liberté d’expression, de commerce, d’écouter sa musique… Or les Français souhaitent par ailleurs que les valeurs de la République soient rétablies et ce n’est pas le cas aujourd’hui. La gauche a toujours été laxiste en matière de délinquance. Elle n’a jamais réellement accepté les notions de la Vème République. Elle a vraiment du mal à gouverner depuis. Dans ce pays, on a le culte bonapartiste, le culte du chef et la gauche a toujours été mal à l’aise avec ça. C’est pourtant la culture française… Pour obtenir le pouvoir, il faut désirer le pouvoir, et c’est un complexe de la gauche. Mais c’est culturel et idéologique. Et le problème, à droite, c’est qu’il y a bien souvent trop de chefs !

Pour terminer, à gauche, on choisit une idée puis un candidat pour l’appliquer. Ce n’est pas comme ça que ça devrait se passer. Pourquoi croyez-vous que ça va si mal avec François Hollande ? Parce que le PS a d’abord choisi un projet et ensuite a voté pour un candidat. À droite on vote pour le candidat qui lui ensuite développe son projet. Les idées sont incarnées par une personne. Qui a un passé, des joies, des souffrances…. Les idées se développent aussi comme ça.

Propos recueillis par Pegah Hosseini

 Crédit photo : Bertrand Guay/AFP