Quand un après-midi foot finit au commissariat

AMBIANCE vendredi 26 juin 2015

Par Tom Lanneau @TomLanneau93

C’est une sacrée mésaventure qu’ont vécue quatre lycéens du Val d’Oise (95). L’après-midi devait être consacrée à un match de foot entre amis, elle finira dans un poste de police. Confondus avec d’autres personnes pour des faits de vandalisme, ils passeront un séjour au commissariat qu’ils ne sont pas prêt d’oublier.

Lundi 22 juin, à 15 heures, Yanis (16 ans) Amine (14 ans) Alex et Toufik (15 ans) se rejoignent aux abords du stade de Goussainville, dans le Val d’Oise, pour taper dans le ballon. Attendant leur 5e compère sur un parking, les quatre amis rigolent, discutent, se chambrent… Bref, un agréable parfum de vacances règne sur cette après-midi de fin juin.

Mais, ces lycéens devront remettre à un autre jour leur envie d’imiter les dribbles de Messi : avant même d’avoir démarré la première mi-temps, des agents de la police municipale arrivent pour contrôler l’identité de ces jeunes joueurs. « Ils nous ont contrôlés sans problème. Ils n’ont rien trouvé sur nous, on n’avait rien à se reprocher. Mais quelques minutes après, la Brigade Anti-Criminalité est arrivée et ils nous ont embarqué » raconte Yanis. Direction le commissariat de Goussainville dans une ambiance kafkaïenne : les quatre amis ne savent pas ce qu’on leur reproche.

« Dégradation de véhicule ! Ça vous dit rien ? »

Arrivés au commissariat, ils sont accueillis par un agent de la paix avec un chaleureux « alors, à qui je mets une claque en premier ? » leur aurait-il dit. Yanis et ses camarades ne comprennent pas. Ils font part de leur surprise au policier qui leur aurait répondu d’un air accusateur « Dégradation de véhicule ! Ça vous dit rien ? »  Après une rapide vérification de l’identité des lycéens, les grands moyens sont déployés pour ces jeunes à la voix qui commence à peine à muer, et dont le seul tort a été d’attendre sur un parking. Un fourgon et une voiture banalisée arrivent pour les transférer au commissariat de Gonesse (95). C’est là que la scène hollywoodienne commence. Les deux véhicules de police auraient roulé toutes sirènes hurlantes dans les rues. Les malheureux lycéens au casier vierge ne  connaissent pas encore les accusations. Toufik et Alex sont placés dans la voiture banalisée. « Les policiers nous ont mis dans la même voiture, car on portait une veste bleue » raconte Alex de sa voix fluette. « C’est là qu’on nous a dit que les casseurs aperçus sur un parking à proximité d’où on attendait portaient également des vestes bleues, et c’est la raison pour laquelle nous étions suspectés ».

Sans même attendre d’arriver au poste, un des fonctionnaires aurait sorti son portable personnel pour prendre en photo les adolescents. « À un moment, on parlait avec Toufik dans la voiture et on nous a ordonné de nous taire. Il y en a un qui s’est tourné vers Toufik et qui lui a dit : “Tu fais le ramadan toi ?! C’est donc une bonne raison pour ne pas nous mentir ! ” » Explique Alex. D’après son témoignage, les policiers auraient même été jusqu’à leur dire : « Quand on arrive au commissariat, dites que c’est vous. Ne vous en faites pas, si vous avouez, vous n’aurez pas de casier judiciaire ».

Arrivés au poste de police de Gonesse, les trois lycéens sont placés dans une cellule, et seront interrogés chacun leur tour. « Ce qui m’a choqué raconte Yanis, c’est que dès le début, ils se sont montrés accusatifs. C’est comme s’il n’y avait pas de présomption d’innocence ! » Après plus de trois heures de galère, les adolescents sont relâchés et convoqués pour une nouvelle audition le surlendemain. Les parents venus chercher leurs fils sont sous le choc. Nadjib, le grand frère de Yanis, les décrits comme « quatre mômes posés et brillants, au casier judiciaire vierge, à la scolarité irréprochable, et qui pourtant sont marqués par des soupçons injustes et par un traitement criminalisant ».

Les familles déposeront plainte pour « dénonciation calomnieuse »

Durant l’audition des quatre amis le mercredi, les images de la caméra de surveillance placée sur le lieu des faits prouvent leur innocence. « On voit bien que ce n’est pas nous. Les casseurs sont plus petits et en plus y en a un qui porte un short » rapporte Alex. « Aucun de nous quatre n’est vu sur le site », ajoute Yanis.

Suite à cette mésaventure, les familles des enfants ne souhaitent pas en rester là. Une plainte conjointe sera tout d’abord déposée pour « dénonciation calomnieuse » à l’encontre de la personne qui a accusé les quatre lycéens. Par la suite, Nadjib, jugeant qu’il s’agit là d’un « délit de faciès », compte saisir la commission de l’éthique et de la déontologie. Il a déjà sollicité un député du Val d’Oise, Gérard Sebaoun (PS). Il souhaite également faire appel aux collectifs comme « Stop le contrôle au faciès ».

« Dès le début des auditions, les policiers se sont montrés accusatifs envers mon petit frère et ses amis. C’est ça la présomption d’innocence ? » S’étonne Nadjib. Ce dernier explique cependant les raisons pour lesquelles les familles ne porteront pas plainte contre les hommes qui ont utilisé le ramadan, le mensonge et l’intimidation pour faire parler les enfants « une policière nous a expliqué qu’il sera impossible de prouver que la BAC a eu une attitude disproportionnée : les photos ont dû être effacées et ce sera parole contre parole […] En plus, les procédures contre l’État sont longues, coûteuses et ont très peu de chance d’aboutir. Et puis les familles ne sont pas militantes, elles ne veulent pas de problèmes ».

Si les procédures entreprises par les familles ont plus une portée symbolique, de leur côté les adolescents victimes de cette mésaventure semblent avoir été touchés. « Ça nous a donné une très mauvaise image de la police. Ils sont censés nous protéger, mais ce n’est pas ce qu’ils ont fait lundi » déclarent Alex et Yanis. Un sentiment qu’ils expriment plus comme un constat, que de la colère.

Tom Lanneau