La pénombre pour électrifier des villages africains

AMBIANCE samedi 4 juillet 2015

Par Tom Lanneau @TomLanneau93

Il n’a pas encore 30ans et porte déjà un projet ambitieux : apporter de la lumière dans les écoles en Afrique. Alexandre Castela présentait son initiative lors d’un dîner… Dans le noir. Reportage.

Manger dans le noir pour électrifier des écoles en Afrique. Tel est le but affiché par Édouard de Broglie lors du dîner de presse organisé dans son restaurant « Dans le Noir ? », installé dans le quartier des Halles à Paris. Président de la fondation Ethik Investment, cet entrepreneur français, « spécialiste de l’innovation et de la responsabilité sociale des entreprises » finance en partie le projet d’Alexandre Castel, diplômé de l’École des Mines de Douai (Nord) et créateur de la PME « Station Energy ». Ce jeune ingénieur de 29 ans commercialise et installe des solutions électriques dans des écoles de villages isolés en Afrique, et plus particulièrement au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Aujourd’hui, il souhaite attirer de nouveaux financements.

Depuis sa création en 2014, le projet « Dans le Noir ? A light for Africa » a permis ou permettra d’électrifier plusieurs établissements scolaires : un en 2014, trois en 2015 et cinq en 2016. « Ce qui m’a impressionné dans le projet d’Alexandre, c’est l’impact social de cette initiative qui rejaillit dans le reste de la zone ! Cette avancée ne se cantonne pas aux murs de l’école » explique Édouard de Broglie. En effet, avant de manger dans la pénombre la plus totale, Alexandre Castel nous explique dans le hall du restaurant, en commentant un petit film illustrant les actions de sa PME, que l’électricité engendre un effet de levier pour le développement du reste du village. Cela s’illustre notamment par un meilleur accès à l’eau, à l’hygiène, à la santé… « Et puis en améliorant les conditions de vie de ces personnes, on peut également freiner l’immigration forcée » ajoute le fondateur de la chaîne de restaurant « Dans le Noir ? ».

« Avec 5 000 euros, nous pouvons électrifier une école et y installer un poste informatique »

Les organisateurs de la soirée estiment qu’apporter de la lumière dans les écoles africaines permet de lutter contre l’obscurantisme. « Les cours peuvent se terminer dans la soirée, les gamins peuvent ramener des petites lampes chez eux pour lire plus tard le soir, ce nouvel outil peut permettre aux parents d’encourager leurs enfants à rester à l’école… l’amélioration de l’éducation permet de lutter contre l’extrémisme dans ces pays » déclare Alexandre Castel, suivi des applaudissements de la quinzaine de personnes conviées au repas.

Interrogé sur le coût d’un chantier, le fondateur de Station Energy annonce : « Avec 5 000 euros, nous pouvons électrifier une école et y installer un poste informatique, même dans la brousse la plus reculée ». Les convives sont d’autant plus impressionnés par cette information que le jeune ingénieur rappelle que près de 500 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité en Afrique. Pour lui, le principal déclic de ce projet fut son stage de cinq mois dans une ONG au Burkina Faso. Basé dans un village, il avait dû trouver des techniques pour que cette localité ait accès à l’eau. Depuis, il retourne fréquemment en Afrique dans le cadre de ses affaires, afin de participer « humblement au développement de ce continent ».

Après ce petit discours introductif, nous sommes emmenés par des serveurs non et malvoyants à nos tables, dans le noir le plus complet, pour un dîner dont le menu fut mijoté par le chef étoilé Julien Machet. Il m’a fallu près de 3 minutes, uniquement pour trouver mes couverts et mon verre. Je n’ai découvert l’identité de la personne qui me faisait face que lorsque le plat principal nous a été servi. Malgré la perte totale de repères pour les personnes qui n’avaient jamais fait l’expérience de manger dans le noir, les discussions se sont poursuivies pendant deux heures.

Édouard de Broglie évoque les raisons pour lesquelles il a participé au financement de l’électrification d’écoles en Afrique, sans retour sur investissement, via la PME d’Alexandre Castel : « quand on investit, il n’y a pas d’intermédiaire. On parraine directement une école, puis 100 % de l’argent donné va sur le terrain. Donc, il n’y a pas de perte ». Il conclut avec un sourire dans la voix, à défaut de le voir sur son visage, « une entreprise employant 50 % de non et malvoyants, qui permet à des enfants de lire et d’étudier au cœur de la nuit, même dans la brousse. C’est une symbolique forte non ? »

Tom Lanneau