Laurent Chalumeau : une flamme sur « un coup d'Airwick »

AMBIANCE, MASTERCLASS dimanche 4 octobre 2015

Par Inès El laboudy @InesLabou

Journaliste, scénariste et dialoguiste français, en 1981, Laurent Chalumeau rentre à Rock & Folk. En 1983, il part s’installer aux États-Unis et collabore avec divers journaux. Il rejoint ensuite Canal+, et ce samedi de septembre il était l’invité de l’école du Blog.

Le samedi 19 septembre, le Bondy Blog recevait Laurent Chalumeau pour une école du blog autour de la retranscription d’un verbatim. Un temps journaliste rock, puis dialoguiste pour l’émission Nulle part ailleurs où il écrivait les textes d’Antoine de Caunes, avant de se lancer dans l’écriture de scénarios et de polars, ce « quinquagénaire blanc de la capitale », comme il se définit, n’a pas mis longtemps pour se mettre à l’aise, comme à la maison. Faut dire que chez nous, on accueille chaleureusement les gens, même s’ils n’ont pas vraiment préparé la rencontre : « En fait je ne savais pas trop quel atelier vous proposer, mais un des sujets souvent traité dans mes différentes formations c’est : faire parler les gens de sorte qu’on entende leur musique en lisant » balance Laurent alors qu’il termine son kawa. On réfléchit un peu, et on se dit qu’il faut le laisser parler pour comprendre le sens de cette phrase. « Pour faire vivre un article, la vraie plus-value c’est d’entendre les gens parler, pas simplement de lire des citations ». Ça y est, on est dedans. Mais pour mieux cerner ce personnage à la voix qui porte jusqu’au fond de la salle, retour en arrière.

Laurent Chalumeau parle de ses débuts de journaliste pour le magazine Rock & Folk, où écrivaient Philippe Manoeuvre et Philippe Garnier, ces hommes à qui il voulait ressembler. Après un an et demi à la rédaction de la seule source « d’infos rock » du début des années 1980, il part s’installer aux États-Unis en tant que correspondant pour ce média, mais aussi pour d’autres. Il nous avoue non sans regret : « Je voulais me faire remarquer. Quand j’avais des interviews chiantes, je reformulais les réponses des personnes interviewées pour que ça soit plus sexy. De toute façon ces gens étaient anglophones alors ils ne lisaient pas mes papiers ».

Après une petite remise en question sur cette façon pas toujours honnête d’écriture, il confie : « Je me suis rendu compte que les correspondants des grands médias que je ne citerai pas faisaient la même chose. Je pensais être un truqueur, mais en fait ils étaient pires. » Atterré par le comportement de ceux qu’il nommait « les vrais journalistes », il décide d’être sérieux. Au point de devoir interviewer certain qu’il déteste comme Phil Collins, juste pour pouvoir parler du « Man in black » Johnny Cash, pas tendance à l’époque.

Penser et écrire contre soi

« Les Américains ont une formule que j’aime beaucoup. C’est “le gagnant est celui qui en a le plus envie”. J’en ai tellement eu envie que j’ai été jusqu’à tricher. Mais il fallait que je me confronte à mon travail. Quel que soit le sujet, je me demandais comment un homme blanc de la cinquantaine, en l’occurrence moi aujourd’hui, allait réagir en lisant mes textes. Il fallait faire un selfie de son travail et se le retourner contre soi. » Penser et écrire contre lui, il le fait aussi en lisant le Bondy Blog, « ça m’aide à être moins con », avoue-t-il en souriant derrière ses lunettes et sa petite mèche blonde qui lui tombe sur le front.

Laurent Chalumeau, qui vit le journalisme comme une passion, précise que le mot le plus important de tous ses articles, c’est son nom en bas de la page. Sa signature qu’il pose fièrement peu importe le support : « Soyons honnête, le vrai plaisir d’un papier c’est de lire son nom. J’ai toujours été fier de le faire, même quand je dépannais un pote qui tenait un magazine porno. Je refuse que mes papiers soient réécris, en revanche ma signature, je la veut partout. »

Pour lui, on est journaliste si on a envie. Envie de signer, envie d’être sur le terrain, envie d’écrire et surtout, de se démarquer. « Un papier gagne toujours à être écrit, et ce n’est pas en écrivant de façon neutre qu’on avancera. Pendant une interview, il faut tirer la personne par ses petits cheveux. Il n’y a pas de honte, il faut passer en force. Les guirlandes tiennent seulement s’il y a des branches au sapin ». Il vient d’inventer cette métaphore en direct, rien que pour nous, avec fierté. Plus sérieusement, il insiste sur le fait qu’un article « doit sonner », surtout par la voix. « J’ai tout fait pour que les différentes voix de mes papiers ne se ressemblent pas. Je cherchais des moyens de les différencier. »

Celui pour qui « tout est permis à condition de ne pas faire chier le lecteur », confie qu’il aurait aimé venir de l’autre côté du périph. « Quand tu viens de là-bas on veut pas de toi par la porte, alors tu forces et tu passes par la cheminée comme le père Noël. Naître avec une cuillère en argent dans la bouche fait que tu n’as pas la gnaque, la rage. Je n’aime pas mon milieu, d’ailleurs jeune je ne voulais pas rester où j’étais. » Chalumeau écrit, car « la vie lui fait peur ». Il le répétera tout au long de sa Masterclass, dans le journalisme « il faut balancer un coup d’Airwick ». On ne sait pas si c’est parce que ce milieu pue ou qu’il a besoin d’air frais pour se renouveler, en tout cas au Bondy Blog, on est prêt à recevoir ses papiers insolents, lui qui aimerait y écrire. L’assemblée finira même par l’applaudir, après 4 heures passées à ses côtés, alors qu’il nous remerciera d’avoir supporté son tsunami verbal avec grâce et patience.

Inès El Laboudy