Je me souviens d’aujourd’hui

AMBIANCE mardi 27 octobre 2015

Par Mehdi Meklat ET Badroudine Said Abdallah

2005-2015 : SOUVIENS-TOI ? Les blogueurs se rappellent de leur octobre et novembre 2005.

Je me souviens d’aujourd’hui. Des vacances scolaires qui creusaient le temps. D’un passement de jambe, d’un beau geste du pied, de la balle au fond de la cage, des cris exaltés, de l’équipe vainqueur. Je me souviens d’aujourd’hui, du paysage qui ne changeait pas, des frères qui retenaient les tours pour ne pas qu’elles tombent en lambeaux, des vapeurs de shit, des groupes des centres aérés qui allaient à la piscine pour vivre sous l’eau, des enfants qui s’amusaient comme ils pouvaient. De la faim de cette journée du ramadan, des odeurs de fritures banales, de la cité qui se levait et se couchait, des papas et des mamans qui allaient au travail aux heures honteuses.

Je me souviens d’aujourd’hui, des survêtements des enfants, des nouvelles baskets bien blanches, des crampons acidulés qui s’accrochaient au terrain de foot, des enfants qui jouaient sur ce terrain et des autres qui regardaient autour. Je me souviens d’aujourd’hui, d’une musique comme un bruit de fond et des cris de l’air entre les bâtiments, comme si le ciel prévenait d’un drôle de jour. Comme s’il nous disait que ce ne serait pas un jour comme les autres, qu’il s’éteindrait bien plus vite que prévu.

Je me souviens d’aujourd’hui, des télévisions qui résonnaient dans les salons, de ceux qui faisaient la sieste pour tromper la gourmandise, des frigidaires qui débordaient d’eau fraîche et des mamans et des papas qui rentraient en RER pour commencer leurs prochaines vies. Les quotidiens n’étaient pas infernaux, ils étaient simples. C’était la routine d’une cité. D’un lieu où la plupart des gens étaient nés, où personne n’avait rien contre le soleil.

Je me souviens d’aujourd’hui, de cette journée comme une autre, des vies qui se déployaient sans trop d’effort. Il fallait s’aimer pour vivre ensemble, il fallait rire pour ne pas s’abattre sur son propre sort, il fallait se battre pour ne pas tomber. Les coeurs ne pensaient jamais aux chutes, il y avait des convictions bien plus fortes, des ambitions qui commençaient à fleurir dans les têtes de tout le monde, il fallait être un joueur de football très connu ou un patron avec plein d’argent, il fallait faire de longues études, il fallait rendre fier les papas et les mamans qui avaient la vie triste. Il fallait grandir, grandir, grandir. Il fallait avoir de belles femmes, les aimer avec innocence, partir dans tous les pays du monde, être une star de cinéma.

Je me souviens d’aujourd’hui. Du terrain de foot qui s’est vidé d’un seul coup. La match terminé, la balle enfouie quelque part, les muscles tendus, les jambes flagada, les rires qui s’échappaient de partout. Il fallait parler d’amour, de ce qui s’était passé à la télévision hier soir, de l’école qui ne manquait à personne à ce moment-là, de Djibril Cissé et de tous les autres qui étaient les patrons des terrains. Et puis, je me souviens d’aujourd’hui parce que je me souviens de la voiture de police. Des cris épars, désordonnés. De la course infernale qui s’en est suivie. De la peur qui a mangé les nerfs. Des souffles forts et raccourcis, des coeurs qui ne sont pas prêts de s’arrêter. Des larmes au bord des yeux, du froid dans les chaussures, des graviers qui pétaient sous les pas. Des chemins qui se dessinaient au pif.

Je me souviens d’aujourd’hui. De ces enjambées infinies, de la lumière qui tombait doucement, des secondes qui s’égrenaient sans jamais se terminer vraiment. D’une porte fermée mais qui était la seule issue. D’un dernier effort pour passer au-dessus. Je me souviens d’aujourd’hui parce que je me souviens de ce dernier cri qui avait anéanti les derniers souffles. L’épuisement. Les rêves d’enfants. Et la vie avec.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Les réactions des internautes

  1. mardi 27 octobre 2015 13:46 Philippe lebeau

    Peut-on vraiment faire de la poésie sirupeuse pour évoquer cet événement dans une zone de non droit? Toutes les cités étant des zones de non droit, doit-on donner la parole à des gens qui bravent les autorités toute la journée? Bondy Blog devenu zone de non droit? Sans aucun doute.
    • mercredi 28 octobre 2015 17:42 Tartenpion94

      De quoi parlez vous et de qui parlez vous ? Ce qui est une "zone de non droits" c'est " l'égalité"et "l'équité" pour l'ensemble des citoyens qui vivent dans notre pays. Avec 40% de chômage dans certains quartiers c'est cela "la zone de non droit" dans ces ghettos. Notre devise républicaine et nos principes républicains ne sont que de" vain mots" pour des milliers de personnes victime de la ségrégation sociale, territoriale.... mis en oeuvre depuis des années par les racistes et les nostalgiques et tous ceux qui vivent de la haine de " l'autre" comme des parasites.
    • mardi 27 octobre 2015 17:17 eric de saint estève

      bonjour Philippe Lebeau, "Toutes les cités étant des zones de non droit,", nan, nan, tout le monde se relaie pour expliquer que pas du tout, la banlieue c'est super sympa, venez vous y promener et vous verrez, c'est une histoire de mauvaise réputation qui ne se vérifie aucunement dans les faits. D'ailleurs, pour faire son film, l'artiste JR n'a eu besoin de personne dans SON ancien quartier, c'est expliqué dans ce reportage, la vérité se trouve certainement entre les deux hein..................... http://bondyblog.liberation.fr/201509111546/jr-invite-le-ballet-en-cite-et-sublime-les-bosquets%E2%80%8F/#.Vi-cdiuzDcs ......"« Je suis fier du produit fini. J’ai participé activement au projet en assurant la médiation et la sécurité dans le quartier sur le tournage et lors du tournage,", preuve que le quidam peut faire ce que bon lui semble, n'importe où et n'importe quand, si il y a des personnes qui s'occupent de la médiation et de la sécurité quand même, hein....certains paradoxes ont la dent dure visiblement, ou, on nous vend un certain angélisme, enfin ici à Perpignan, ceux qui veulent se tenter à rentrer dans la cité Bellus, pourront toujours essayer pour voir si tout le monde fait ce qu'il lui plait hein.... http://www.lindependant.fr/2014/11/10/un-bus-caillasse-aux-abords-de-la-cite-bellus,1953215.php ............... bah, cette année là ce n'était que le 57 ème caillassage de bus hein....