Parties de foot et cartes Pokémon : j'avais 10 ans en octobre 2005

AMBIANCE mercredi 4 novembre 2015

Par Tom Lanneau @TomLanneau93

2005-2015 : SOUVIENS-TOI ? Les blogueurs se rappellent de leur octobre et novembre 2005. 

J’avais 10 ans en octobre 2005. Je rentrais alors au collège. Dans la classe, des mômes au profil de Zyed et Bouna, il y en avait des dizaines. C’étaient nos voisins, nos amis ou encore nos coéquipiers en sport. À cet âge, ton niveau social, ta couleur de peau ou la manière dont t’es sapé importent peu. La valeur d’un individu se calculait à son potentiel footballistique et à la puissance de ses cartes Pokemon. Pour ma génération, c’est à cette période sans nuages qu’ont eu lieu les violences urbaines, suite à la mort de deux gamins à peine plus âgés que nous.

Aux infos, on entendait les présentateurs parler de notre département comme d’une zone de non-droit, alors que pour nous, la vie suivait son cours : on allait à l’école sans avoir à essuyer des tirs de lance-roquettes ou à enjamber des cadavres. Et pourtant, le soir, les images diffusées à la télé étaient aussi violentes et menaçantes que celles que l’on voit aujourd’hui lors de révolutions ou de guerres civiles. Dans ma classe, les gros plans de voitures calcinées, de brasiers au bas des immeubles et des grandes ombres à capuches jetant des cailloux sur les forces de l’ordre avaient marqué les esprits. Nous espérions ne pas nous retrouver un jour confronté à cette « jungle », sans reconnaître sur l’écran les grilles de notre collège et du terrain de basket sur lequel on jouait l’après-midi même, au rythme de grands éclats de rire. Mes amis provinciaux me demandaient alors si ce n’était trop dangereux d’aller à l’école, si la voiture de mes parents était bien intacte ou encore si j’entendais des coups de feu depuis ma chambre. Alors que seul un vieux CD de Pascal Obispo venait troubler la quiétude de ma famille.

Le terme « émeutes » utilisé par les médias avait contribué à dépolitiser les violences. Aucun mot sur le chômage exponentiel, les stigmatisations, les relations tendues entre les habitants de cités et la police, le sentiment d’abandon dans les quartiers, l’apparence moyenâgeuse qu’avaient certains bâtiments avant le plan l’ANRU… Ainsi, même nous qui grandissions en Seine-Saint-Denis, recrachions l’avis profane de quelques hommes politiques n’ayant jamais mis les pieds dans les quartiers populaires, déclarant à la télé ou à la radio que ces « émeutes sont simplement le fait de racailles qui veulent semer le chaos et brûler des voitures ». Triste constat : de nombreuses personnes pensent encore aujourd’hui que les évènements de 2005 ne sont que le résultat de jeunes banlieusards à la recherche de sensations fortes, sans prendre en compte le mal-être social ancré dans nos quartiers populaires.

Tom Lanneau